Voici le quatrième chapitre d’Another Vampire Story. Pour celles et ceux qui ont loupé les épisodes précédents, voici le chapitre 1, le chapitre 2 et le chapitre 3.

Bonne lecture et, à nouveau, vous êtes les bienvenus pour les feedbacks (même sanglants 😉 )


IV. La voici à présent étendue à mes pieds et je ne sais pas vraiment pourquoi elle est là alors que mon sang aurait dû la renforcer, la rendre plus désirable, plus servile et infiniment plus utile. Je contemple presque à regret son corps agité de soubresauts sans vraiment comprendre ce que j’ai pu faire, là où j’ai pu échouer, ce moment où Jessica est pourtant parvenue à me transformer en un suceur de sang immortel.

Et pourtant, tout avait bien commencé. Je l’avais sortie de ce bouge, de ces viols répétés pour la soumettre à des sévices bien pires: mes visites nocturnes dans la chambre d’hôtel réservée pour une durée indéterminée dans laquelle je l’obligeais à peine à boire mon sang en échange du sien au cours d’instants infâmes de débauche.

Je la violais sans cesse avec mon membre blanchie et ses yeux incrédules reflétaient à la fois l’horreur de mon acte et le plaisir qu’elle prenait à être ainsi possédée.

J’en étais presque venu à l’aimer au-delà du désir qu’elle provoquait en moi de la soumettre.

Je savais pertinemment que Jessica avait percé le jeu que je menais et je sentais parfois son regard se poser sur nous lors de nos étreintes impies. Son regard mêlait incompréhension et amusement mais à aucun moment elle ne vint me souffler un mot désobligeant à l’égard de cette relation étrange entre un prédateur et sa victime.

Victime… voilà ce qu’elle était devenue ce soir. La chaleur commençait déjà à s’échapper et l’odeur de cadavre venait agacer mon odorat surnaturel. Pourquoi l’avais-je haï au point de vouloir la faire comme moi, de désirer la voir se changer en une créature dépourvue d’âme et de cœur, d’en faire mon alter ego…

Ma petite princesse… Ma chose que j’habillais avec dévotion pour mieux passer mes sombres appétits sur son corps à ma merci…

Etrange situation qui m’a poussé à douter peu à peu de ma nature même de prédateur. Cette nuit, je décidais de fuir l’influence pernicieuse de Jessica car je restais persuadé que la mort de ma créature devait être l’œuvre de ma sombre génitrice. Je ne sais quel ensorcellement elle avait pu user sur moi mais il était certain que sa jalousie l’avait poussé à me la faire tuer de peur que je ne l’abandonne.

Je me souviens de ces soirs où de retour à la crypte, elle me jetait son fiel, parfois me brutaliser avec un malin plaisir, me rappelant comment elle avait sacrifié de son propre sang pour me sortir de ma condition mortelle et m’amener à elle dans ce monde de ténèbres. A aucun moment, je ne contestais, bien conscient que je lui devais tout.

Et pourtant, en moi, une furieuse envie de fuir tourbillonnait, me tourmentait car en cage, dans ses rets, ma nature vampirique était devenu un fardeau tel que j’en venais certains soirs à désirer une immolation en bonne et due forme afin de détourner le cycle contre nature imposé à mon corps et aux bris épars de mon âme.

Je ruminais ses pensées dans le train qui m’entrainait loin de la ville de ma renaissance. Elle me chercherait, c’est certain. Je n’avais de toute façon même pas nettoyé les traces de mon carnage. Le moment ne s’y prêtait pas et je ne désirais pas entendre ses sarcasmes lorsqu’elle découvrirait le spectacle hideux de ma folie. Ses mots m’auraient brisés, détruits et humiliés un peu plus, annihilant les derniers vestiges de l’estime que je pouvais avoir pour elle.

Malgré cette ruine, je ne pouvais que regretter d’être si loin d’elle, de ne plus pouvoir goûter son sang, ses formes et l’observer chasser ses proies avec la cruauté qui la caractérise.

Je fus soudain troublé dans ma rêverie par un mouvement dans le compartiment vide…

Bien trop vif pour être un mortel. Mes sens à l’affut tentaient de percevoir la moindre indication de ce qui venait de s’élancer dans la cabine.

En vain. Un picotement, désagréable, me fait comprendre que je ne suis pas seul et que la créature m’observe avec curiosité. Cette sensation m’agace, me perturbe. Je me sens faible et désemparé et je ne vois pas ce mystérieux individu.

Un rire cristallin retentit soudain et je manque d’arracher le fauteuil sur lequel je suis assis, de rage, de dépit, ne sachant pas vraiment ce que je dois ressentir.

Elle surgit, de nulle part, mesurant à peine plus d’un mètre soixante, les cheveux blonds, tombant en boucles souples à mi dos, un visage de porcelaine exempt de tout outrage du temps et pour tout vêtement, une robe en lin nouée à la taille au décolleté chaste laissant deviner un corps mince et androgyne malgré l’extrême féminité de ses traits.

J’hésite, charmée par cette apparition, délibérément inhumaine, son sourire révélant des crocs fins et brillants.

Une vampire d’une puissance telle que même Jessica n’aurait pu la dominer comme elle l’a fait durant tous ces mois avec moi.

Sa démarche est aérienne, un souffle de vent dont je ne perçois pas les battements de son cœur immortel. Ses yeux bleus gris me fixent avec amusement. Je me perds dans leur lueur iridescente.

Je la sens entrer en moi, briser toutes mes défenses, s’infiltrer dans mon intimité, détruisant mes souvenirs les plus précieux, décorant ma mémoire de scènes que je n’ai jamais vécues…

L’extase d’être possédé ainsi me surprend, me suspend à ce moment d’éternité durant lequel je ne sais si je vais vivre ou mourir entre les griffes de cette ancienne au visage adolescent.

Et je m’effondre soudain à ses pieds nus, réclamant misérablement que l’instant se prolonge, me soumettant à ce plaisir inavouable comme un junkie à sa drogue.

Son expression divine semble soudain voilée d’embarras, puis de mépris. Elle se penche pourtant, caressant ma joue avec une douceur extrême. La dureté de sa main me fige, conscient que sa force surnaturelle peut me briser à tout moment.

Elle me sourit: « Sois mien, occupe-toi de moi et peut être daignerai-je t’épargner ainsi que celle que tu as fui… »

Le chapitre 5, c’est par ici

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