Voici le troisième volet des Ténébreuses, cycle composé d’Another Vampire Story et de Brume. Ce récit est issu d’un travail préparatoire commencé il y a plus de quinze ans et dont je vous livre avec grand plaisir cette synthèse. Si vous avez manqué le début, voici le chapitre 1le chapitre 2le chapitre 3, le chapitre 4, le chapitre 5, le chapitre 6 et le chapitre 7! Bonne lecture et n’hésitez pas à me faire part de vos avis!

VIII. Je frémis de terreur en contemplant le monstre qui se dresse devant moi. Ce Chat qui me semblait être un compagnon a changé complètement de faciès. Là où je lisais autrefois de la sollicitude, de l’écoute et de la compréhension, il n’y a plus que haine et soif de sang. La bête que j’ai devant moi ne camouffle même plus ses pensées qui bondissent jusqu’à moi, déchaînées, emplies d’un désespoir et d’une rage sombre comme l’ébène…

« Puits de ténèbres, expulsé dans les flammes, perdu dans un monde qui ne veut pas de moi. Et ce jumeau si dissemblable, glabre, vagissant, réclamant l’attention de ces parents qui me rejettent comme une anomalie alors que, Père, vous êtes vous-même un Chat, vous devriez m’aimer. Je suis pur sang alors que ce frère chétif n’est que le reflet de cette mère hérétique dont vous vous êtes amourachés, pour laquelle vous avez abandonné votre espèce en me tournant le dos.

Savez-vous, Père que j’ai assisté à la mise à mort de Mère, que je fus même celui qui porta le coup de griffe qui lui fut fatal. Hélas, je ne pus me défaire de ce frère humain de trop car j’appris de nos anciens que vous aviez tout fait pour le faire disparaître loin de nous, allant même jusqu’à sacrifier votre vie pour lui permettre de survivre le temps de pouvoir s’épanouir dans un monde plus calme, une époque où les Chats n’auraient plus de prises…

Père, je vous sais mort, la conscience collective des Chats me l’a confié, au même titre que j’ai pris connaissance de votre refus de vous fondre dans la communauté, laissant votre âme immortelle se perdre dans le néant au côté de Mère…
Vous seriez fier de moi, Père, si vous me voyez. Le pouvoir de notre espèce a infusé mon corps, me rendant plus puissant, permettant que je porte cette vengeance à laquelle nous aspirions tous.
Quelle surprise que de découvrir que mon frère, cet Enfant Chat portait en lui la clé de la fin du monde des humains, le moyen d’atteindre et de nous défaire définitivement de nos créateurs issus de la brume démoniaque.

Mais vous avez bien œuvré dans les ténèbres, doux Père, en cachant par des moyens obscurs votre enfant fragile. Désorientée, la conscience collective eut du mal à localiser cette pauvre âme que je me devais de dévorer pour m’approprier sa puissance, ce potentiel gâché que vous vouliez préserver au nom d’une humanité que vous avez aimée à la folie.
Dans l’obscurité et le sang, j’ai attendu mon heure, faisant par instant des incursions dans le monde humain pour dévorer ces créatures misérables, traquant ce sang qui m’unit à ce frère conspué et haï.

Mais je t’ai retrouvé. Naissance étrange… Une immaculée conception… Les voix des ancêtres me soufflèrent qu’une sorcellerie humaine était à l’œuvre, qu’elle avait programmé cette renaissance pour sauver l’enfançon.
Peine perdue, son sang, son âme seraient à moi au nom de notre revanche, pour assurer la reconstruction de notre civilisation mise à mort…

Aussi guettai-je le retour à la vie mortelle de mon frère, d’une fenêtre de ces étranges bâtisses que les humains appellent hôpital. Le sang, la souffrance, une véritable symphonie à me faire perdre la tête, à oblitérer mes pensées pour me laisser voguer vers ces océans de douleur. Je réfrénais cette rage sanglante que j’avais développée au fil des siècles au point de la transmettre d’une manière si particulière à un humain. Ce souvenir me fit frémir de plaisir, délice pervers d’avoir relâché un monstre sur l’espèce humaine, créature abominable qui s’était multipliée, transmettant sa soif de sang à ses pairs…

Je me repris, pourtant, car je n’étais pas là pour assouvir ma soif de sang humain mais pour cet Enfant Chat dont j’attendais le retour au monde depuis bien trop longtemps. A ma portée, la clé pour ouvrir la porte menant au royaume du néant, prison de mes sœurs et frères.
Le cri du nourrisson jaillit soudain dans la salle d’accouchement et usant de mes talents de camouflage, je me glissais subrepticement  dans la pièce, concentrant cette haine, cette rage dédiée à la destruction de l’âme et du sang séjournant dans cette enveloppe chétive.

Rien ne se passe comme je l’espérais. Puissante, violente, une barrière invisible se dressa entre l’Enfant Chat et moi, me projeta loin, très loin, jusque sur la terre de mes ancêtres, cette planète ravagée et à présent stérile où je fus confiné pendant trente longues années…

La conscience collective des Chats ne cessa de m’instruire dans ma prison, m’apprenant les rituels humains pour briser les sceaux me retenant. Ces années furent de longues heures d’agonie. J’explorais chaque galerie, chaque pièce revivant les drames provoqués par les démons de la brume, me perdant dans cette souffrance solitaire, cet abandon cruel dont nous avions été victimes au nom de la peur que les succubes et les incubes avaient d’être supplantées. Je vous vis, Père, magnifique et puissant, le meilleur guerrier du Roi. Vous étiez estimé par vos pairs avant d’être déchu, une épouse et des enfants aimants massacrés par le maître de l’Ordre venu soumettre notre souverain. Pourquoi n’étiez-vous pas là, Père ?
Pourquoi vous êtes-vous abîmé dans cette mélancolie abjecte au point de vous amouracher d’une pauvre humaine perdue dans les chimères de la sorcellerie ?

Pauvre Père égaré…

Que j’ai regretté durant ma réclusion de n’avoir pu vous mettre à mort comme ce fut le cas pour Mère.
Vous méritiez une mort honorable d’un membre de votre espèce et non ce sacrifice misérable au nom d’un enfant bâtard…
Découvrir votre vie passée me permit de comprendre comment dérober à l’Enfant Chat ce pouvoir tant désiré. Je devais l’amadouer, en faire mon allié et peu à peu faire basculer son esprit comme sa volonté dans la folie, seul remède permettant de dépasser cette protection, ultime legs que, vous, Mère et Père, aviez laissé à cet enfant que vous aviez aimé au point de m’abandonner pour toujours… »

Mon ennemi a compris que je lisais parfaitement en lui et le sourire qu’il m’adresse est d’une perversité profonde, manifeste ultime de son dédain à mon égard.
Séparé de mon corps, âme esseulée, loin de toute chose, il a acquis la certitude qu’il m’enterrerait ici pour la gloire de son peuple massacré…

La suite et fin du Chat, c’est par ici!

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