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Ce billet fait écho à la réflexion initiée par Eve sur Le Mauvais Genre.
Pour vous résumer l’idée, l’auteure souligne que tout en étant féministe, il est possible d’adopter les codes de séduction auxquels les hommes sont sensibles pour obtenir des faveurs de quelque nature qu’elles soient.
Comme elle l’explique fort justement, il y a quelque chose de purement schizophrénique à vouloir combattre le sexisme et la patriarcat en se comportant parfois comme le mâaale l’attend pour obtenir de lui ce que l’on veut. Je ne peux qu’aller dans son sens avec un bémol néanmoins: la responsabilité n’est pas uniquement féminine, le mâaaale est également la cause de ce comportement par les réactions observées suite à ces manipulations.

Je m’explique à travers quelques anecdotes issues de mon vécu (ouhh attention, je me livre un petit peu sur ma vie privée ^_^).

Comme vous avez pu le constater, j’aime jouer, que ce soit à des jeux vidéo ou à des jeux de société. Pour ainsi dire, je viens du monde du jeu de rôle, du jeu de cartes à collectionner et j’ai pratiqué pendant un certain temps Magic: The Gathering, Vampire: The Eternal Struggle, Wakfu non seulement en amical mais également à travers un environnement compétitif par des tournois.

Il faut le dire clairement: c’est un monde de g33ks et les femmes sont très peu représentées. Les vannes grasses fusent et cet univers est relativement machiste (ça y est, vous pouvez me taper dessus, joueurs de jcc ;-) ). Cela rejoint assez bien la série d’articles de Mar_Lard sur le sexisme dans les jeux vidéos sur CafaitGenre. Pourtant, il y a quelques ilots dans cette mer de virilitude cartophile avec quelques femmes qui osent venir se frotter à ces mâaales qui comparent leur puissance par cartes interposées.

Et c’est là que l’on se rend compte du sexisme évident de certains compétiteurs à l’égard des compétitrices. Elles sont peu, donc il faut les choyer, ne pas hésiter à les laisser gagner, les prendre sous son aile, leur expliquer parfois pourquoi elles ont perdu mais surtout ne pas les traiter comme des égales dans le jeu de cartes. Sans être une majorité, ces traitements sont observables et pourraient s’assimiler à une potentielle tentative de drague, pourvu que la proie soit célibataire (ce qui est assez rare globalement…). La bienveillance intéressée reste évidente pourtant et rappelle par moment certaines poires

Autre anecdote dans cet univers qui m’a frappé. Je vous situe la scène. C’est un gros tournoi Magic qui se déroule à EuroDisney, un qualificatif pour je sais plus quel endroit. Nous devons être plus de deux cent, venant des quatre coins de l’Europe. La proportion de femmes est pour le moins risible mais il y en a. Et étrangement, la plupart porte un décolleté très profond, du plus bel effet sur certains de leurs adversaires, qui perdent tout simplement tous leurs moyens. Sur le moment, je suis choqué non pas par la mise des femmes présentes mais bien par l’attitude du mâaale qui se laisse manipuler par leur "faim", manifeste soit-disant naturel de leurs hormones, qui n’arrive pas à affronter leur adversaire en faisant fi de son genre, de sa tenue.

Dernière anecdote qui se déroule dans l’univers de Vampire: The Eternal Struggle, jeu multijoueur que j’adore mais qui ne manque pas de situations de jeu sexistes. Des suicides de joueurs, par galanterie (vous savez cette attitude soit-disant bienveillante qui n’est que l’expression crasse du patriarcat) pour une joueuse, qui, à défaut de lui reconnaître une qualité de jeu, une technicité, lui concèdent la victoire selon son genre. Ecoeurant et insultant pour la joueuse, manifeste d’un sexisme présent dans les loisirs que l’on qualifie volontiers de masculins, qui limitent leur accès par des blagues potaches souvent sexistes.

Pour des jeux qui sont censés récompenser la technicité, l’inventivité, la stratégie, ces attitudes superficielles de la part des mâaales qui ne savent pas se tenir ne font que refermer cet univers sur lui-même, n’autorisant à la femme que de brèves incursions, celle-ci n’étant jamais considéré comme une joueuse à part entière mais plus comme la femme unique de la communauté à séduire ou bien la copine de… qu’il faut respecter, laisser gagner parce qu’elle "appartient" à un mâaale alpha du groupe. C’est dommage…

Pour boucler sur le billet d’Eve, je ne peux qu’adhérer à son discours, ces comportements pouvant être constatés dans différents milieux. C’est profondément humiliant pour l’image de la femme mais également pour la lutte pour l’égalité entre les genres. Et cet effort, il est effectivement à faire chez l’homme comme chez la femme. Le premier ne devrait pas à se comporter comme une bête face à une femme mettant en avant ses spécificités féminines et la seconde ne devrait pas profiter de cette mise en valeur dans le but de manipuler. Les deux participent plus ou moins consciemment au raffermissement de ce que le patriarcat considère comme naturel alors qu’il ne s’agit une fois de plus qu’une construction sociale à démolir…

Il y a parfois certains articles qui interpellent, posent les bonnes questions et amènent certaines déconstructions intéressantes à explorer.

Début de semaine, je tombe sur ce billet. Il s’attaque à la psychanalyse, au conditionnement que Freud et cie nous ont imposé jusque dans notre sexualité en mettant en exergue ce phallus omniprésent, en niant la sexualité féminine, le clitoris, le vagin en les mettant en état d’infériorité, en les mortifiant, en pratiquant une excision en bonne et due forme, dans les têtes, dans les esprits, au cœur des sensualités. On s’en remet petit à petit, on remet la sensualité et la sexualité féminine dans les rails depuis quelques années mais il faut l’avouer l’organe viril reste du côté masculin et cela de manière effrayante puisque c’est ainsi que de nombreuses civilisations perçoivent la sexualité. Un homme viril à l’attribut érectile conséquent, capable de pénétrer pour faire jouir. Lourde responsabilité. La femme ne peut jouir seule, ne peut pas faire jouir l’homme, c’est ce dernier qui pilote tout de a à z et la psychanalyse rappelle avec frénésie qu’un homme épanoui dans sa virilité ne peut trouver cet "apaisement" qu’avec une partenaire soumise aux moindres de ses désirs.

Inégalités jusque là parfaitement ancrées dans les esprits puisque hommes comme femmes reproduisent ses clichés de domination/soumission rappelant douloureusement certaines relations purement SM. Je tombe d’ailleurs sur cet article qui semble rebondir avec évidence sur ce machisme psychanalytique, sur ce besoin de soumission mais cette fois-ci inversé. Il s’agit de virilité humiliée, d’une revanche féminine déclinant à l’identique sur ce que le dominant faisait à la dominée. Inversion des tendances en s’attaquant au mâle qui ne remplit pas les critères sexuels de l’alpha. Le petit organe devient source de dérision, de soumission, au point que ces mâles appartenant à la classe dominante tout en étant les rebuts qui ont échoué à devenir alpha de la meute partent en quête de dominatrices auprès desquelles se soumettre de manière tout aussi abjecte. Encore et toujours ce phallus omniprésent qui traumatise l’imaginaire, parasite les fantasmes, pollue nos sensualités tout simplement parce que la vision hétéronormée que nous avons du sexe tourne autour de ce symbole de toute puissance, de cette capacité à faire jouir sa partenaire sans vraiment se préoccuper au final de son plaisir. Pollution évidente de la mécanique qui se doit d’être efficace, qui doit assurer et, ô non jamais, faillir sous peine de devenir un de ces impuissants qui n’ont plus que vocation à être soumis à des femmes exigeantes ou à des mâles se disant bisexuels mais ayant avant tout l’envie de pénétrer plus que d’être pénétré car subir une pénétration, c’est forcément être du sexe faible, être une femme et cela les hommes, les vrais, ne peuvent l’admettre, leur statut d’alpha sexuel de la meute est en jeu.

Le  phallus est au centre de la pénétration et cette dernière est la conclusion évidente de tout acte sexuel. Il n’y a sexualité "normale" que lorsqu’il y a pénétration et ce n’est pas le porno mainstream qui ira contredire cette évidence avec son habituel trio fellation/pénétration/éjaculation faciale. Autant de clichés qui visent à enfermer homme comme femme dans des rapports stéréotypants, dans des échanges intimes autrement plus vulgaires et lassants, invalidant pour ainsi dire toute découverte de son corps, de sa sensualité, de son genre et de ses attirances.

Au point d’ailleurs que le porno hétéro sous couvert de pseudo féminisme intègre de nouveaux sous-genres qui restent au fond calqués sur la triade décrite précédemment en filmant des femmes qui éjaculent. Comme si au fond la sexualité féminine débridée ne pouvait que passer par le regard masculin, par le reproduction de ce qui fait fantasmer les hommes mais sans forcément intéresser les femmes. Une forme d’aphrodisme pornographique où la femme se doit être cette bombe sexuelle toujours disponible pour réaliser les fantasmes de ces hommes brutaux, virils, à la carrure immense, au phallus toujours en érection, prêt à cracher un foutre visqueux, abondant, humiliant. Virginie Despentes affirmait dans King Kong Théorie que les femmes représentées dans le porno étaient avant tout le reflet du fantasme de ce que les hommes aimeraient être s’ils étaient femme. La représentation est intéressante et à mon sens trop proche de la réalité pour être admise par la gente masculine…

Reste que je ne pense pas que l’on puisse se satisfaire de cette vision du porno qui met encore et toujours le phallus au centre de tout, éclipsant par sa présence imposante la jouissance tant féminine que masculine. Dans l’entretien avec Le Mauvais Genre, la blogueuse, Eve, évoquait le porno alternatif, se basait sur cette citation d’Annie Sprinkle, : « the answer to bad porn isn’t no porn. It’s more porn ! »

Et c’est ce que fait par exemple une certaine Courtney Trouble, qui non contente de faire du porno, propose de le faire différemment en faisant fi des genres, des critères de beauté hétéronormés et surtout cherchant à filmer des orgasmes, de la jouissance véritable, débridée en s’appuyant sur ses acteurs qui deviennent véritablement maîtres de l’acte et ne sont plus une viande consommée par l’industrie pornographique dirigée majoritairement par des hommes pour des hommes.

Un porno Queer qui se fout complètement des genres, qui est malheureusement censuré, car il va trop loin pour la morale pornographique: il montre la jouissance vraie, le désir, les regards, les corps qui s’enchevêtrent et qui se délient dans un abandon émouvant, dans une sensualité qui n’est plus guidée par le genre mais uniquement par le désir profond de montrer une sexualité libérée…

Ce à quoi nous aspirons tous, sans doute…

Rencontre avec Le Mauvais Genre

J’en parlais dans ce billet en début de semaine dernière: il y a des blogs, des sites qui marquent et je dois dire que depuis que je suis l’actualité du Mauvais Genre, j’ai pu voir en live des cas de sexisme ordinaire décortiqués, une approche du féminisme adaptée à la réalité, à nos sociétés qui évoluent comme ce fut le cas dans les billets d’AntiSexisme, de CaFaitGenre ou de l’Elfe!

En bref, que du bon que je vous conseille de suivre de toute urgence après avoir lu cette courte mais riche interview d’Eve, une des contributrices du blog!

Digital Wanderer (DW) : Bonjour Eve!

Merci d’avoir accepté cette interview!

Tu es rédactrice sur le blog Le Mauvais Genre.

Peux-tu, s’il te plait, présenter à nos lecteurs le concept derrière le blog ?

Eve : Bonjour !

Le Mauvais Genre est né de l’envie de partager un centre d’intérêt : les gender studies, c’est-à-dire l’étude des constructions sociales liées aux différences de sexe. C’est un blog collaboratif, c’est-à-dire que plusieurs personnes y contribuent, de façon régulière ou non ; en particulier nous comptons plusieurs rédactrices engagées dans des cursus universitaires de sociologie du genre.

Nous avions envie de faire le lien entre notre vécu quotidien et une littérature théorique féministe, très abondante. L’objectif était d’amener chacun et chacune à questionner la dimension de genre présente dans les différentes situations de sa vie. En effet, c’est une des spécificités de la question du genre : elle structure notre quotidien. On peut pratiquement tout analyser à travers le prisme des rapports sociaux de sexe, y compris les objets les plus triviaux. Nous avons d’ailleurs traité de sujets très divers, non seulement politiques (l’affaire DSK, la prostitution, le harcèlement sexuel) mais aussi quotidiens (internet, la prison, le militantisme, le couple, les mecs relous dans la rue) voir intimes – le caca et la sexualité. Pour moi ce travail de politisation du privé, du quotidien, de l’intime, constitue l’essence-même du combat féministe.

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DW : Le billet très tranche de vie à propos d’ « une soirée chez les hétéronormaux » m’a particulièrement interpellé et se rapproche fortement d’ « être féministe avec 3 grammes» dans l’approche de situations vécues.
Penses-tu qu’il soit possible de faire changer ces hétéronormés convaincus de leur bon droit ?
Une méthode à adopter pour se faire entendre, comprendre et faire changer les mentalités ?

Eve : Je pense qu’on est forcément dans une attitude un peu « poil à gratter » quand on essaye de faire prendre conscience aux gens qu’ils reproduisent des stéréotypes sexistes, dans leurs schémas de pensée ou pire, dans leurs comportements. Ce que nous cherchons à montrer c’est que personne n’est parfaitement non sexiste : notre vision du monde à tous est structurée par des stéréotypes de genre, une façon de diviser le monde en deux univers sexués auxquels nous attribuons des caractéristiques et des rôles différents.

Or, beaucoup de gens trouvent désagréable d’être obligés de se remettre en cause.
Ils trouvent ce discours féministe accusatoire, agressif.

Je pense que pour éviter les réactions de rejet, il faut être très vigilants à ne pas se complaire dans une attitude de « donneurs de leçons » culpabilisatrice, en gardant bien en vue que ce qui est en cause c’est un système social –le patriarcat- et non tel ou tel comportement de tel ou tel individu. Je pense que c’est important également de garder de l’humour… et de l’autodérision.

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DW : J’évoquais dans ce billet la tentative de porno féministe qui s’adresse aux femmes. Dirty Diaries a d’ailleurs été une tentative d’intégrer la femme en tant que réalisatrice d’une pornographie orientée par ce que les femmes pourraient vouloir voir. Quelle est ta position sur le sujet ?

Eve : C’est un sujet passionnant ! Je partage l’analyse classique des féministes, qui considère que le porno hétérosexuel mainstream est aujourd’hui très largement réalisé par et pour des hommes, et donc tourné vers le plaisir et la jouissance masculine.

Mais je crois aussi, que comme l’a formulé Annie Sprinkle, « the answer to bad porn isn’t no porn. It’s more porn ! » Autrement dit, un autre porno est possible et peut constituer un outil formidable de libération, s’il parvient à réhabiliter la femme comme sujet, qui désire, qui fantasme ; à l’émanciper du regard masculin objectivant.

C’est là tout le projet de la mouvance dite « pro-sexe » ou « postmoderne », cette génération féministe qui assume son goût pour la sexualité, joue librement avec les genres, revendique l’utilisation du porno et de la performance érotique pour créer de nouvelles subjectivités et de nouvelles représentations de la sexualité. On peut la découvrir par exemple dans le très chouette documentaire « Mutantes » de Virginie Despentes, ou encore « Too much Pussy » d’Émilie Jouvet

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DW : Rentrons un peu dans le secret des dieux : Y a-t-il une thématique qui va être prochainement abordée, décortiquée et déconstruite dans les semaines à venir ?

Eve : Oui, j’ai plein d’idées ! J’aimerais parler de la façon dont les femmes reproduisent, et parfois de façon consciente, des normes et des stéréotypes sexistes – dans leur façon de s’habiller, de se comporter, de faire l’amour… Pour montrer qu’ « être une femme libérée, tu sais c’est pas si facile » : mettre en cohérence ses principes et ses actes est toujours compliquée et source de dilemmes infinis !

J’aimerais également aborder la thématique des normes vestimentaires et de l’impératif de beauté physique – j’ai lu récemment Beauté Fatale de Mona Chollet et The Beauty Myth de Naomi Wolf, des livres qui m’ont beaucoup interpellée sur cette question.

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DW : Utilises-tu les médias sociaux pour faire la promotion des contenus du blog?

Eve : Oui, c’est mon moyen de communication essentiel autour de mon blog ! J’ai découvert Twitter récemment et j’apprécie beaucoup sa grande interactivité, la possibilité d’entrer en communication avec des personnes qui partagent ce centre d’intérêt. C’est toujours très enrichissant, et c’est une excellente source de veille ! J’ai récemment crée une page Facebook dédiée au blog, et sur laquelle je poste régulièrement des liens vers des articles qui abordent de près ou de loin les questions de genre.

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DW : Maintenant, on met en route la musique ! Un coup de cœur musical à recommander à nos lecteurs ?

Eve : Oui ! en boucle sur mon ordinateur : Invincible Friends de Lilly Wood and the Prick. Du bon son dans les oreilles!

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DW : Nous arrivons à la fin de l’interview ! Un dernier mot pour nos lecteurs ?

Eve : Oui : Merci !! Je suis très flattée par cette interview et par le très bon accueil que reçoivent mes articles, les petits mots et commentaires d’encouragement qui font tellement chaud au cœur !

Et pour la route, deux billets toujours extraits du Mauvais Genre.
Le premier intègre directement les hommes dans la lutte féministe en revenant sur le phénomène de mansplaining, terme décrivant la tendance des hommes à confisquer la parole aux femmes en essayant de leur expliquer qu’est ce que le féminisme.

Le second date de ce weekend et revient sur ce qu’est devenu le féminisme de manière très synthétique à travers différents mouvements féministes d’actualité. Une bonne piqûre de rappel à lire pour casser quelques idées reçues sur le féminisme.

Bon début de semaine, les gens! :)

Pourquoi publier sur Internet?

Voilà la question que je me suis posé il y a presque un an lorsque j’ai lancé ce blog, ne sachant pas vraiment si ce que j’écrivais attirerait un lectorat, passionnerait les foules, pourquoi pas ferait réagir. Dans l’idée, j’ai eu envie surtout d’écrire pour moi et peu importe que le monde s’en fiche ou s’y intéresse. C’était avant tout pour moi et personne d’autres. Pourtant vous avez visité et la barre des  30 000 pages vues a été franchie.

Est-ce une fierté?

Je n’en sais trop rien mais, parfois, il faut faire un bilan et c’est ce que je vais essayer de faire dans ce billet, ne serait-ce que pour toi, cher lecteur, qui me suit depuis un certain temps et qui ne comprend peut être pas tout à fait ma ligne éditoriale, qui, il faut bien l’avouer, est passablement bordélique.

J’ai l’esprit joueur, tu l’as sans doute remarqué, et partager cette passion du jeu sous toutes ces formes me semblait intéressant, tout simplement parce que le jeu est une manière de connaître l’autre, de décrypter sa manière d’être, ce qu’il aime, c’est se pencher sur son univers, son imaginaire mais aussi les constructions mentales qu’il peut se faire de la réalité.

C’est découvrir l’être humain tout simplement.

Au même titre que la musique, qui est, comme tu l’auras compris, ce monde au sein duquel je me laisse bercer depuis très longtemps, que je décortique, dissèque mais aussi savoure avec une sensualité toute particulière, avec ce désir qui se manifeste souvent par l’écriture comme ce fut le cas pour les différents textes publiés ici.

Si Genesis a bercé mon adolescence et a donné naissance à la Loi du Chat, c’est bien Epica, Sirenia et d’autres qui ont présidé à l’écriture d’Another Vampire Story et des autres nouvelles qui en ont découlé au sein de la série Les Ténébreuses. Une parcelle de mon âme livrée en pature au world wide web, dans l’espoir sans doute de réveiller quelqu’un, une sensualité, une attention et je dois dire que ce fut le cas par les illustrations de la série Sensuels que le Pinceau Pourpre conçut il y a plusieurs mois suite à la lecture d’Another Vampire Story. Je ne l’ai sans doute pas fait suffisamment, mais je tiens à remercier cette artiste pour le travail réalisé, pour sa capacité à avoir réussi à capter cet érotisme que j’ai souhaité transmettre à travers de simples mots qui ont pris une consistance bien profonde en moi.

Je me suis publié et j’y ai pris goût au point de vouloir donner mon avis sur d’autres sujets, envie de me battre ne serait-ce que virtuellement contre des injustices, dénoncer des absurdités, défendre cette liberté à laquelle nous renonçons si facilement au nom de la sécurité, dont certain-e-s sont privés dès la naissance, qui n’auront sans doute jamais la chance de pouvoir s’émanciper totalement d’une éducation qui vise plus à conditionner qu’à libérer, à une sapience dévoyée qui au contraire de permettre l’éveil de l’esprit, n’offre qu’un carcan, un chemin à suivre du berceau au cercueil.

Le féminisme m’a particulièrement touché.
C’est une lutte noble, une lutte à laquelle nous devrions toutes et tous adhérer tout simplement parce qu’elle vise à l’émancipation du genre, à la libération des corps et des esprits de stéréotypes invalidant. Des blogs m’ont guidé dans cette démarche de compréhension de ce qui cloche profondément dans nos sociétés. Anti_sexisme, CafaitGenre mais également l’Elfe pour ne citer qu’elles sont autant de contributrices féministes qui ont, en un sens, ouvert une porte dans mon esprit, m’ont permis de comprendre à quel point nous nous perdons à vouloir systématiquement naturaliser le comportement de l’être humain en l’enfermant dès sa plus petite enfance dans des clichés.

Qui plus est, ces comportements, tout en dominant l’esprit, soumettent le corps, confisquent la sexualité féminine comme masculine, faussent les rapports de couples et détruisent l’amour dans ce qu’il a de plus beau, dans cette acceptation de l’autre tel qu’il est, nie la possibilité à l’autre d’être autre chose qu’un objet que l’on possède.

Autant de raisons supplémentaires de se battre pour cette égalité hommes-femmes, qui, en rien, ne menace qui que ce soit, qui ne demande qu’un effort quotidien pour réapprendre à structurer sa pensée en ne considérant pas l’autre selon son genre mais juste selon ce qu’il est, en s’affranchissant de ces préjugés qui vont nous pousser vers la haine de l’autre, nous inciter à détester l’autre plutôt que de lui apporter une ouverture et une compréhension qui permettrait sans doute à un monde de tourner un peu mieux.

Je doute que cela soit une utopie, j’ai envie de croire en l’autre, pas en un dieu, mais bien en l’être humain, en sa capacité à changer, à se révolter contre les injustices, contre ces tourments quotidiens qui sont infligés à une moitié de la population  simplement parce qu’elles sont eu le malheur de naître avec deux chromosomes identiques, simplement parce que leur sexualité n’est pas compatible avec une norme hétérocentrée, simplement parce que leur couleur de peau, leur origine ethnique n’est pas dans la norme voulue par toutes et tous.

Au même titre que la bêtise et l’obscurantisme peuvent être infinis, je suis persuadé que l’ouverture d’esprit et l’acceptation de l’autre peuvent l’être également du moment que l’on donne la chance à chacun de faire preuve de cette volonté que l’on cède trop facilement à une apathie générale. Se battre pour cette liberté d’accepter l’autre et ne surtout jamais y renoncé.

Comme tu vois, j’ai la folie d’y croire, de penser que c’est possible et cela se manifeste par cette ligne éditoriale anarchique, un peu incompréhensible tout simplement parce que ce blog est un patchwork un brin narcissique de mes envies, de mes désirs, de mes luttes, de mes émotions, des fragments d’âme épars livrés au voyeurisme Internet.

C’est également une conviction que par les mots, par les idées, par la culture, l’échange et le partage, nous pouvons sans doute construire un monde meilleur débarrassé de celles et ceux qui voudraient nous enchaîner à ce que nous ne serons jamais.

Cette aventure a commencé il y a presque un an et pour les quelques qui me suivent encore et toujours, je tiens à vous remercier pour votre veille silencieuse sur ces écrits que je vous partage.

Je dois dire que cette semaine le web se prête à me fournir des sujets d’agacement. Quand ce n’est pas Gérard Leleu qui nous fait part de ses réflexions sexistes et de son point de vue abominable sur l’asexualité, c’est une chroniqueuse de Rue89, MarieToucheToiLà (sic, je n’invente rien) qui décide de qu’Amélie Nothomb mériterait une bonne fessée.

Chroniqueuse/critique, ça a l’air bien en substance mais de facto, ce serait pas mal de surveiller son langage.
Je ne le fais pas pour prendre la défense d’Amélie Nothomb. J’ai apprécié certains de ses livres, en ai détesté d’autres mais cela ne justifie en rien une fois de plus d’utiliser un langage ordurier qui non content de rabaisser le travail d’une auteure, use de tous les clichés sexistes possibles et inimaginables pour attaquer l’auteure sur son travail en présumant de la sexualité de l’auteure par l’interprétation de la sensualité de son écriture.

Passage dédié du billet en question:

Essais désespérés car personne, jamais, ne sera autant antisexe qu’Amélie. Amélie et le cul, c’est IN-COM-PA-TIBLE, à moins d’arriver à se masturber sur le chat botté. Même décorée de couvre-chefs hauts-de-forme ou rouges à lèvres vifs, elle reste pour toujours la mangeuse de moisi. Amélie est l’affreuse sorcière cradingue perchée sur son balai. Abracadabra. Tournicota.

C’est décrétée, merci MarieToucheToiLà, nous savons à présent que tu connais la norme pour qu’une auteure puisse écrire des choses sexuelles. Merci, vraiment, de réduire la sensualité, la sexualité à peau de chagrin et de continuer à colporter des conneries (désolé je deviens vulgaire) sur la sexualité, la sensualité et l’amour.

Passage choisi:

On le répète, elle connaît son latin mais ignore le sens du mot sensualité. On ne peut pas non plus considérer qu’elle sache parler d’amour : trop ancrés dans les fables et légendes, ses romans sont destinés aux asexués narcissiques, traumatisés par le symbole phallique du sapin de Noël. On se tartine une fois encore le mythe « La Belle et la bête », et la banalité du style vite torché est simplette.

En tordant ce billet dans tous les sens, je me rends compte qu’il doit y avoir une license de style particulière chez les  critiques qui consistent à cracher sur un livre en usant de commentaires tout aussi clichés que ce que MarieToucheToiLà dénonce. Stratégie peu éclairée de critique que de rabaisser l’auteure en l’attaquant sur sa possible capacité à être "bandante", potentiellement baisable pour invalider le fait qu’Amélie Nothomb ne saurait pas parler de sexe.

D’ailleurs, admirez la comparaison juste affligeante entre le dernier livre de l’auteure et certains magazines axés cul/consommation sexuelle:

Halte là, fuyez ou achetez « Union » et « Healthmen » selon vos goûts, c’est plus fourni en mots et sérieusement instructif.

Doit-on voir un trait d’humour dans ce billet, parce que, me direz-vous, c’est peut être aussi le ton de MarieToucheToiLà qui choque et que du coup, je n’ai pas vraiment d’humour, fieffé monstre que je suis. Soyons clair, l’humour, ça se veut drôle et non insultant et là pour le compte, nous avons une critique qui se prête au jeu de l’insulte gratuite sexiste, rabaissante afin de sublimer sa critique du livre dont elle cite des passages dans l’intention de salir le travail et l’intimité de l’auteure tout en faisant du buzz.

Je ne sais pas vous, mais ça me rappelle un bête attroupement dans une cours d’école où un-e dominant-e exerce sa force sur une victime lambda pour prouver par a+b qu’il/elle a le verbe plus élevé, la maîtrise plus fine qui lui permet de porter un jugement acide et agressif.

Chère MarieToucheToiLà, vous ne faites que reproduire un style critique très masculin, humiliant pour la femme et je ne suis pas certain que cette comparaison humoristique soit du plus bel effet:

Le pitch, au cas ou certains d’entre vous confondraient Barbe-Bleue et Blanche-Neige, ou envisageraient un roman iodé, sombrement métaphorique de la foufoune d’Amélie : Saturnine emménage chez Don Elemirio Nibal y Milcar, milliardaire fort inquiétant car ses huit précédentes colocataires ont disparu.

MarieToucheToiLà, est-ce que vous critiqueriez à l’identique un livre de Guillaume Musso en proposant de lui donner la fessée voire pire simplement parce que vous n’avez pas apprécié ce qu’il a écrit?

Soyons sérieux un instant, ce n’est pas de l’humour graveleux, ce n’est qu’une humiliation sexuelle publique pour mettre en avant votre travail de critique à défaut d’autre chose.. Si je puis me permettre, lisez ce billet et cet autre de Denis Colombi, ne serait ce que pour voir à quel point votre billet n’est tout simplement pas drôle, ne fait preuve à aucun moment de cet humour noir dont je raffole mais se contente simplement de piétiner publiquement l’intimité d’une auteure en présumant de sa sexualité à travers ses mots.

Inciter  sous couvert d’humour à la violence sur une femme pour discréditer son propos ou son existence n’est jamais qu’une énième manifestation de la domination masculine sur notre mode de penser et de notre langage…

Et ce n’est pas Lara Croft qui me contredira là-dessus…