À chaque génération une Tueuse vient au monde parce qu’une bande de types qui sont morts il y a des milliers d’années ont fixé les règles du jeu. Ces hommes étaient puissants. Cette femme (elle désigne Willow) est plus puissante que tous ces hommes réunis. Alors changeons les règles du jeu. Moi je dis que mon pouvoir devrait être votre pouvoir. Demain, Willow utilisera l’essence de la faux pour changer notre destin. À partir de maintenant, toutes les Tueuses potentielles qui attendent de par le monde deviendront des Tueuses, toutes les filles qui attendent d’avoir le pouvoir auront ce pouvoir. Celles qui étaient soumises résisteront enfin. Des Tueuses, chacune d’entre nous. Faites un choix. Êtes-vous prêtes à être fortes ?

Cette citation tirée du double épisode finale de la septième et dernière saison de Buffy The Vampire Slayer est emblématique du personnage de Sarah Michelle Gellar, véritable révolution dans le monde relativement vide des héroïnes de série.

Souvenez-vous de ce générique légendaire du groupe Nerf Herder:

Parmi les premiers personnages destinés aux adolescents, dépeignant une jeune femme autonome et décidée à prendre sa vie en main, Buffy se pose comme une véritable icône féministe et ce, grâce à une série d’une très grande qualité. Ce personnage complexe va explorer à travers sept saisons de haut vol des thèmes relativement profonds et liés au développement d’une adolescente aux prises avec des problèmes pas seulement paranormaux.

Au delà de la pure série de vampires, son créateur, Joss Whedon parvient à explorer des ressorts psychologiques et des développements tout simplement passionnants par les interactions qu’il créé entre ses différents personnages.

Je pense, ainsi, entre autre, à la relation très ambigüe vécue par Angel (campé par David Boreanaz) et Buffy dans les premières saisons. Liés par des sentiments interdits (une humaine tueuse de vampire avec un membre de l’espèce qu’elle doit exterminer), cela ressemble au départ à une véritable tragédie digne de Roméo et Juliette, couplée au fait qu’un sort les empêche d’avoir un instant de bonheur (comprendre jouir sexuellement) sous peine de voir le beau Angel se transformer en bête sanguinaire (ce qui arrive finalement car c’est bien connu, les amoureux finissent pas céder aux caprices de la chair). Sans tomber dans la moralisation, Joss Whedon apporte au traitement de ce thème une vision remarquablement sarcastique, se moquant par la même des films d’horreur classiques qui condamne la fille de soit disant peu de vertus qui s’adonne au sexe hors du cadre sacré du mariage. Le personnage de Buffy bénéficie dans ce domaine d’une grande liberté et le spectateur l’accompagne dans cet éveil tout au long de la série sans qu’à aucun moment, l’héroïne ne soit ligotée dans les normes sociales sexuelles étouffantes que l’on peut entrevoir fréquemment dans les créations américaines.

Dans la même verve, l’autre duo incontournable est constitué par les deux sorcières homosexuelles, Willow (interprétée par l’excellente Alysson Hannigan) et Tara (jouée par Amber Benson). Le réalisateur aborde ainsi le thème trop souvent ignoré (à l’époque) de l’homosexualité. Ce qui est frappant, c’est que la relation se noue de manière totalement naturelle au cours de l’intrigue sans que cela ne soit traitée de manière exceptionnelle. En cela, la réalisation est très bonne, intégrant le couple dans l’histoire sans que cela semble exceptionnelle. Joss Whedon intégre ainsi une part de normalité sans porter de jugement, sans fustiger l’union, sans non plus la mettre en avant au point d’en faire du militantisme. C’est un choix de sexualité fait par le personnage de Willow et c’est accepté en tant que tel.

D’autres duo ne manquent pas d’attirer l’attention et un, en particulier, sûrement parce qu’il constitue à lui seul une intrigue s’étalant sur les trois dernières saisons. Il s’agit du non couple constitué par Buffy et Spike (James Marsters). Vampire violent, agressif, adversaire de Buffy durant quelques saisons, il finit par se ranger à ses côtés sans jamais vraiment être totalement l’allié du groupe. L’archétype du bad boy mais avec une sensibilité sous le côté bourru, des sentiments profonds pour la tueuse de vampire qu’il va aider et pour laquelle il va finir par se sacrifier. C’est également une relation fusionnelle d’un point de vue sexuel, particulièrement au début de la saison 6, où Joss Whedon se lâche complétement en dépeignant une Buffy, suicidaire, ressuscitée contre son gré, mais qui découvre également qu’il est temps pour elle de choisir une voie déterminante pour construire une vie qui lui appartient. Réflexion qui trouvera son exutoire dans la saison 7. Elle noue une relation compliquée avec Spike, relation qui les place à égalité, en mettant en avant la sexualité de la jeune femme, ses désirs et ce, de manière crue mais non sans humour.

Buffy : J’ai des sentiments pour toi, je l’avoue, mais ce n’est pas de l’amour. Je n’aurai jamais assez confiance en toi pour t’aimer.
Spike : La confiance, c’est bon pour les vieux couples, Buffy. Le grand amour, lui, est sauvage, il est impétueux et dangereux. Il brûle, il consume.
Buffy : Jusqu’à ce qu’il ne reste que des cendres.

  • Sarah Michelle Gellar (dans le rôle de Buffy), James Marsters (dans le rôle de Spike), saison 6, Rouge passion, écrit par Steven S. DeKnight.

Voilà une série de répliques typique de la relation entretenue par les deux personnages. Le réalisateur introduit la notion de sexualité libre, d’amour sans véritable engagement, élément relativement novateur pour les séries de l’époque et surtout, la femme est posée dans la décision de ce type de relation, Buffy déclarant clairement ce qu’elle veut et ce qu’elle ne veut pas. Gros changement dans la vision de la femme et de sa sexualité, qui ne subit plus mais agit!

Cette série est, au bas mot, une véritable mine d’or de créativité et un petit bijou d’humour, les réparties cinglantes des personnages allant de la blague potache à la saillie d’humour très noir. Les épisodes s’enchaînent sans temps mort, alternant entre épisodes one-shot sur une intrigue lambda et séquences dédiées à l’avancée de l’histoire principale. Ce qui surprend, par ailleurs, c’est que chaque saison a été pensée avec sa propre personnalité apportant ainsi de nouveaux développements aux différents protagonistes, le créateur n’hésitant pas tuer certains de ses personnages pour en faire évoluer d’autres. A la fois audacieux et novateur, Joss Whedon a participé à la création d’un univers proprement fabuleux que je vous enjoins à découvrir de toute urgence, si ce n’est pas déjà fait!

Votre avis sur la question?

Découvrez également la série Flander’s Company (qui rend d’ailleurs hommage à Buffy dans un épisode 😉 )

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