Voici le troisième volet des Ténébreuses, cycle composé d’Another Vampire Story et de Brume. Ce récit est issu d’un travail préparatoire commencé il y a plus de quinze ans et dont je vous livre avec grand plaisir cette synthèse.Si vous avez manqué le début, voici le chapitre 1 et le chapitre 2! Bonne lecture et n’hésitez pas à me faire part de vos avis!

III. Quelque peu décontenancé, je me laisse aller à un sommeil agité dans la pièce devenue enfin silencieuse. Et comme chaque nuit, son image revient me tourmenter…

Nous venons de faire l’amour et elle est auprès de moi, alanguie, son visage tendre et ses
yeux qui me contemplent avec intensité sinon défiance. Je l’aime d’une manière que je ne
comprends pas, d’une passion qui me dépasse et depuis qu’elle a disparu de ma vie, je ne
cesse de penser à elle, son image me tourmentant jusqu’au plus profond de mon inconscient.
Partie loin de moi, loin des rêves que je nourrissais quand nous étions ensemble.

Cette fois-ci, le moment est étrange. Elle me parle. De sa nouvelle vie, de cet homme
qui la rend heureuse, de ces moments qu’elle a passé avec moi, de ce qui a été positif. Et
étrangement, cette souffrance qui me vrillait depuis si longtemps n’est plus là. Je la sens
apaisée, je me sens hors de toute colère, loin de cette haine dévorante, invalidante. La sentir
enfin là où elle a envie d’aller me donne l’impression de pouvoir enfin me tourner vers
l’avant.

Elle me regarde en souriant, sa main gracile décrivant des entrechats sur mon épaule : « As-tu
renoncé à porter cette croix ? Tes origines nébuleuses ne sont pas une tare en soi… »

Ces mots résonnent dans ma rêverie et je me surprends à acquiescer. A admettre qu’elle a
raison. Que je ne peux porter cette souffrance de ne pas savoir qui je suis éternellement.
Comme en réponse à cette décision prise au creux de mon âme, je m’aperçois que le chat est
auprès de moi et me contemple avec ce calme mystérieux, inquiétant mais aussi apaisant.

Son miaulement musical vient mettre fin à mon rêve et je vois le visage de celle que j’ai aimé
disparaître doucement, s’intégrant dans mon passé, au sein de ma mémoire et loin de mon
cœur…

Le réveil est étrange. Je ne sais pas vraiment où je suis et pourtant que je n’ai pas bougé de
mon appartement. La lumière est différente et un bruit continu résonne autour de mon bureau.

La curiosité l’emporte sur le sens commun et je me lève pour en identifier la source. Le tiroir
où j’avais enfermé la veille mes écrits semblent vibrer comme agité par quelque chose tentant
d’en sortir. Avec précaution, je l’entrouvre et, soudain, les feuilles empilées se mettent à en
surgir en un flot puissant, ininterrompu. Surpris, je perds l’équilibre, m’effondre et contemple
cette pluie étrange qui s’agglomère contre le mur opposé.

Les feuilles, dotées d’une vie propre, luisent d’une lueur étrange, malsaine, et sous mes yeux
stupéfaits, une arche faite de papier se construit. L’écriture gaine la construction de veines,
presque sanglantes, qui ajoute au côté grotesque de la création. La vibration a cessé et laisse
place à des hurlements mêlant jouissance et agonie émanant du portail ouvert vers une autre
réalité bien différente de la norme dans laquelle je vis.

Par delà cette cacophonie discordante se fait entendre un miaulement que je reconnais
immédiatement. Cette invitation à nulle autre pareille m’interpelle sur mes origines et je
comprends soudain que ce rêve n’était pas innocent. Au-delà du deuil de cet amour perdu à
jamais, il y avait également l’offre de guérir une blessure narcissique profonde : la recherche
de mes racines, de mes origines et cet être surnaturel semble en savoir plus que je n’ai pu
trouver en une décennie de recherches ininterrompues.

A travers l’arche, une main griffue et poilue m’invite à la suivre. Je jette un dernier regard
derrière moi. Les livres accumulés, cette pièce à la fois froide et familière, prison de mes
rêves, croix que j’ai choisi d’abandonner pour embrasser mes origines et peut être cette
destinée que j’ai attendu depuis ma naissance.

Un bref instant, une hésitation sourde me vrille l’âme. La peur d’être toujours seul, de
continuer à me débattre dans mes incertitudes, à chercher un sens à mon existence. Ces doutes
sont balayés par ce que j’ai vécu ces derniers jours. Toutes ces scènes provenant d’une autre
réalité, d’un monde qui fut peut être le mien et qui surtout me donnerait enfin des réponses à
ces questions lancinantes…

Je souris et, par la poignée de main que je donne à cette patte, je franchis la limite me séparant
de l’ignorance à la sapience…

La suite, c’est par ici!

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