La Reine des Damnés (Queen of the Damned dans la langue de Shakespeare) nous vient de l’auteure Anne Rice et constitue le troisième volet des chroniques des Vampires.
Paru en 1988, le livre nous relate l’éveil de celle qui enfanta les vampires dans le monde décrit par Anne Rice. Akasha, la mère des damnés, s’empressera de détruire un par un ses infants jusqu’à se heurter à une coalition d’anciens, bien décidés à sauver aussi bien leur vie que le monde des mortels…
Elle s’éprendra de l’auteur de son réveil, Lestat de Lioncourt qui s’était métamorphosé en star de rock à l’issue du second volume, sobrement intitulé Lestat Le Vampire.

Globalement, le livre se démarque de ses deux prédécesseurs qui se posaient comme de véritables autobiographies de Louis et de Lestat dans leur appréhension du monde selon l’angle du vampire. Dans cette oeuvre, l’auteure prend le parti de vivre les évènements précédents le concert de Lestat à travers la vision de multiples personnages, aussi bien vampire qu’humain, offrant ainsi au lecteur un prisme totalement différent de ce dont nous pouvons avoir eu l’habitude dans ses précédents romans. L’écriture est somme toute toujours aussi sensuelle, n’hésitant pourtant pas à nous entraîner dans des domaines sordides à travers entre autre les courtes aventures de Bébé Jenks, jeune vampire dépravée finalement purifiée par la terrifiante Akasha.

Cette première partie regroupant de nombreux points de vue permet également de présenter des personnages qui vont prendre de l’importance durant la seconde partie. Khayman, l’intendant de la Reine des damnées, mais également Jesse, inconsciente de ses origines liées étroitement à la mystérieuse légende des jumelles qui ne cessera de hanter les rêves de nombreux vampires et mortels…

Comme je l’expliquai dans ce billet, Michael Rymer s’est permis une très libre adaptation du roman d’Anne Rice, occultant complétement cette fameuse légende des jumelles rousses qui constitue un point pourtant crucial de la réflexion de l’auteure sur les origines de ses créatures immortelles. Dommage que ce point n’ait pas été développé dans le film.
Encore qu’il aurait été remarquablement compliqué de faire passer autant de choses en seulement une heure trente de pellicule.

Côté écriture, c’est très fluide, bien plus que Memnoch le démon qui avait tendance à se perdre dans des descriptions trop ornementées. L’auteure va à l’essentiel, fournissant à son lecteur les éléments au compte goute, entretenant le suspens de la légende des jumelles en dévoilant des éléments par-ci par-là, véritable jeu de chassé-croisé pour essayer de deviner ce qui causa l’apparition des vampires dans ce monde si semblable au nôtre.

Anne Rice ne sombre pas dans le côté encyclopédique en faisant la genèse de sa créature, bien au contraire. Les personnages sont humains, offrent une vision bien particulière de ce qui causa le déchainement de ce fléau sur le monde et Akasha, qui parait comme une créature inhumaine éthérée durant la première partie, s’humanise d’une manière troublante à mesure que la vérité est dévoilée et que le lecteur découvre les failles de cette Reine des Damnés qui aspirait à une divinité somme toute très humaine. L’écriture sensuelle (parfois sexuelle) d’Anne Rice est toujours présente pour notre plus grand plaisir mais dans un degré moindre, l’auteure se concentrant avant tout sur le déroulé de son histoire et sur la mythologie de sa créature.

Des cinq livres débutant les chroniques des Vampires, c’est sans aucun doute celui que je relis avec le plus grand plaisir, celui-ci se révélant d’une grande richesse, rappelant sous certains points Dracula de Bram Stoker à travers son récit décrit sous différents points de vue. Cette manière de conter l’histoire offre une respiration au récit, soulageant quelque peu le lecteur des élans égocentriques d’un Lestat parfois trop omniprésent (j’adore le personnage mais il faut avouer qu’il tape parfois sur les nerfs avec son ego démesuré).

En tirez-vous les mêmes analyses?

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