Ma réflexion part de cette interview publiée sur le site Mademoizelle.com. Par le biais de questions/réponses,  la perception que nous avons de la virginité est abordée, que nous soyons homme ou femme.
Ce qui m’interpelle particulièrement, c’est la vision biaisée qu’il peut y avoir en fonction du sexe de la personne vierge.

Les vieux clichés sexistes ont la vie dure et être vierge tardivement en étant un homme est souvent perçu comme quelque chose de mal, un manque de confiance en soi et surtout de fiabilité dans une société où la conquête masculine non contente de se faire par la violence et la domination se fait également par la sexualité où l’homme dominant se doit d’être l’étalon performant capable de donner du plaisir à sa partenaire dans une optique de sexualité active et non subie.

L’homme, le vrai, doit perdre sa virginité tôt, afin de pouvoir prétendre à l’expérience, à l’intégration du clan des vrais mâles capables de faire jouir les femelles inféodées.
Je grossis volontiers le trait mais c’est l’image qui ressort de cette interview et qui se reflète également dans le ressenti que j’en ai.
Pour faire un parallèle, l’homme est encouragé à aller vers la femme, à être celui qui fait le premier pas mais également à prendre l’initiative de la relation sexuelle quitte à forcer une partenaire qui n’est pas consentante. (dans la réalité, on appelle ça un viol, pour d’autres, c’est simplement une ouverture à pratiquer…)

Après tout, c’est le privilège du vrai mâle que de guider (qui a dit forcer) sa partenaire vers le Saint Graal de la domination sexuelle en lui montrant la puissance de sa virilité (burp -_-‘ ).

Effrayant et pourtant, c’est le conditionnement intrinsèque auquel il faut adhérer pour espérer rentrer dans le clan d’élites des dominants. S’en affranchir revient à redéfinir sa sexualité mais aussi son rapport aux femmes en les considérant autrement que comme des sacs à f… à déflorer de la pire manière qui soit.

D’ailleurs, une femme qui reste vierge longtemps est considérée comme pure, innocente et possédant des qualités indéniables de moralité: elle se réserve pour son one true love, rappelant au passage le côté vaguement écœurant des pires séries à l’eau de rose à la Twilight.
La virginité a, d’ailleurs, deux aspects ambivalents selon le sexe de la personne: pour une femme, c’est synonyme de chasteté, une femme perdant sa virginité trop tôt étant considérée comme sale, vraissemblablement une salope en devenir.
Pour un homme, au contraire, il faut perdre tôt sa virginité sous peine d’être qualifié d’impuissant, de puceau, d’inadapté viril.

La virginité détient à la fois un caractère honteux et sacré, les médias pointant avec le « talent » qui les caractérisent là où ça coince.
Au même titre qu’être célibataire est une tare dans une société aspirant au couple par défaut, le fait d’être vierge (homme comme femme) participe à culpabiliser celle ou celui qui ne s’est pas joint à la grande fête de la sexualité débridée. Parce que baiser, c’est bien, de manière effrénée pour un homme et raisonnable pour une femme, la réputation à préserver, vous comprendrez bien.

Pourtant, les mentalités évoluent, bien heureusement, et l’essai maladroit de Chroniques Sexuelles d’une Famille d’Aujourd’hui, nous présente ainsi un héros vierge qui va être initié par une femme de son âge mais plus expérimentée dans le domaine. Néanmoins, cela reste faible par rapport au flot d’images hyper sexualisées qui déferlent et torturent les esprits comme les corps dans la recherche d’un plaisir sexuel hâtif sans se préoccuper de la maturité des ces jeunes femmes et jeunes hommes encore vierges.

Que ce soit à travers des images prônant une bisexualité récréative pour les femmes (parce que pour les hommes, c’est le risque de virer gay et c’est dangereux pour la « virilitude ») ou bien par du porno à outrance instrumentalisant le plaisir masculin via la soumission féminine, il est difficile de vivre sa virginité et son développement sensuel puis sexuel à travers le spectre déformant de ce que devrait être une première fois idéale.

Entre le fantasme pornographique et l’idylle à l’eau de rose de Twilight, j’imagine sans mal le désarroi subi par une génération ne sachant plus vraiment à quel sein se vouer (sans mauvais jeu de mots 😉 ). Construire son image d’être humain sexué, respectueux de son corps, de sa sensualité et de celle de son ou sa partenaire n’est pas vraiment aisé et demande à se déconnecter de cette surstimulation dont nous sommes victimes bien malgré nous.

Parler sexualité, virginité, première fois est important. La caricaturer en mettant une pression à travers des images violentes ou complétement déconnectées de l’aspect charnel de la chose n’est pas un service à rendre à qui que ce soit au final dans son développement personnel à venir.

Personne ne doit se sentir obligé en rien, particulièrement dans ce domaine où le regard social se mêle une fois de plus de choses qui ne le regarde pas…

A noter pour clore ce billet que certaines personnes comme Laci Green ont la vocation de fournir des outils aux adolescents découvrant la sexualité, des « tutoriels » pour apprendre à apprivoiser son corps en passant outre les clichés véhiculés ici et là.

Une initiative qui mérite véritablement de s’y attarder tant le ton avec lequel elle aborde des sujets délicats est juste et plein d’humour.

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