Le couple…
Voilà une réflexion qui m’est venu suite à la lecture de cet excellent billet de l’Elfe sur les Questions Composent et qui vise à déconstruire ce conditionnement sociétal autour du couple. Fatalement, lorsque l’on est amoureux, l’on doit être en couple, l’on doit s’installer ensemble, être fidèles, surveiller l’autre et mille et une choses qui n’ont au final que pour but de détruire l’ego de l’autre ainsi que l’amour que l’on éprouve pour lui/elle.

C’est réducteur, destructeur et c’est une vision sociale de l’amour avant tout.
Je vous enjoins à lire ce billet ainsi que son successeur plus accès autour de la notion d’amour et son aspect consommation propre à notre société.

Étrangement, j’en ai profité pour revoir La Délicatesse qui m’avait véritablement captivé en décembre 2011 et pour lequel j’avais rédigé ce billet.
L’intérêt de revoir un film, c’est de pouvoir porter un regard différent dessus après un laps de temps écoulé et surtout de voir des choses que notre sensibilité du moment n’avait pas permis de percevoir au départ.

Et j’y ai vu des choses assez effrayantes.
Pèle mêle même si ce n’est pas le sujet premier du billet: j’y ai redécouvert une femme jouée par Audrey Tautou qui ne se définit que par rapport à l’homme (le défunt, puis le nouveau) et malgré des soubresauts d’indépendance, l’on constate le vide de ce personnage sans l’amour d’un homme.
Image somme toute réductrice et remarquablement patriarcale de la femme. Cela rejoint ce que dit l’Elfe dans l’obligation d’un(e) célibataire d’être en « chasse » pour passer au statut sacré du couple.
C’est dérangeant mais ce n’est sûrement pas ce qui m’a le plus remué.

La Délicatesse souligne un aspect évident du droit de regard de la société sur l’amour et plus globalement sur le couple. Il n’est pas possible d’être amoureux/en couple d’une personne qui n’est pas du même niveau que soi-même. Nathalie est belle et désirable par nombre d’hommes. François est laid et ne mérite pas qu’une femme s’attarde sur son cas. Et ce couple (que Nathalie nie une bonne partie du film mais c’est encore la confusion entre amour et couple) est décrié, mal vu car c’est une anomalie sociale.

De fait, la société se réserve par nos regards aux un(e)s et aux autres un droit de déterminer qui nous devons aimer que cela soit à travers nos origines ethniques, culturelles, sociales, religieuses. N’oublions pas le physique qui est d’une importance indéniable. La beauté, la taille, le poids des deux personnes sont des facteurs déterminants de ce que la société nous autorise et nous conditionne à aimer. Ne pas en tenir compte revient à s’écarter du droit chemin et à devenir des parias  d’un ordre moral établi visant à régir nos émotions dans un unanisme écoeurant.

Vous me direz bien entendu que qui se ressemble s’assemble. Voilà un beau proverbe. Il reste néanmoins une expression, une coutume qui entrave notre liberté de choisir, d’explorer, de se développer, d’évoluer au côté de personnes différentes. Se priver d’aimer quelqu’un pour des raisons aussi limitantes que celles évoquées au dessus, c’est tout simplement donner à des personnes qui n’ont aucune considération pour nous la possibilité de nous modeler à l’image de ce à quoi nous n’aspirons pas.

Et voilà ce qu’il ressort de La Délicatesse, cette brutalité sociétale qui nous conditionne dès le plus jeune âge et qui interfère jusque dans notre sexualité et nous rappelant à tort que l’hétérosexualité est la voie unique et que l’homosexualité est une hérésie. Ne parlons même pas de l’idée d’un couple crossculture ou crossethnie qui représente une véritable violation du consensus pour beaucoup de familles. La pureté quand tu nous tiens, véritable vivier aux pires tares telles que l’intolérance, le racisme, l’homophobie et autres joyeusetés dommageables pour l’être humain dans son ensemble…

Donc, oui, au même titre que l’Elfe, je suis contre le couple, également pour le poids sociétal qui réside en son sein.
En revanche, je suis pour un amour libéré qui ne s’embarrasse pas de la jalousie, de la possessivité et autres bêtises qui ne visent qu’à confiner l’autre dans un rôle d’objet de désir, ni plus, ni moins…

Publicités