Cette comédie française de Pascal Arnold et Jean-Marc Barr sortie début mai 2012 relate la sexualité d’une famille d’aujourd’hui vue par les deux réalisateurs.
Le parti pris a été de tourner des scènes sexuelles de manière naturelle, c’est à dire sans qu’il y ait de sexe simulé mais uniquement des personnes faisant réellement l’amour bien loin des mises en scène extravagantes et trop fréquemment humiliantes pour les femmes que l’on peut voir dans le porno mainstream.
C’est audacieux, qui plus est dans un cinéma français remarquablement pudibond et classifiant volontiers toute tentative de la sorte dans la catégorie pornographie.
Néanmoins, le résultat a quelque chose de décevant sur certains points et, par cette critique contenant du spoiler, je vais vous dévoiler ce que j’ai trouvé bien et ce qui m’a un peu chagriné.

D’ores et déjà le trailer:

 

Mathias Melloul dans la peau de Romain est un jeune homme venant de souffler ses dix huit bougies et profondément complexé par sa virginité. Obsédé par cette première fois qui ne vient pas, il commente tout du long du film d’une voix off détachée les évènements qu’il traverse et ces passages ne manquent pas d’humour, bien au contraire.
Alors qu’il est attrapé au tout début du film en train de se filmer durant une  masturbation en classe, sa mère, Claire, décontenancée et à la sexualité épanouie avec son mari, Hervé, va se poser des questions sur la sexualité de sa famille dans son entier.

Ainsi seront passées au crible à travers des scènes de sexe explicites les vies sexuelles de chacun des membres, enfin jusqu’à une certaine limite, le film étant interdit au moins de douze ans en salle, une version DVD 18+ avec les scènes non coupées étant prévus plus tard.

On découvrira ainsi que le grand père veuf fréquente une prostituée aimant son métier qui vient lui rendre visite une fois par mois. Pierre, le grand frère de Romain est bisexuel et leur soeur, Marie, hormis le fait de s’être fait refaire les seins, vit enfin une vie sexuelle comblée avec son petit ami. On apprendra également que les parents vivent une relation libre, Claire ayant, semble-t-il, des amants. En résumé, ça baise dans tous les coins et Romain se libérera de sa frustration grâce à Coralie, une copine de classe expérimentée, avec qui il vivra sa première fois.

Ne cherchez pas d’orientation artistique ou engagée dans ce film. Contrairement à Dirty Diaries, c’est profondément cru, cela se veut naturel avant tout, au limite du vidéo reportage sans entre dans le domaine pornographique quoique l’on puisse en penser. Les acteurs s’abandonnent devant la camera avec un côté émouvant particulièrement lors de la première fois de Romain. Et cela ne sombre pas dans un voyeurisme dérangeant.

Pour le reste, le film a tendance à souffrir d’un jeu d’acteurs assez faibles durant les échanges autres que sexuels.

Premier point qui m’a remarquablement chagriné, c’est la bisexualité de Pierre amenée à travers des parties à trois (deux hommes une femme).
N’aurait-il pas pu être tout simplement homosexuel plutôt que de vouloir faire du racoleur via des scènes de triolisme?
N’y a-t-il pas derrière cette bisexualité le refus d’accepter l’homosexualité seule en laissant entendre que même s’il a un penchant pour les hommes, il aime quand même les filles?

La question est épineuse et mérite d’être posée et j’ai l’impression désagréable d’un manque de parti pris assumé par les réalisateurs à ce niveau.

Les réactions suite à son pseudo coming-out sont, d’ailleurs, assez risibles, la famille acceptant naturellement qu’il soit bisexuel, Claire, sa mère, s’en félicitant même. Étrangement, j’ai des doutes quant au réalisme de la situation.

Second point un peu dommageable: la prostituée qui aime les hommes. Nathalie, qui vient soulager le grand père, se décrit comme une femme qui aime les hommes, qui en a fait sa profession et qui, vu son âge, peut encore se permettre de faire la fine bouche et de choisir ses clients. Une fois encore, l’on tombe dans le cliché d’une toute petite minorité de prostituées vivant de cela volontairement alors que d’autres subissent cet état de fait. De quoi renforcer les mythes et les fantasmes autour de la prostitution au même titre qu’Elles qui essaie de se donner bonne conscience…

En revanche, le film soulève de nombreuses questions sur la sexualité, des points qui doivent être abordés mais qui le sont au final de manière assez maladroite voire trop superficielle, évitant au possible la polémique pour, malgré l’orientation courageuse de filmer des personnes faisant vraiment l’amour, finir dans un consensus bobo assez loin des réalités sexuelles d’aujourd’hui, toutes les familles n’étant pas aussi tolérantes dans ce domaine…

Irez-vous vous faire un avis en salle?

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