Voilà une interview que j’avais hâte de vous partager car le blog tenue par cette blogueuse est une véritable mine d’informations sur les gender studies tout en apportant une déconstruction systématique des clichés liés au genre qui polluent à longueur de temps notre discours, notre mode de pensée mais également nos comportements. Il fallait à tout prix que j’en apprenne plus.
Et A_C Husson m’a finalement répondu de manière très exhaustive ^_^

Je l’en remercie chaleureusement et je vous partage dès maintenant l’échange que nous avons eu en espérant que cela vous donnera envie de la suivre sur Twitter et sur son blog!

Digital Wanderer (DW) : Bonjour madame !
Voilà quelques mois (enfin presque une demi année, bigre le temps passe vite) que je suis votre blog et j’ai osé prendre ma plume pour te contacter et faire découvrir via cette modeste interview ton blog.
Peux-tu nous le présenter ?

CafaitGenre :
Mon blog est centré sur une notion qui n’est pas familière à tout le monde: le « genre », que certain.es désignent par le terme anglais gender. La définition du genre est complexe, mais pour faire simple, il s’agit de montrer qu’ « être homme » ou « être femme » ne se résume pas au fait d’être né.e avec un sexe mâle ou femelle. A partir de ce donné biologique, l’individu, dès le plus jeune âge, intériorise un ensemble de comportements, d’attitudes et de schémas de pensée que la société dans laquelle il vit rattache à la masculinité et à la féminité. Les études de genre (gender studies), qui se fondent notamment sur la sociologie, questionnent cette construction sociale, ses manifestations et ses conséquences.
Ce qui rend cette question à la fois passionnante, très complexe et envahissante, c’est qu’elle concerne beaucoup d’aspects de notre vie quotidienne. Dans mes billets, je reviens sur des sujets d’actualité (la remise en cause de l’IVG pendant la campagne présidentielle, l’emprisonnement de Sakineh Ashtiani en Iran…) et je m’interroge sur les représentations du genre dans tous types de médias : cinéma, télévision, publicité, jeux vidéo (cf. la série d’une contributrice extérieure, Mar_Lard, publiée ces dernières semaines). J’essaie également de fournir des outils théoriques, à partir de ma lecture de Judith Butler par exemple, et sur des questions linguistiques, comme la féminisation ou le fonctionnement du genre dans la langue.
———————————————————————————————————————————————————

DW : Ton blog m’a permis de me plonger dans les études de genre et m’aide à remettre en question pas mal d’éléments que je vois dans la vie de tous les jours. Qu’est ce qui t’a motivé à fournir à tes lecteurs ces outils pédagogiques ?

CafaitGenre:
J’ai créé ce blog en septembre 2011, à un moment où l’on parlait beaucoup du genre dans les médias. Cette notion a en effet été introduite dans les manuels de biologie de certaines classes de Première générale, ce qui a suscité une levée de boucliers de la part d’une partie de la droite mais aussi de la blogosphère catholique. J’étais très énervée de lire et d’entendre des discours caricaturaux sur ce champ d’études (qualifié d’ « idéologie » par ceux et celles qui, apparemment, le perçoivent comme une menace). Des discours d’autant plus caricaturaux que, de toute évidence, une large partie de ceux et celles qui les tiennent ne connaissent absolument rien à ces recherches et refusent de s’informer objectivement dessus.
En tant que future professeure, je cherche non seulement à apprendre, à me tenir au courant, à m’informer, mais aussi à transmettre mes connaissances et à inciter les gens à s’informer à leur tour. C’est donc dans cette optique que j’ai créé le blog : fournir des éléments de réflexion pour alimenter le débat et questionner l’évidence, à savoir la répartition genrée des rôles dans la société.
———————————————————————————————————————————————————

DW : La publicité tient un rôle important dans ta vie au vue du Tumblr ouvert autour. Penses-tu que la pub puisse espérer un jour se dégager de ce faux ressort comique qu’est le sexisme et le genre et surtout par quel moyen?

CafaitGenre:
La publicité ne tient pas un rôle spécialement important dans ma vie, elle est omniprésente dans la vie de tout le monde mais on ne s’en rend plus forcément compte… Mais c’est vrai que ce sujet m’intéresse tout spécialement. Mon militantisme est récent, il ne date que de l’année dernière : avant cela, j’étais, disons, une féministe « passive ». A la suite d’un commentaire ulcéré sur Facebook à propos de je ne sais plus quelle publicité, une connaissance m’a conseillé d’aller voir une vidéo de Feminist Frequency intitulée « Retro Sexism and über ironic advertising ». Feminist Frequency est une chaîne de vidéos sur YouTube conçue par Anita Sarkeesian, une féministe américaine qui s’intéresse au genre dans la pop culture (cinéma, télévision, jeux vidéo…). Cette vidéo a été un déclencheur.
L’utilisation dans la publicité de ce qu’on appelle « l’humour » sexiste, que tu évoques, me choque tout particulièrement. Feminist Frequency met très bien évidence le mécanisme de ce genre de pubs : tout le monde sait que c’est sexiste, ce qui est censé cautionner le caractère humoristique et inoffensif de ce type d’humour. Or c’est justement la banalisation de ces clichés qui rend le sexisme ordinaire si pernicieux. Lutter contre ce « faux ressort comique », comme tu l’appelles très justement, est d’autant plus difficile que, systématiquement, on t’opposera ton manque d’humour. C’est souvent décourageant, mais je crois que la seule solution est une sensibilisation aux stéréotypes sexistes dans tous les domaines de la vie, et surtout dès le plus jeune âge. Cette idée commence à faire son chemin. Elle était défendue pendant la campagne présidentielle dans les programmes d’EELV et du Front de Gauche, et la ministre des droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, semble vouloir la mettre en œuvre. C’est seulement quand ces stéréotypes seront perçus comme tels par une majorité et qu’on aura démontré qu’ils empêchent toute égalité réelle des genres que les pratiques publicitaires commenceront à changer. Mais, comme tu le vois, cette question dépasse largement celle de la publicité…
———————————————————————————————————————————————————

DW : Les trois derniers billets ont été rédigés par une invitée bien spéciale. Comment vous est venue l’idée de vous attaquer au monde ultra sexiste du jeu vidéo en soulignant la place déplorable de la femme dans ce milieu ?

CafaitGenre: J’aime bien publier des contributions extérieures, cela permet de varier les sujets abordés et l’angle d’approche. Les billets auxquels tu fais référence s’inscrivent dans une série rédigée par Mar_Lard, que j’ai rencontrée via Twitter. C’est une gameuse et une grande spécialiste des jeux vidéo, dont elle veut faire son métier. Nous discutions depuis plusieurs mois sur Twitter et il m’a semblé évident que son expertise dans ce domaine pourrait fournir matière à écrire pour le blog ; je suis moi-même totalement incapable d’écrire sur ce sujet. Elle a accepté tout de suite en me disant qu’il y avait fort à faire ; et effectivement, c’est ce qui transparaît dans ses articles !
Le hasard a voulu qu’entre ma proposition et son premier article, Feminist Frequency a lancé un projet Kickstarter (elle demande aux internautes de la financer) pour créer une série sur les jeux vidéo. Cet appel a déchaîné une vague de harcèlement et de menaces incroyable et terriblement choquante : commentaires injurieux, sexistes, antisémites ; menaces de viol, propos violents divers ; détournement de son site, de sa page Wikipédia ; montages de photos pornographiques, memes mysogynes… Tous les détails sont sur son site. Tout ça pour avoir osé annoncer qu’elle voulait travailler sur les représentations de genre dans les jeux vidéo et s’attaquer au machisme qui y règne, comme tout joueur et toute joueuse un minimum objectif.ve le reconnaît. Cette campagne de harcèlement a eu au moins deux effets bénéfiques : son projet a été financé au-delà de ses espérances, et le sujet du machisme dans le milieu ultra-fermé et ultra-masculin des jeux vidéo est maintenant largement évoqué, puisque de nombreux médias ont relayé l’affaire. Dans une bien moindre mesure, bien sûr, les articles de Mar_Lard ont eux aussi généré des réactions plus ou moins hostiles et violentes. Je suis d’autant plus heureuse de publier sa série, qui a eu beaucoup de succès et s’est bien diffusée, apparemment, sur les sites spécialisés.
———————————————————————————————————————————————————

DW : Au même titre qu’Antisexisme ou que l’Elfe, tu participes à la déconstruction de mythes construits autour du genre et de la femme. Quelles sont dans ce domaine les prochaines idées reçues que tu penses démonter pour une meilleure compréhension de nos conditionnements ?

CafaitGenre:
Le problème avec ce sujet, comme je le disais plus haut, c’est qu’il est sans fin… Non pas, comme on a pu me le reprocher, parce que je vois le mal partout, mais parce que le genre a un impact sur d’innombrables aspects de notre vie quotidienne. J’ai des projets d’articles sur les féminismes, sur l’injonction sociale à la maternité, sur la notion de « sexisme », sur l’idée de « complémentarité des sexes ». Surtout, je me lance avec une amie dans un nouveau projet de blog (tout en gardant le mien) qui sera consacré au genre et aux différentes formes de cultures : nous voudrions parler de musique, de cinéma, de télévision, de culture geek, de jeux vidéo, de BD… D’ailleurs, nous cherchons des contributeurs et contributrices. Tu as l’exclusivité de cette information 😉
———————————————————————————————————————————————————

DW : Voici venir la question sociale ! Tu es présente sur différents réseaux sociaux. De quelle manière ceux-ci te permettent-ils d’informer efficacement ?

CafaitGenre:
Je suis très active sur Twitter   et sur Facebook, où j’ai créé une page pour mon blog. Sur ces deux réseaux, j’essaie de relayer toutes les informations sur le genre qui me passent sous les yeux ; je m’en sers aussi, bien sûr, pour faire la promo de mes billets. Twitter, surtout, m’est devenu indispensable : il me permet de me tenir informée, de relayer des informations très rapidement et d’explorer des domaines auxquels je n’aurais pas forcément pensé. J’ai créé mon compte un peu avant mon blog, dans l’unique but de m’informer sur le genre et les féminismes et de relayer des informations à mon tour ; mon utilisation est ensuite devenue plus variée, mais c’est toujours l’usage principal que je fais de mon compte. Grâce au site MadmoiZelle, qui m’a incluse dans une liste   de comptes à suivre, j’ai maintenant doublé mon nombre d’abonné.es et je dispose d’une plateforme vraiment intéressante pour développer le projet initial de mon blog. Quant à la page Facebook, elle offre un espace plus important pour la discussion et le débat, les 140 caractères de Twitter n’étant bien sûr pas l’idéal pour cela.
———————————————————————————————————————————————————

DW : Nous arrivons à la question musique ! Qu’écoutes-tu en ce moment ? Un coup de cœur en particulier ?

CafaitGenre:
Je sors d’une période de concours particulièrement éprouvante et je me suis restreinte à mes favoris « bonne humeur », pour tenir le coup ! Parmi eux, les essentiels vintage : « Feeling Good » de Nina Simone, « Mannish Boy » par Muddy Waters, du Abba… et le très-ringard-mais-j’assume « Résiste » par France Gall.
Sinon, je reviens encore et toujours, depuis un an, à un album enchanteur : Philharmonics, d’Agnès Obel.
———————————————————————————————————————————————————

DW : Et voici la question subsidiaire, la plus compliquée, qui en plus ne bénéficie d’aucun joker ! Un dernier mot à ajouter à cette interview ? ^_^

CafaitGenre:
Un seul : merci ! Et puis quelques autres quand même : je suis très flattée que tu aies pensé à cette interview, et bonne continuation avec tes propres aventures numériques !

Voilà pour cette courte interview!

Vous avez maintenant toutes les clés en main pour suivre un blog de qualité sur le genre et ce que nous en faisons dans la société.

Qu’en pensez-vous?

Publicités