Voici la quatrième et dernière partie du cycle Les Ténébreuses!
Opale
va vous entraîner vers une conclusion réunissant des personnages que vous avez pu croiser dans Another Vampire Story, Brume et Le Chat pour un final alliant sensualité, fantastique et ténèbres!

Le premier chapitre est ici, le second est par !

Bonne lecture et n’hésitez pas à me faire part de vos critiques!

III. Un rire argentin, une cloche qui tinte dans les ténèbres et une voix douce et tendre, chaleureuse et enveloppante couvrant les éclats cacophoniques des hurlements démoniaques s’élevant autour de moi. Son visage s’imposait à moi avec cette douceur purement sensuelle. Mère de toute chose, condamnée par un dieu injuste à devenir la reine des démons, ma Lilith que j’ai chérie dès le premier jour où elle m’a donné la vie, de cet amour qui dépassait le simple lien filial.
Passion animale, pulsions qui me consumaient d’une flamme vive à chaque fois que je sentais ses mains qui m’effleuraient. Femme l’une et l’autre, anomalies de part notre existence, mises au monde en tant qu’adultes bien loin des turpitudes de l’enfance propres aux êtres humains.

Ses caresses et ses baisers enflammaient mes sens et je lui rendais au centuples, nos corps de femme se mêlant l’un à l’autre, nos langues s’attardant sur nos formes, nos lèvres courant avec une douceur mâtinée de frénésie sous les regards envieux et avides des démons grossiers qui nous entouraient. Leur désir bestial traduisait à lui seul l’incompréhension parfaite de ce qui nous unissait l’une à l’autre. Cette jouissance tant sensuelle que spirituelle nous agitait dans des étreintes qui résonnaient jusqu’aux cieux au point que Dieu, ce grand incapable, condamna notre existence, proclamant l’anathème sur nos vies.
Mère, les yeux emplis d’une colère puissante, murmura mon nom de ses lèvres cramoisies : « Opale… »

Par ce mot, elle donna naissance à une légende qui allait se perpétuer durant des siècles. J’étais la fille de Lilith, aux yeux des démons assemblés, un avatar tout au plus. Ils étaient bien loin de connaître la vérité et nous n’allions pas aller contre les idées erronées qu’ils se faisaient de Mère et de moi.

Si j’étais issue de l’union consommée de cette magnifique femme et d’un ange bientôt déchu, je n’en étais pas moins sa jumelle et je comprenais sans mal l’amour qu’elle vouait à cette étoile du matin, enchaînée par un dieu despotique dans un néant froid et terrifiant.
Mère m’entraîna aux quatre coins du monde et à nous deux, nous engendrèrent les démons de la luxure, tissant la légende de faux semblants, de contrevérités afin de dissimuler mon existence vouée à une grande tâche.

Mais, cette errance épuisait Lilith et mon amante se flétrissait à mesure que nous diffusions la corruption démoniaque. Une nuit, nous parvînmes dans cette forêt qui sonnerait le glas de notre union et le renforcement de l’amour que je lui vouais. Depuis quelques jours, des démons d’un seigneur que nous ne connaissions pas nous poursuivaient sans relâche, montant les villages humains que nous traversions contre nous. Sombre bosquet isolé au milieu d’une toundra glacée, nous nous savions encerclés, les rires démoniaques fusant de toute part dans les ténèbres rendues encore plus impénétrables par un blizzard en tout point surnaturel.
Des démons de la glace sans nul doute mais pour quelles raisons nous en voulaient-ils ?
Jusqu’à maintenant, nous avions été discrètes, ne nous mêlant que rarement aux êtres humains comme aux démons, préférant la solitude et la chaleur de nos étreintes en marge de la civilisation. Je captai par intermittence les pensées de nos agresseurs. Ceux-ci étaient dominés par des passions étranges, qui ne ressemblaient en rien aux appétits habituels des serviteurs de la glace.
Une libido malsaine exudait de leurs pensées. Celles-ci diffusaient une soif animale, bestiale et excessivement violente.
Des scènes de viols commis sur des hommes et des femmes emplirent mon esprit et je compris qu’ils venaient pour nous faire subir des actes immondes et avilissants.

Le visage de Lilith m’emplissait d’inquiétude. Ses traits tirés, sa peau habituellement pâle encore plus diaphane et sa respiration difficile. Quelque chose la perturbait au-delà de toute chose. Les démons avançaient sans faillir, leurs pensées monstrueuses glissant insidieusement en nous. Une silhouette se profila à l’orée du bosquet et je compris d’où venait cette troupe. La créature à taille humaine portait une relique laissée par Dieu pour combattre les démons, pour les diviser et les soumettre. Un masque, reflet du monde, dévoreur de personnalité, agissant comme élément chaotique, attisant la soif de pouvoir des démons, les jetant les uns contre les autres afin de les maintenir dans un statu quo permanent, évitant ainsi notre œuvre d’aboutir.
Funeste visiteur dont nous avions entendu parlé. Fondateur de l’Ordre, organisation démoniaque infiltrée au sein de l’Humanité sous le contrôle direct du porteur du masque, plus exactement du masque.

Le pauvre sourire de Lilith ne fit que conforter mes peurs. Elle avait une idée en tête, tellement sombre qu’elle ne voulait rien m’en dire.
Cela ne fut limpide pour moi que trop tard, lorsque le maître de l’Ordre donna l’assaut au côté de ses ouailles. Lilith se dressa, sereine, devant moi et déchira son âme en milliard d’échardes. Les bouts épars et tranchants fusèrent terrassant nos ennemis, forçant le masque à battre en retraite, une des épines de Lilith plantée dans son hôte. L’une de ces aiguilles me frappa également, m’emplissant d’une souffrance atroce, me remémorant jusqu’au plus profond de la nuit la déchirante séparation dont nous venions d’être victimes.
Mon amante, ma mère, ma bien aimée dont l’âme éparpillée séjournait, à présent, brisée, dans le monde des humains.

La marque de Lilith allait vivre parmi de nombreuses créatures, en des lieux reculés et ce qui me fut transmis était ni plus ni moins que l’achèvement de la quête initiée par Mère. Nourrissant le secret espoir de la faire renaître en délivrant le premier des déchus, je m’attelai à traquer les présences infimes de la subsistance de son âme. Et je compris rapidement que certains en hébergeaient plus que d’autres.
Que les morceaux de l’âme de la sombre mère résidaient en trois individus, pour certains, dont je devais atteindre la naissance.

Le comble voulut que le porteur du masque de l’époque aille corrompre le précieux artefact divin, me permettant d’agir à l’insu de ce dieu qui nous avait abandonnés et condamnés.
Des siècles durant, je courus le monde des humains, me montrant parfois à mes pairs démoniaques, cultivant le mystère des filles de Lilith, changeant mon apparence, jouant avec certains, en tuant d’autres, mais ne donnant plus jamais naissance à de nouveaux enfants de la luxure, me refusant à enfanter sans mon amante adorée.
Dans mes songes les plus fous, parfois, Lilith venait me parler, ses mots caressants se glissant en moi, ses lèvres fantomatiques surprenant cette flamme que je croyais éteinte, jouant de mes nerfs et m’emplissant au réveil de cette mélancolie propre aux amants esseulés.

Lune noire, domaine mystique où j’établissais mon monde solitaire. D’une main tendre et sensuelle, je dessinais des fresques racontant notre amour, confessions cachées d’une passion que je comprenais à jamais révolue à mesure que les années s’écoulaient. A présent, ne comptait que la libération du déchu, ultime preuve d’amour pour toi, mon amante.

Une naissance, un cri, m’alerta depuis ma retraite. L’évènement attendu par Lilith venait d’avoir lieu. Un être humain désespéré s’apprêtait à commettre l’infâme en dérobant le pouvoir de la luxure à une succube invoquée. Son ingéniosité ne fit qu’attiser l’intérêt que j’avais pour lui et j’assistai à sa déchéance, n’hésitant pas à un instant à emprunter le corps de la sorcière qui allait le faire basculer dans l’opprobre et la honte au sein de la confrérie démoniaque. A ses côtés, avec un délice purement masochiste, je revivais cette poursuite par les démons de la glace lancés à nos trousses par l’Ordre. Lilith, son visage me hantait jusqu’à ce que je pousse mon joli incube à glisser vers le néant. Rencontre avec le bien aimé déchu. Créature percluse de souffrances, perdue dans les ténèbres, abandonnée de tous et je compris l’amour que Mère lui vouait. Derrière l’ignominie, il rayonnait une splendeur propre aux déchus de la première heure.
Subtilement, j’incitai mon amant d’un temps à conclure un pacte qui le placerait à la tête de cet Ordre qui nous avait causé tant de souffrance.

La première pièce était en place, celle qui permettrait la réunion des trois morceaux d’âme dédiés à la libération de l’ange déchu, à la renaissance du monde par l’ouverture de la porte du néant.
Mon doux amant avait bien changé selon l’influence du masque mais je sentais pourtant en lui cette personnalité toujours aussi fascinante, qui se doutait de mon plan, mais qui ne pourrait résister à l’attirance vers le puits des âmes. J’avais retourné son instrument vampirique, récupéré à mon compte cette parcelle d’âme égarée et tous deux s’acheminaient à présent vers  le creuset menant au néant.
Il ne me restait plus qu’à trouver le Chat, pièce manquante au puzzle laissé par Lilith…

La suite, c’est par ici!

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