Voici le troisième volet des Ténébreuses, cycle composé d’Another Vampire Story et de Brume. Ce récit est issu d’un travail préparatoire commencé il y a plus de quinze ans et dont je vous livre avec grand plaisir cette synthèse. Si vous avez manqué le début, voici le chapitre 1le chapitre 2le chapitre 3, le chapitre 4, le chapitre 5 et le chapitre 6! Bonne lecture et n’hésitez pas à me faire part de vos avis!

VII. Me voici projeté loin de cet être avec qui j’avais partagé tant. Cet amour profond pour cette femme mystérieuse, cet enfant conçu en son sein qui se révèlerait double. Désincarné, j’erre à présent bien loin de toute enveloppe charnelle. Mon compagnon de route a disparu et me voici flottant dans un ether sombre et inquiétant au dessus de ce que fut la planète des Chats.

La chaleur a cédé place à des ténèbres infâmes, à une haine profonde, reflets des cicatrices noirâtres parcourant la surface du globe. Une pensée diffuse me guide, murmure tendre et sensuel, voix féminine sensible et attentive, caressante, étrangement familière. Dans les galeries parcourues par les ombres d’un passé révolu, je me laisse lentement bercé par ces syllabes me comptant une histoire ancienne, incompréhensible, une déclaration d’amour confinée pour des oreilles qui n’auraient pas du être les miennes…

« Créée par Dieu, répudiée par Adam, me voici glissant entre les plans, dans un tumulte démoniaque constant. Bel ange déchu, j’ai provoqué ta chute, profané le jardin d’Eden mais sache que c’était pour une raison évidente. Par amour, pour ces émotions que tu as provoqué chez moi, étoile du matin alors que j’errai, douloureusement abandonnée par mon créateur et que ta lumière me guida jusqu’à ce jardin ensoleillé où j’avais goûté la soumission et compris que seule la liberté me conviendrait, créature imparfaite, refusant de me laisser aller aux demandes perverses de ce premier homme…

Je n’aspirai qu’à un ange pouvant me mener au paradis pour renverser ce Dieu calculateur et vicieux, nous considérant que comme de simples outils dans sa découverte de la vie.

Veillant sur eux, tu étais beau, touchant d’attentions, dédié entièrement à la tâche ingrate à laquelle ton Seigneur t’avait confiné. J’ai eu l’envie folle de te corrompre, de te montrer que le monde était bien loin d’être de ce manichéisme qui t’avait été enseigné.
J’ai semé ma graine, manipulé le destin pour y insérer une prophétie qui te consacrerait à terme mais je ne voulais pas que cela soit décelé par ton ieu, que celui-ci décide finalement de rester pour œuvre contre mon projet de libération de l’être humain.

Les démons auxquels je donnai naissance grâce à ta semence féconde me couronnèrent à la fois mère mais aussi reine des Succubes mais je n’étais au final auprès d’eux que pour initier la séparation de l’âme. Mon âme immortelle, seul bienfait accordé par Dieu, séparée en trois parties, des clés permettant ta libération, mon amour, te donnant les rênes de ce monde, cadeau ultime que je pouvais te faire à toi, magnifique entre tous et pourtant soumis aux directives égoïstes de ce dieu qui t’a condamné sans chercher à te comprendre.

Notre étreinte, hors de tout contrôle, me combla de bonheur, la sensation d’être femme entre tes mains à la fois gauches et tendres, sensuelles et attentives. Cette surprise sur ton visage, cette jouissance qui se déversa en moi, ce délice de te sentir enfin vivre loin de ces considérations éthérées qui te clouaient pourtant au sol. Mon ange, je t’ai vu t’envoler à ce moment-là, divin et délirant, puissant et extraordinaire.

N’est-ce pas étrange de vouloir à ce point sa propre destruction alors que je ne suis guidé que par des sentiments puissants et positifs ?
Je t’aime, étoile du matin, ta sensualité m’a troublée, poussée dans les bras d’une passion hors de toute raison. J’étais soumise, tu m’as libérée, me plongeant dans une souffrance proche de l’extase tant notre séparation forcée me poussa au suicide de l’âme.

Nos enfants n’ont été que le premier pas vers ta libération de cet endroit cruel, de ces limbes immondes où ton seigneur, soit disant aimant, t’a confiné, privant le monde de ta beauté, de ton intelligence et de ta capacité à gouverner avec justice et amour. Mon âme fractionnée se glissa dans quelques individus précis et même si je n’ai plus de corps, je sais qu’ils se rapprochent les uns des autres pour bientôt mettre tout en œuvre pour défaire ta prison, te ramener à la lumière et te donner enfin la pleine mesure de ton existence.

Te libérer me soulagera de cette existence sans toi en anéantissant mes dernières bribes de conscience, Je sais pourtant que mon amour ne te quittera pas. Tu sentiras en ce monde solitaire ces sentiments profonds que je te porte, mon bien aimé. Chaque pierre, chaque lieu où j’ai séjourné t’appellera pour que tu puisses ressentir cette solitude loin de toi, que j’ai adoré dès le premier jour.

Ils seront trois à couper les liens qui te retiennent dans les limbes, à t’offrir cette liberté que tu mérites, à te donner ce monde à gouverner et à faire prospérer loin de ton créateur disparu dans sa quête effrénée pour une vie parfaite.
Nous sommes les tâches de sa création, les hérétiques qui marchons sur le chemin de la damnation et pourtant nous avons ce pouvoir de changer les choses, de dédier notre vie à cette espèce humaine à l’existence fragile mais si attachante.

Sais-tu, mon amour, comme leur âme est forte, sûrement bien plus que la notre, emplie d’une conviction profonde, d’une capacité infinie à aimer et à pardonner?

Apprends d’eux, écoute les, laisse toi guider et ne succombe pas à la rage de nos enfants qui ont voulu les dominer et les utiliser.
Garde ces mots au fond de ton cœur, en témoignage de l’amour que je te voue par delà le linceul de la mort. Je les ai cachés aux quatre coins du monde pour toi, mon bel ange damné, pour que tu n’oublies pas que la première femme t’a aimé au point de sacrifier sa vie pour que tu ouvres les yeux et échappes à la domination d’une foi aveugle et perverse.

Je les entends déjà venir pour toi, mon amour angélique. Laisse-toi guider par le chemin de lumières qu’ils ouvrent bientôt pour toi, car, crois-moi, c’est de cet éblouissement que naîtra ta nouvelle existence en ce monde qui t’attend depuis bien trop longtemps… »

Ces mots troublants s’éteignent dans le silence morbide de cette prison où les Chats ont connu leur fin.
Pourtant, je ressens une menace malicieuse, haineuse, dérivant vers moi, trop rapidement…

La suite, c’est par ici!

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