Anonymous ou un collectif sans nom, sans visage, qui fait fantasmer et éveille chez nombre d’entre nous un souffle nouveau, une envie de révolte et la sensation de pouvoir participer à un mouvement révolutionnaire au nom de la liberté, au nom de valeurs nobles telles que le partage de la connaissance, la découverte de nouveaux horizons libérés des carcans que nos oligarchies nous imposent par voie légale ou par pression sociale…

Au-delà de ce fantasme, c’est également une vulgarisation d’une idée par les médias. Les revendiqués Anonymous sont des pirates, des hackers, des magiciens de l’outil informatique qui a, au final, échappé à tout contrôle chez l’individu lambda, qui ne se soulève même plus contre l’idée d’avoir perdu toute compréhension sur ce qu’il fait vraiment sur des systèmes bien souvent verrouillés. Je pense entre autre à la firme à la pomme qui a promu ce modèle économique et philosophique à travers l’ensemble de ses produits, refusant à ses utilisateurs de pouvoir bidouiller ses i-bidules (qui sont malgré tout jailbreakés naturellement par des hackers ingénieux…).

Tout cela pour dire que l’utilisateur n’est plus le maître de ce qu’il fait et les hackers apparaissent comme des sorciers capables de prouesses extraordinaires, des criminels aguerris aux compétences surprenantes qu’aucun système d’information ne peut vraiment arrêter. Parce qu’il est criminel de vouloir se réapproprier le contrôle et son destin…

Arrêtons nous un instant et essayons de redéfinir ce que l’on entend vraiment par hacker en dégageant de là les notions informatiques telles que nous les intégrons naturellement dedans.

Avant tout hacker, c’est vouloir comprendre un système, ses règles pour éventuellement pouvoir les détourner de manière à les adapter à son mode de fonctionnement. Ne plus être dominé par le monde mais bien au contraire se repositionner comme maître du jeu.

Qu’on fait les hackers jusqu’à maintenant sinon ce type de pirouette ?

C’est avant tout apprendre, décortiquer, analyser, s’approprier une information, un raisonnement pour ensuite y développer de nouvelles techniques en apprenant de l’existant. D’une certaine manière, lorsque vous cherchez une solution à un problème dans votre travail,c’est une manière d’hacker, de chercher à optimiser, à adapter à votre compréhension un système qui n’est pas forcément évident et à votre portée au départ.

Hacker, c’est être mutant, c’est vouloir creuser une question pour bien saisir tous ses tenants et aboutissants. La technique au final n’est qu’un détail, des procédures, des règles à apprendre pour pouvoir naviguer vers des concepts et des innovations basées sur le partage et le travail collaboratif. Hacker est une philosophie de vie basée sur l’ouverture et l’écoute du monde et des autres pour que chacun puisse s’apporter les solutions pour une « expérience utilisateur » de la vie meilleure.

Prenons quelques exemples tirés d’OWNI. La politique a été hackée par le Parti Pirate qui a décidé d’appliquer cette philosophie au monde politique. Porteur de nouvelles idées, ce parti a des antennes dans le monde entier et promeut cette philosophie au service des nouvelles techniques de l’information et de la communication que des démons comme ACTA désireraient volontiers cadenassés pour ne plus en entendre parler.

Les hackers se réunissent également dans des hackerspaces pour échanger sur leurs pratiques et développer des solutions durables respectueuses de l’environnement. Le maître mot est autonomie !
Pouvoir se débrouiller seul en s’affranchissant des limites imposées par les grands industriels. Reprendre le contrôle là où nous le perdons jour après jour, par paresse, par facilité de la consommation immédiate sans penser au lendemain…

Bien entendu, ces hackerspaces, c’est également l’idée de refondre le système éducatif et de fournir à nos enfants la possibilité d’avoir plus de pratique afin que la théorie se dégage d’elle-même, que la curiosité qui nous à tous naturelle ne soit pas tuée dans l’œuf par un système éducatif désirant avant tout nous dicter ce pour quoi nous serons bons au service d’une société de production et de consommation effrénée…

Et les hackers sont ambitieux : la bio-bidouille ou la volonté de comprendre le vivant pour le hacker et lui apporter des améliorations.

Et pour finir, l’hacktivisme dont on entend le plus parler au final. Anonymous, Telecomix, des groupes qui luttent pour la liberté en s’appropriant les technologies de l’information et de la communication pour les libérer, les utiliser pour diffuser des informations camouflées par nos gouvernements. C’est également des collectifs collaboratifs, démocratiques souhaitant apporter leur soutien à des populations dont les moyens de communication sont censurés par des états totalitaires ou en passe de le devenir.

Dans ces cas-là, c’est l’outil informatique qui est effectivement ciblé parce que celui-ci a pris une importance démesurée dans nos vies au point que nous lui avons abandonné une partie de notre liberté en ayant perdu la connaissance pour comprendre comment fonctionnent ces systèmes faillibles construits par l’être humain.

Des collectifs comme Anonymous, des organisations comme la Quadrature du Net sont là pour nous rappeler que nous sommes au centre du système, utilisateur qui avons le pouvoir de remettre l’ordinateur à sa place d’outil et non le contraire comme nombre d’entre nous le subisse plus ou moins volontairement.

Nous avons une chance inespérée de reprendre le contrôle de nos vies en hackant le système, en développant notre connaissance, en aiguisant notre curiosité pour mieux définir un avenir loin des prisons dans lesquels nos oligarchies « élues » nous enferment…

Pour clore ce billet, voici un reportage diffusé par ARTE l’année dernière et qui pose des bases solides sur ce qu’est le hacking, bien loin des clichés mystiques que les médias généralistes nous abreuvent tous les jours :

Hacker est une philosophie de vie, un refus de ne pas comprendre ce qui se passe autour de nous, une raison de ne pas se laisser soumettre par des lois liberticides...

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