Connaissez-vous Oksana Makar? Sans doute pas, et c’était mon cas également jusqu’à ce que je parcours cet article. Cette horreur, qui passe volontiers pour un fait divers, reflète une réalité assez effrayante des violences faites aux femmes.

Pour vous résumer l’affaire, dans la nuit du 9 au 10 mars, la jeune ukrainienne se rend chez des « amis » qui vont la violer, la torturer et la laisser pour morte après l’avoir étranglée et mis le feu au bâtiment où ils l’avaient abandonné. La jeune femme survivra pourtant et finira par décéder le 29 mars après avoir été amputée des pieds et d’un bras, conséquences des brûlures au 3e et 4e degrés subies lors de l’incendie.

L’opinion publique réagit brutalement en apprenant que les violeurs avaient été relâchés, fautes de preuves (à noter que deux d’entre eux auraient « profité » de l’influence de leurs notables de parents…). Le Femen a relayé l’information et des manifestations ont eu lieu.

Histoire sordide entre toute, les mots manquent pour décrire ce que nous ne pourrons jamais ressentir.

Nous ne connaissons pas le passé d’Oksana et nous ne voulons pas le connaître, en tout cas, pas pour ce que cela puisse justifier l’horreur qu’elle a subi puisque rien ne peut justifier que l’on torture quelqu’un de la sorte. Aucune justification possible pour de tels actes…

La femme est-elle une salope, une morte qui mérite un tel traitement?

Sans aucun doute non et, pourtant, ce qui m’effraie le plus, c’est que dans la tête et la bouche de bon nombre d’hommes et de femmes, il est entendu qu’une femme dite de vertu légère ou  assumant sa sexualité et sa sensualité (un salope en bref…), attire les attentions sadiques de violeurs potentiels. Encore des clichés liés aux mythes sur le viol à déconstruire pour l’émancipation de la femme dans le domaine de la sexualité. Ne pas craindre d’être violée parce que vous êtes une femme assumant une sexualité et une sensualité active.

Et surtout que l’on cesse de raccrocher à cet épanouissement le terme de salope et surtout l’ensemble des sous-entendus que notre société y met. Vous connaissez sans doute la marche des salopes?

Il s’agit de rassembler des femmes pour dénoncer ces diktats sociaux qui voudraient que les femmes violées soient responsables de l’agression car elles ne se sont pas habillées « correctement ». Ces SlutWalk sont l’occasion de manifester en tenues légères et/ou sexy pour faire prendre conscience au monde entier (puisque ce sont des marches qui ont lieu aux quatre coins du globe) que les femmes ont le droit de s’habiller comme elles l’entendent sans avoir à craindre pour leur vie.

Le cas d’Oksana me renvoit à un billet de Sandrine Goldschmidt qui remarquait à juste titre que la représentation des femmes sur les affiches de cinéma a quelque chose de particulièrement dérangeant: on ne voit que des morceaux, par-ci par là. La femme n’existe qu’en pièce détaché, n’est qu’un objet pour l’homme (exemple flagrant via l’affiche des Infidèles). Outil de jouissance morbide et sans vie d’hommes dominateurs, au limite du sadomasochisme. La femme est dépendante avant tout du plaisir de l’homme et ne doit pas espérer en retour ressentir un semblant de plaisir sexuel.
Effrayant, mais d’une réalité flagrante dans la représentation féminine dans bon nombre de films.

D’ailleurs, regardez un instant quelques unes des représentations pornographique de « qualité » sur Youporn et vous constaterez que l’essentiel de la femme se résume à un vagin, un anus,  une bouche, souvent filmé en gros plan pour mieux être défoncé par des phallus dédiés avant tout à l’avilissement…

Je parlais de diktats sociaux et je dois dire qu’il y en a un qui ressort depuis quelques jours et qui m’agacent profondément, ne serait-ce que par ce côté agaçant de nos sociétés à vouloir tout normer, décortiquer pour mieux comprendre la sexualité dans son ensemble.

Ainsi, nous avons appris que selon ton bord politique, tu avais ta sexualité bien déterminée, qu’en moyenne un homme comme une femme jouissent à la même vitesse (3 minutes chrono) ou bien que la plupart des femmes ne trouve pas leur sexe « beau »
La magie des sondages, force vive médiatique, qui manipule à outrance nos choix de vies de manière détournée.

Soyons clair, comment permettre à un individu d’être épanoui en l’assommant de chiffres et de pourcentages le forçant à s’interroger sur sa potentiel appartenance à une normalité?

Nous jouissons tous en 3 minutes? La belle affaire, nous avons découvert le côté mécanique de la chose! Heureusement que la sexualité ne se résume pas à cette seule donnée sinon nous n’aurions plus qu’à nous tourner vers les sextoys de l’angoisse « recommandés » par Maïa Mazaurette pour monter au septième ciel…

Soyons sérieux cinq minutes: personne ne croit vraiment à ses sondages et pourtant ça tourne, les gens les partagent avec plus ou moins d’humour pour finalement les intégrer inconsciemment dans un coin de la tête. L’angoisse de ne pas être dans la norme jusque dans sa sexualité…

Soyez hors normes, nom de dieu!

Hackez votre sexualité et le regard que vous portez sur l’autre comme sur vous!

Ne vous laissez pas dominer par les diktats de cette société qui veut nous dire comment faire l’amour, comment s’habiller, comment vivre notre sensualité!

Bref, circulez et baisez en paix, il n’y a rien à voir! (Ah si peut être un peu de porn féministe!)

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