Pilgrim Jäger fait partie de ces mangas coup de cœur, surprenants de part les risques pris par les auteurs dans le traitement d’un thème historique qui n’est pas issu de leur culture. Edité par Asuka en France, cette série composée de six volumes nous provient de l’écriture avisée de Tou Ubukata et du trait de Mami Itô.

Un contexte historique lourd

Le récit prend place 1521 en Italie, au début de la Renaissance, période à la fois faste et sombre, où la chasse aux sorcières est coutumière, où un climat délétère règne dans la diplomatie européenne entre la France, l’Allemagne et l’Italie menée par les Médicis, famille très contestée.

Le lecteur va suivre les aventures de Karin et d’Adel, deux jeunes femmes dotées de pouvoirs qu’elles utilisent pour acheter l’indulgence auprès de l’Eglise catholique romaine leur permettant de vivre enfin normalement, lavées de leurs péchés. Nos héroïnes vont rapidement comprendre que l’origine de leurs dons trouvent explication dans un complot complexe qui va bouleverser jusqu’au fondement de la Foi de l’époque…

Une prophétie

L’intrigue se base essentiellement autour du personnage de Savonarole, celui-ci ayant prophétisé la fin de l’Eglise catholique romaine, tout en s’opposant fermement à la corruption par l’argent subie par le Haut clergé. Un de ses disciples, Pic de la Mirandole, fait son apparition dans le manga et se pose comme l’antagoniste principale de nos héroïnes, pécheur capital lié à la luxure, aspirant à être libéré de l’emprise étouffante de l’Eglise.

Une réflexion sur la liberté

L’œuvre reprend avec fidélité des éléments historiques de l’époque, s’en inspirant, apportant des précisions entre les chapitres sur les habitudes de l’époque et de fait développe en profondeur des réflexions sur la liberté de culte, de pensées et surtout de jouir de la vie. Les chasses aux sorcières sont montrées de manière crue, illustrant avec force de détails les hérésies d’actes comme de pensées.

Des personnages divisés

Les deux héroïnes sont plongées dans cet univers délirant où le simple fait de penser mal revient à pécher. Adel, en toute innocence, flirte constamment avec l’hérésie d’intention considérant qu’elle a le droit d’être heureuse, le droit de croire en un Dieu qui voudra son bonheur et celui de son amie, Karin. Cette dernière, quant à elle, est paralysée par le péché, craignant constamment pour sa vie et celle de sa compagne. En revanche, l’une comme l’autre sera amenée à faire un choix douloureux qui bouleversera leur vie à venir…

Un trait nerveux

Graphiquement, c’est simplement magnifique. Le trait qui peut paraître confus au départ est extrêmement précis et nous plonge dans un univers dynamique, une ambiance pesante et glauque par moments. Le dernier volume est particulièrement haletant à mesure que les instruments de la prophétie s’acheminent vers un dénouement inéluctable.

En stand-by

La première partie du manga s’est achevée par le sixième volume et la seconde partie ne semble toujours pas venir, ce qui est remarquablement dommage vue la qualité tant de l’intrigue que des dessins. Malgré ce bémol, je vous recommande fortement de vous plonger dans cette œuvre discrète mais de qualité provenant du pays du soleil levant !

Découvrez également Hero Tales, épopée héroïque dans l’empire Ken!

Publicités