Voici la quatrième et dernière partie du cycle Les Ténébreuses!
Opale
va vous entraîner vers une conclusion réunissant des personnages que vous avez pu croiser dans Another Vampire Story, Brume et Le Chat pour un final alliant sensualité, fantastique et ténèbres!

Le premier chapitre est ici!

Bonne lecture et n’hésitez pas à me faire part de vos critiques!

II. Miroir de mon âme, reflet des ténèbres que j’ai embrassé et ce visage que j’ai aimé, ses formes que j’ai chéries, cette créature que j’ai condamnée à devenir l’esclave d’un ange déchu…
Les années n’apaisent pas cette souffrance, refluant et revenant sans cesse telles les marées. Ce masque que je croyais source de toutes mes libérations ne fut qu’une prison supplémentaire, un reflet de mes frustrations au milieu de cette cour fantoche de démons d’opérettes. Les autres seigneurs démons ne furent pas dupes et rapidement l’Ordre devint proscrit du règne démoniaque.
Je devais en tant que maître asseoir ma domination par un acte d’éclat dont tous se souviendraient. Réunissant mes plus puissants et fidèles enfants de la luxure, je les chargeai, chacun, de dérober la semence de nos bourreaux afin de permettre la naissance d’une arme qui déciderait de cette guerre intestine au sein des Enfers. Le masque comme la brume me murmuraient avec emphase du génie de mon plan.

Et pourtant, des doutes ne cessaient de naître en moi, persuadé de provoquer un nouveau cataclysme qui ne permettrait même pas de sauver celle que j’aime, cette sorcière au visage toujours plus flou à mesure que le masque dévorait attentivement et patiemment mes souvenirs.

Un astre déchu, une planète égarée vivant sur un plan d’existence au plus près de la Terre, ce fut le creuset parfait pour la naissance de ces guerriers dont, nous, enfants de Lilith, avions besoin pour rappeler à toutes et à tous notre puissance indéniable.

Au cœur de cet endroit désolé, par ma brume, par le pouvoir que le masque me conférait, je reflétais une nouvelle réalité, des créatures félines aux griffes et crocs acérés, à la puissance mentale et physique réunissant les meilleurs attributs de tous les démons. Et surtout, je les dotais d’une sensibilité dont j’aurais du me méfier, une âme bien plus puissante que toute mes prévisions.

Bête superbe, âme de feu, fourrure sanglante, le premier des Chats fut mon élève dédié, je l’élevais avec la patience d’un père, observais avec délice ses progrès, lui inculquait sous l’œil dégoûté de mes pairs, duplicité et mensonge, curiosité et soif de sang. Peu à peu, je compris que je n’étais pas seul à œuvrer pour ces créatures. Une main invisible guidait mes actes et ce ne fut que trop tard que je compris l’erreur de ma création.

Des siècles avaient passé, mes œuvres agissaient servilement, détruisant nos ennemis, les soumettant à une terreur constante, à des meurtres odieux et sordides et pourtant, je sentais ta présence, douce mère. Ta marque était sur eux et je compris peu à peu que la libération de celui qui fut déchu ne serait pas le sauvetage attendu de ma bien aimée mais simplement ton œuvre, transcendant l’amour que j’avais pu voué à ce visage à présent obscur.

La visite de ta fille, une nuit, ne fut que la confirmation de ce que je pressentais depuis plusieurs années. Drapée dans les ténèbres, elle se glissa tendrement auprès de moi. Ces mains me caressaient avec l’attention d’une amante et aucun dégoût ne se reflétait sur le miroir de mon visage. Son pouls, son odeur, ses humeurs avaient tout de l’humain et j’aurais pu m’égarer un instant si la brume et le masque ne m’avaient averti de l’impérieux danger que cette fragile jeune femme représentait.

Sourire espiègle, son nom glissa au creux de mon âme : « Opale… »
Cette pensée provoqua chez elle un éclat de rire, cloche qui résonna dans l’obscurité, qui me rappela comme ma mère, Lilith, était cruelle. Cette fille de Lilith n’était là que pour commander, pour m’ordonner d’agir au nom de notre ancêtre. Son pouvoir était immense, le mien à peine inférieur mais je savais que cette lutte me laisserait sans nul doute à moitié mort, incapable de gouverner le monde démoniaque que j’avais conquis à la force de ma volonté.

Je devais détruire les Chats, ces pièces rapportées, créés par Lilith à mon insu pour répandre destruction et permettre à la pire des abominations de prendre son envol. Trahir cet amour que le temps dévore résolument pour sauver le peu qu’il me reste.
Opale murmura délicatement :
« Œuvre comme bon te semble, mon frère, car tu iras toujours dans le sens de la sombre mère… »

Sa silhouette s’évanouit dans l’ombre et les mots flottèrent dans la fraîcheur de la nuit, derniers témoins de sa visite incongrue et surprenante…
Sans doute, étais-je le premier démon à avoir survécu à une rencontre avec un des avatars de nos dieux démons originels…

Néanmoins, je ne pus renoncer à mon projet d’éradication des Chats, la peur me tenaillant d’avoir été utilisé pour un dessein que je n’avais pas forgé. L’Ordre dans son entier fut  lancé aux trousses de cette espèce qui n’aurait jamais du voir le jour et je me déplaçais en personne pour mâter le dernier souverain en place, assassinant par la même la génération suivante. Les râles, le sang, la haine tourbillonnant autour de moi ravirent le masque et la brume qui d’un commun accord me proclamèrent dieu du massacre et de la destruction. Ma réputation parcourut le monde démoniaque et m’attira un respect que je n’attendais pas. J’étais à présent le démon parfait, l’incube sans foi ni loi qui avait trahi moultes fois pour devenir le maître de l’Ordre.

Dans mes pires cauchemars, je revis sans cesse le visage du roi des Chats, descendant direct de cet enfant que j’avais jadis élevé. Accusation, déception se lisait en lui en comprenant que j’avais abandonné mes enfants pour les livrer à la pire des purges.
Colère transcendant les âges, je sentis résonner en moi un malaise profond et les paroles d’Opale continuèrent de me frapper de plein fouet. Lilith était en marche et son œuvre se déroulait malgré mon intervention. Les Chats avaient survécu par un habile stratagème, sauvant à mon insu deux enfants. L’un, hybride entre tous, était perdu quelque part, protégé par une magie humaine en tout point incompréhensible. Sorcellerie qui me rappela à toi, mon amour, et un instant tes traits à présent aussi lisses que ce masque anonyme me semblèrent d’une clarté limpide. Se pouvait-il que le destin soit à ce point taquin ?
Cette femme qui donna naissance à ces deux survivants de l’espèce des Chats te ressemblait en tout point et ce fut avec une profonde douleur que j’ordonnais son exécution au même titre que ces enfants.
Il se passa quelque chose que je n’avais pas prévu. Les Chats massacrés avaient donné naissance à un rassemblement d’âmes, à une conscience collective capable d’interagir avec le monde des vivants au prix d’efforts monstrueux. Ils sauvèrent un des enfants, celui considéré de pure race. L’autre enfant, un bâtard métissé d’humain disparut une nuit avec son père pour ne jamais reparaître.
Chaque nuit, pourtant, la vibration dans la brume continua de me rendre fou de douleur, terrifié à l’idée que l’ange déchu puisse émerger de sa prison.
Je retrouvai le dernier des Chats mais ne pus jamais l’approcher tant la haine regroupée autour de lui le protégeait de mes assauts. J’avais besoin d’un instrument, d’une créature morte qui serait capable de passer outre cette puissance surnaturelle que tous mes pouvoirs démoniaques ne pouvaient subjuguer.
Le destin, une fois de plus, me fournit une solution. Proliférant suite à un accès de folie du dernier des Chats, des buveurs de sang avaient vu le jour, se nourrissant de l’humanité chaque nuit, leurs crocs déchirant les ombres pour assouvir une faim immortelle, une frénésie sanguinaire qui ne prendrait jamais fin.
Cette lignée de créatures appartenant tant au monde des vivants que des morts agissait en marge de la société, se dissimulant dans les ténèbres et il me fut difficile de les approcher, la plupart préférant la mort à toute reddition. L’un d’eux vint à moi malgré lui, son âme déchirée par l’amour qu’il avait voué à celle qui l’enfanta. Son vécu m’attendrit, je le sentis perdu, désoeuvré, désirant sa mort et je lui proposai un marché de dupe, un accord que je savais ne jamais pouvoir remplir mais qui m’assurerait sa soumission définitive une fois le compact passé. Mes chasseurs le capturèrent et l’enfermèrent des nuits durant dans un puits sans lumière.

La brume, le masque m’aidèrent à le manipuler, jouant sur ses peurs, développant ses angoisses jusqu’au limite du supportable, déformant sa réalité, torturant son âme au point de le rendre fou.

Et j’y parvins. Au nom du masque, il me jura fidélité, s’agenouilla devant ma toute puissance et je le lançai à la recherche du dernier des Chats.
Mon jouet vampirique, mon arme destinée à prévenir la fin d’un monde, l’avènement d’un dieu aux ailes brisées, à l’âme plus noire que l’ébène.

Rien n’alla pourtant. Je sentais son âme vaciller et je sus qu’Opale oeuvrait pour retourner mon instrument, qu’autre chose vivait dans mon agent. Le masque comme la brume me conseillèrent d’agir moi-même, de trouver le puits des âmes sur cette terre et de le sceller à jamais pour ne jamais permettre à l’œuvre de Lilith d’atteindre son apogée.

Résolu, je me mis en route. Un rire ne cessait de résonner dans ma tête, celui d’Opale aux traits étranges, au sourire inquiétant…
Pourquoi ressemblait-elle tant au souvenir diffus de celle que j’avais aimé jadis ?

La suite, c’est par ici!

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