Voici la suite à la Loi du Chat, écrite il y a une quinzaine d’années. Le voyage mystique se poursuit dans les origines du Chat avec à la clé une lutte, un duel qui va remettre en cause le monde décrit dans cet univers. L’écriture peut paraître quelque peu imparfaite mais j’espère que vous apprécierez de découvrir ces travaux anciens autant que j’ai eu à les écrire!

Commentaires bienvenus comme d’hab 😉

Bonne lecture!

1. Le jeune homme se sentit happé et tiré par la patte velue du félin humanoïde. Il lui sembla traverser la structure même de la réalité alors que son voyage vers la connaissance débutait. Grâce à son nouveau et non moins incongru ami, il atteignit un stade psychique supérieur.
A travers l’espace temps, il contempla en quelques secondes la naissance et la mort d’un millier de planètes dans le vaste univers que la conscience humaine scientifique n’appréhendait qu’à travers un minuscule judas grillagé. L’adolescent se découvrit devenir quelqu’un d’autre: une personne capable d’éteindre un soleil d’une simple pensée et de créer la vie d’un claquement de doigts désinvolte et totalement désintéressé. Il prit peur devant cette voie de magnificence et d’omnipotence qui s’offrait à l’instant à son esprit hébété.
Le Chat sourit et lui proposa de retarder son choix pour ainsi jouir d’une plus ample et plus sage réflexion. Il se sentit alors soulagé du poids oppressant que représentait cette décision importante et définitive.
Son félin ami l’entraîna alors avec une soudaineté brutale vers une étoile nimbée d’un halo rougeâtre. Au fur et à mesure que le vol rapide le rapprochait de cette espèce de soleil en fusion, il comprit que la structure entourée par la rouge atmosphère était solide. Ce n’était donc pas une étoile au coeur gazeux et bouillant mais une petite planète à l’atmosphère aussi brûlante qu’une fosse infernale. La distance décroissait et il se vit avec horreur plonger dans l’air écarlate à la suite du Chat. Il ressentit la douloureuse intensité de la morsure du feu qui enveloppait la planète au sol gris et sablonneux. L’endroit était découpé selon un quadrillage compliqué par de larges rivières de sang  pareilles à de longues artères. L’air se trouvait dominé par les étranges oiseaux écailleux qu’il avait eu l’occasion de contempler dans ses précédentes visions. Ceux-ci exprimaient toujours leurs inhumaines émotions à travers des croassements aussi courts que solennels. D’imperceptibles créatures à la peau translucide nageaient avec tranquillité dans le répugnant liquide écarlate. Leurs longs et fins membres qui se terminaient par des mains simiesques, ondulaient doucement au gré du courant alors que sur leur tête plate s’affairaient des ombres
aux contours indistincts et au visage masqué. Celles -ci se penchaient sur la surface plate en quête des reflets lumineux qui se répercutaient sans cesse dans le crâne de ces drôles d’animaux aquatiques. Puis, soudain, une de ces créatures renversa son hôte et le précipita dans le fleuve rougeoyant alors que de longues griffes recourbées sortirent avec un raclement mou des longs doigts translucides de l’animal. Celles-ci déchiquetèrent l’ombre sans autre forme de procès et un nouveau liquide écarlate vint alimenter les artères de la planète.
Le jeune homme recula, l’âme révulsé, devant l’affreux spectacle qui venait de s’offrir à lui. Une patte griffue se posa sur son épaule chassant alors toute crainte pendant que l’image délirante se fissurait lentement…

… il ouvrit les yeux sur une chambre blanche à la lumière d’un bleu teinté. Puis il lui sembla distinguer le doux visage de celle qu’il aimait. Et elle souriait… avec compassion. Oui! De la compassion, toujours de la compassion voire de la pitié: rien d’autre. Il se débattit dans son délire et le cri d’une machine fit accourir des hommes en blouse blanche alors que son délire redoublait d’intensité. Il se retourna avec violence tandis que sa bouche écumait d’une bave mousseuse et vaguement rosâtre. On le sangla à son lit puisque ses spasmes s’intensifiaient. Une sueur collante lui couvrait le corps et ses convulsions s’apaisèrent finalement lorsque un des doctes personnages lui prodigua une vive injection. Ses yeux jusqu’alors grands ouverts et injectés de sang se fermèrent doucement au fur et à mesure que le produit se répandait dans son corps tendu. Ses muscles contractés se délièrent progressivement et son esprit, à présent libéré de l’emprise physique, se réabsorba dans sa fièvre onirique.

Son compagnon, le Chat, lui présenta la chambre où il élirait dorénavant place. Et sur ces entrefaites, son silencieux hôte le quitta. L’invité parcourut doucement la pièce fouillant, à chaque objet que son regard rencontrait, sa mémoire. Le portrait d’un individu à l’air sévère et à l’attitude altière capta instantanément son attention. Il comprit immédiatement que ce tableau représentait ce qu’il devint et ce qu’il deviendrait. Et c’est avec dégoût qu’il détourna les yeux de cette répugnante prévision qu’apportait l’iconographie. Un grand lit à baldaquin occupait le centre de la chambre. Le bois d’ébène avait été sculpté et ornementé avec tant de passion que les bas reliefs semblaient receler une vie propre. Des formes félines ricanantes s’abreuvaient dans un vaste lac où des figures humaines se débattaient avec l’énergie du désespoir face à ces démons terrifiants. De la scène se dégageait un tel réalisme qu’il était difficile d’en supporter l’horreur qui en naissait.
Animé d’un tremblement incoercible il détourna une fois de plus le regard face à la nouvelle vision affreuse qui venait de s’imposer à lui.
Désappointé il pivota plusieurs fois sur lui-même en quête d’une issue de secours. Les parois de la pièce, aussi bien verticales que horizontales, se présentaient comme vierges de toutes portes promettant à l’esprit du jeune homme la délivrance de la folie que l’on tentait de lui imposer…

… une fenêtre claqua. Un courant d’air glacial parcourut la petite chambre d’hôpital que son corps inanimé occupait depuis neuf semaines. Il advint pourtant qu’il reprenne brièvement conscience lors de ce coma que les plus éminents docteurs n’arrivaient pas à expliquer. Il lui sembla reconnaître à travers un voile diaphane ses traits fins et délicats, sa peau jeune et fraîche, ses belles boucles de cheveux et ses jolis yeux noisettes. Il étendit avec faiblesse son bras tremblant vers l’apparition angélique. Le jeune homme crut que ses doigts affaiblis avaient frôlé ce doux visage mais sa main retomba lourdement sur son matelas. Une machine émit un nouveau cri et une nouvelle crise débuta alors que les hommes en blanc s’affairaient frénétiquement autour du corps de l’adolescent agité de soubresauts.

2. Son corps, son esprit s’apaisèrent grâce aux soins laborieux des hommes de science. Il perçut faiblement à travers les brumes opalescentes de l’inconscience des bruits de pas s’éloignant et des voix étouffées parlant doucement pour ne pas troubler son apparente quiétude.

La porte s’ouvrit dans un courant d’air et l’adolescent distingua la forme mince et élancée du maudit félin. Celui-ci l’invita à quitter la chambre qu’on lui avait assigné. Et bien que l’esprit de notre jeune ami se cabrât à l’idée de suivre cet être diabolique, son corps qu’il ne contrôlait plus suivit le drôle d’animal dans les couloirs tentaculaires du curieux palais. Le jeune homme éprouvait encore cette curiosité malsaine qui devrait sûrement le perdre. Mais, bon, il était bien trop occupé à découvrir et à apprendre les multiples secrets du Chat pour oser vouloir penser à son proche avenir. Il vivait au jour le jour, si on peut dire, et ce mode de vie insouciant l’exemptait de toute élucubration malsaine et obscure sur son futur. Il devait sûrement considérer ses brèves reprises de conscience comme des cauchemars émaillant son étude du monde rougeâtre du Chat.
Il apprit ainsi durant les neuf mois au cours desquelles il resta alité, au grand désespoir des médecins qui se perdaient en conjectures multiples, de nombreux secrets sur cette planète apocalyptique. Trois informations principales résidaient sur cet endroit et notre ami les obtint à cause du relâchement de la surveillance que le Chat lui faisait subir chaque jour. Il découvrit donc à force d’observation que le Chat n’avait aucun homologue félin habitant sur l’astre écarlate. Le jeune homme se posa, alors, de nombreuses questions que le Chat vint élucider avec une hâte qui ne l’avait jamais caractérisé. Ce dernier lui expliqua que les autres membres de son espèce s’étaient dispersés sur d’autres planètes de l’univers. Chacun d’entre eux vivait, isolé de sa race, sur des mondes plus rudes les uns que les autres. Néanmoins, l’adolescent ressentit un drôle de soupçon devant cette réponse qui sonnait faux. Il préféra, tout de même, conserver ses réflexions pour lui-même, ne voulant point offenser son hôte. Le second secret concernait plutôt la faune locale. Il apprit que le Chat se servait principalement de créatures appelées “n’loeld” pour diriger la petite planète. Ces n’loeld masquaient leur corps dans de curieuses robes à capuchon et jamais il ne leur était permis qu’ils les retirent. Un lourd secret qu’il ne parvint à élucider planait sur ces étranges bestioles.

Le dernier secret fut sûrement celui qui causa son exclusion de ce monde onirique. Un jour alors qu’il rôdait sournoisement sur le sable gris de la planète, il remarqua une minuscule bâtisse à moitié effondrée. Mu par son habituelle curiosité, il s’approcha avec circonspection de ces ruines. Une porte en partie effondré y avait été pratiquée et ce fut avec difficulté qu’il dégagea l’entrée des lourdes pierres qui l’obstruaient. Il ne prit pas garde à l’inscription en caolneir: Qua siot meudot ra plifecetauL… Bref, il pénétra dans une salle à la propreté méticuleuse qui s’opposait à l’aspect délabré de l’extérieur. Un curieux autel d’obsidienne avait été érigé au centre de l’endroit et un ouvrage en cuir reposait sur ledit autel. Sans savoir pourquoi le jeune homme tendit sa main vers le vieux parchemin. Au moment où il le déroula une vive clarté illumina la sombre pièce et il lui sembla entendre un long cri de dépit. Il découvrit en ces lignes une vérité si horrible qu’elle aurait été propre à faire délirer n’importe quel être humain doté d’une certaine raison. Son compagnon félin avait procédé à son sevrage il y a peu et bien que ce qu’il vit fut atroce il resta insensible à toute sensation dite d’humaine telle que la peur ou la terreur.
Il savait dorénavant faire face à la vérité, aussi amère soit-elle, sans jamais faiblir. Pourtant malgré la préparation opérée à son esprit, il y eut quelques répercussions sur sa moitié corporelle qui occupait toujours l’existence physique. Au contraire des précédentes manifestations dues en partie à ses découvertes insensées, son corps ne fut pas agité de convulsions. Bien que moins bruyant, l’effet fut tout aussi spectaculaire. Comme à l’habitude, il appela pathétiquement celle qu’il croyait aimer avant de sombrer dans un complet délire au cours duquel les machines restèrent muettes. Ses yeux étaient alors emplis de larmes lorsque ses traits se crispèrent. Son visage s’assécha, ses dents se serrèrent. Son regard parut distant et semblait lire dans le vide.

Et soudain il déclama d’une voix sourde un discours incompréhensible, un galimatias de fou:

“Le Corps céleste écarlate sera créé dans un Dessein spécifique et point il ne sera possible de Le dévier de son But. L’Accomplissement, en vérité, sera l’Oeuvre de nombreuses Vies et les Félidés devront se préparer à découvrir la Maîtrise véritable de son Pouvoir. Sans cela, tout ce qui fut et tout ce qui sera ne pourra s’accomplir. Sache, en vérité, que l’Étoile est Elle-même douée de Raison. De plus, Elle est destinée de toute Éternité à naviguer dans l’Espace matériel et temporel. Sa Destination finale sera un Astre azuré avec Lequel Elle fusionnera pour mettre au monde un Pouvoir qui appartiendra jusqu’à la Consommation des Temps au Dépositaire de la Conscience collective des Chats. Sache qu’il reviendra au Chat survivant de la sainte Espèce de s’emparer du Pouvoir du jeune Initié. Manipule-le avec Délicatesse car Il possède de par son Origine mystique la Malice du Chat et la Ruse de l’Humain. Attire-Le dans la Monde du Rêve car Il y est, en vérité, plus faible et plus malléable. Mais point ne Le laisse toucher à cette Prophétie car Il échapperait inévitablement à ton Pouvoir. Retient son Esprit dans notre Monde car sans l’Union des deux Parties de son Essence, Il ne pourra présider à la Réunion de ce qui n’aurait du être séparé. L’Être qui présidera sur le Trône des Temps Passés deviendra assurément Dieu sur toute Chose. Le Pouvoir acquis lors de cette Élévation doit impérativement Te revenir car si le Métis obtenait son Trône, de toute l’Éternité, nos Esprits seraient définitivement bannis à travers toutes les Réalités. Hâte Toi donc Chat de faire basculer ce Mortel dans la Folie de l’Illusion. Notre Quête, en vérité, est juste et nous Te sommons de Te rendre au Lieu de Conjonction des deux Vérités. Ce Moment-là sera marqué par un Voile de Ténèbres infinies. Tu sauras alors que l’Événement attendu depuis l’Avènement de l’Univers adviendra. Ra Piuviol At Ra Seviol Ca S’Ibtoaccact Qua Pel Re Laerita.”

La voix mourut dans un râle désincarné. Les yeux écarquillés de l’enfant se fermèrent doucement et il sombra de nouveau dans un sommeil agité de cauchemars effroyables. Il savait que, maintenant qu’il avait accédé au recueil interdit, il serait la proie du félin qu’il avait considéré comme un ami. Il avait peur. De plus son angoisse se trouvait accentuée par la découverte de son origine semi humaine. Toujours il avait su qu’il était différent mais pas au point que ses origines se perdent dans les confins infinis du cosmos. Il devait à tout prix découvrir un moyen de s’évader de l’étreinte psychique du dernier dépositaire des félins. Il ne savait que faire et pris au dépourvu il hurla. Le Chat apparut un sourire mielleux accroché à sa face velu. Mais celui-ci recula! Le cri était d’une force et d’un désespoir tel qu’il mit en échec la tentative d’assassinat du diabolique félin. Le hurlement parcourut à une vitesse infernale l’espace temps et arracha de l’emprise invisible du Chat l’esprit perdu du jeune homme…

… son corps fut agité par un spasme et ses membres se raidirent. Un cri chargé d’agonie et d’une tristesse insondable vit le jour dans la chambre plongée dans l’obscurité. Le cri se propagea rapidement dans l’hôpital, dans la ville, dans le pays et finalement dans le monde.
Et tous surent qu’un événement abominable allait se dérouler dans un futur trop proche. Quant à l’adolescent, il était éveillé…

3. Son retour à la réalité fut assez brutal. De toute façon, c’était la seule solution qui aurait pu le soustraire au contrôle du Chat. Malgré le tumulte et la douleur qui naquirent de son cri, il se sentit curieusement apaisé. Cette souffrance mentale qui se répercutait sur son être physique devait bien trouver un jour un exutoire. Toute la peine et toute la mélancolie que lui causaient les visions constantes de celle qu’il aimait s’estompèrent alors que ses yeux se réhabituaient à la faible clarté bleuâtre des “néons veilleuses” de sa chambre. Néanmoins rien n’aurait pu lui faire oublier sa passion pour elle. Il l’aimait effectivement toujours. Mais la torture propre à ce genre de maux s’était partiellement dissipée. Il savait dorénavant qu’une tâche spécifique l’attendait et qu’il se devait de l’accomplir avec succès. Un cataclysme sans précédent s’abattrait sur l’univers si quelqu’un d’autre se chargeait de cette quête mystique. Conscient de l’urgence de sa mission, l’adolescent décida qu’il était temps de quitter ce lit et de réintégrer le monde des vivants. Il balaya les rêves et les cauchemars que le Chat lui avait complaisamment imposés. Il prit position sur le sol glacé et réprima un frisson. Pieds nus, il progressa vers la petite salle de bain pour se rafraîchir: son front ruisselait de sueur. Le jeune homme fit couler l’eau qui se déversa en un flot tourbillonnant dans le lavabo. Il s’aspergea méticuleusement puis contempla son reflet dans le miroir.

Il s’y perdit et perçut une nouvelle fois une distorsion de la réalité. Le Chat l’avait déjà retrouvé et s’ingéniait encore à le faire basculer dans la folie et le doute. Le trou du lavabo commença à s’élargir progressivement ménageant ainsi une ouverture de l’espace temps à une créature en robe noire: un n’loeld. Le petit être bondit hors de cette fissure temporelle et s’approcha de l’adolescent d’un air agressif.
Et effectivement, le jeune homme vit la créature fluette porteuse d’une inquiétante lame recourbée: une espèce de petite faux. Le miroir derrière le n’loeld se troubla pour laisser apparaître le visage du Chat. Celui-ci souriait d’un air effroyablement pervers apparemment sûr d’obtenir la vie de l’adolescent. Le Chat émit un léger sifflement et le n’loeld se mit en position d’attaque. L’adolescent, conscient du rapport de force inégal, hurla. Il avait, en effet, compris que son cri revêtait un certain pouvoir capable de tenir en échec les agissements du Chat. Mais, à sa grande stupeur, le n’loeld ne broncha pas et émit, au contraire, un cri similaire qui vrilla les oreilles du pauvre jeune homme. Celui-ci fut partiellement sonné lorsque l’immonde créature chargea sous le ricanement du Chat. Le jeune homme ne sut jamais ce qui se passa mais lorsque il réouvrit les yeux, il contempla le cadavre exsangue du n’loeld. Il perçut un dernier râle de frustration alors que le Chat désertait le miroir qui reprit sa forme originelle. Le jeune fut assez déconcerté mais après tout qui ne l’aurait pas été?

Il ne savait point où aller et cet hôpital devenait de plus en plus nauséeux pour sa personne. Il devait s’en éloigner. Il s’habilla rapidement de couleurs sombres. La porte grinça légèrement quand il l’ouvrit et il se mit à maudire l’agent d’entretien jusqu’à la septième génération. Bien heureusement personne n’entendit rien. Le secteur d’hôpital était actuellement couvert par un tintamarre de tous les diables.
Des lamentations et des supplications fusaient de toute part. Les condamnés à une maladie mortelle et douloureuse imploraient la mort de venir les prendre. Mais celle-ci était alors occupée à moissonner ailleurs: elle accompagnait dans l’au-delà des jeunes soldats fraîchement tués. Voyez l’injustice. L’amour est aveugle de même que la mort qui frappe aussi bien le faible que le fort: c’est la loi immuable du temps.

De faibles veilleuses, comme dans sa chambre, éclairaient le long couloir et il distingua au fond la sortie, sa liberté. Au fur et à mesure qu’il progressait subrepticement en rasant les murs, la réalité à laquelle il s’accrochait désespérément subit une nouvelle déformation.
Tout changea, du couloir aux cris d’agonie. Ces derniers se changèrent en rires déments qui ressemblaient bizarrement à des miaulements.
Dans la folie, on pouvait distinguer des émotions antagonistes réunies dans un hurlement furieux. La joie se mêlait à la mélancolie et formait une émotion indescriptible et parfaitement inhumaine. Notre ami se trouvait toujours dans un couloir bien que celui-ci ne fusse plus constitué de chambres mais de cellules aux portes de fer rouillé. Il sut immédiatement que c’était une vision du passé de la vie de ces diaboliques félidés. Un souvenir tragique d’une fin proche, d’une extinction inaltérable. On lui fit contempler la naissance du dernier des Chats ainsi que la bénédiction que les mourants lui octroyèrent. Puis ceux-ci firent appel à leurs dernières forces pour distordre la réalité en un trou temporel dans lequel ils envoyèrent l’héritier félin qui ne pouvait s’empêcher de brailler. Tous quittèrent ensuite instantanément l’existence physique à cause notamment de ce dernier acte désespéré. Leur force de vie ne s’arrêta pas là et ils continuèrent à hanter l’espace temps sous une forme plus volatile: l’être spirituel du Chat.
Sous cette apparence limitée, ils éduquèrent le nouveau-né et l’instruisirent sur sa Tâche.

L’adolescent se mit à pleurer de compassion pour le pauvre rescapé de cette hécatombe et maudit amèrement les commanditaires de ce génocide. La douloureuse vision s’estompa rapidement et le jeune homme se demanda coléreusement qui aurait pu faire cela et surtout pourquoi! Sa silencieuse question se perdit dans le calme silence de la profonde nuit ténébreuse et n’obtint donc aucune réponse. Il en fut vivement déçu et c’est d’une marche hargneuse qu’il louvoya entre les arbres du système hospitalier. Il ne savait toujours pas où aller ni que faire. Le mieux, pensa-t-il, était de s’évader de l’enclos mortuaire où on l’avait enfermé. Après il aviserait selon la situation à laquelle il serait confronté. Le soleil n’allait pas tarder à se lever et il devait impérativement trouver un endroit où se cacher pour réfléchir à tout ce qui s’était déroulé depuis la sombre nuit où il avait, hélas, rencontré ce satané animal.
De plus il n’aurait pas volé quelques heures de sommeil: il se sentait effectivement exténué.

Il découvrit la cachette parfaite peu avant l’aurore et s’y blottit, terrorisé, alors que les premiers rayons solaires filtraient déjà à l’horizon. Il s’endormit instantanément et fut hanté une nouvelle fois par un rêve. Le Chat n’apparut pas et notre rusé jeune homme comprit que ce n’était pas le félin l’instigateur de cette vision onirique. Ce fut un vieil homme aux traits curieusement familiers. Celui-ci marchait doucement, avec difficulté. Et cette fois-ci, il parla d’une manière intelligible. Il s’exprima avec douceur comme s’il voulait prévenir l’adolescent d’un quelconque danger:
“Salut à Toi, Enfant-Chat, déclara-t-il solennellement, Je viens T’instruire de Ta Tâche.
De plus il est nécessaire que Tu aies connaissance de Tes Origines. La Vérité est choquante mais Tu Te dois de L’admettre.
Ta Mère était une Humaine et Ton Père un Chat, déclara-t-il abruptement. Cette Union fut intolérable pour les Chats et Ceux-ci déclarèrent une Guerre sans merci aux Humains. Cet Acte insensé conduisit à la Disparition de leur Race. Seul un Enfant survécut. Vous devrez, en vérité, Vous opposer car depuis l’Aube des Temps, les Étoiles, Elles-mêmes, disent que Vous êtes Frères de Haine.
Ton Métissage T’a doté de Pouvoirs dont Tu n’as pas Idée. Il Te craint autant que Tu peux Le craindre. Le Lieu de Conjonction entre les deux Astres Te sera indiqué dans le Livre du Temps. Il revient à Toi de chercher cet Ouvrage. Sois fort, Enfant-Chat, et ait confiance en Tes Pouvoirs! Tout dépend de Toi, exhorta-t-il alors que sa voix se dissipait.”

La conclusion du Chat, c’est par ici!

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