D’ores et déjà, je vais disqualifier mon point de vue.

Pourquoi?
Parce que je suis un homme et j’ai vu ces comportements, je les ai constatés, ne les ai jamais pratiqués parce que je ne me reconnaissais pas dedans sûrement parce que j’ai évolué vers une misandrie assez profonde qui me pousse plus fréquemment à détester mon prochain mâle si celui-ci manifeste toutes les qualités lui permettant de véhiculer les valeurs profondément destructrices du patriarcat.

Cela est dit.

Je rentre dans le vif du sujet qui provient de ce reportage:

Sofie Peeter constate dans ce documentaire comme le mâle en rut peut se révéler remarquablement agressif, harcelant à n’en plus pouvoir toute femme pouvant être à ses yeux potentiellement baisable (et le potentiel se révèle généralement très bas pour le mâle lambda)

Je parle crûment mais voilà ce que m’inspirent les réactions masculines qui se font filmer tout au long de ce court extrait. Et j’imagine sans doute que c’est encore plus frappant, choquant dans la version intégrale. Déjà, je pense que l’on peut remercier Sofie Peeter d’avoir osé filmer cela, de le diffuser pour mettre aux yeux de tous ce qui n’est ni plus ni moins qu’une violence quotidienne banalisée.

Violence qui reprend des codes du viol, qui met en place une ambiance où la femme ne doit pas s’habiller comme elle veut de peur d’attirer les regards masculins et leurs attentions viriles déplacées, une violence qui conditionne et empêche une femme de marcher seule dans la rue sans risque de se faire agresser verbalement voire physiquement. Des mains aux fesses, des baisers volés, des mains saisies ne sont ni plus ni moins que des entrées dans cette bulle intime. Ce sont des prémisses au viol.

Je suis un homme, je n’ai jamais été victime de ce genre d’agressions. Je ne témoignerai de rien là dessus hormis que j’aimerais comprendre pourquoi le mâle alpha se sent dans l’obligation de manifester de manière outrancière sa présence dans la rue en interpellant les femmes qui y passent?

Est-ce que cela provient du vieux mythe comme quoi les femmes sont possessions des hommes, ressources disponibles pour satisfaire le trop plein hormonal de ces mâles facilement excitables?

Les mâles sont-ils innocents dans cette démarche, ne faisant que répondre à un prétendu appel de Mère Nature incarnée par leur testostérone en ébullition ou par l’importance d’affirmer leur existence en baisant/séduisant/accostant un maximum de femmes devant leur tribu de potes?

Je pense que nous avons des pistes dans ce sens qui se camouflent derrière une pseudo gentillesse à travers un compliment qui se veut avant tout intéressé pour obtenir en échange des faveurs sexuelles.

D’ailleurs, est-ce vraiment un échange?

Dans toute agression, il y a victime et agresseur dans le cas qui nous accapare, ce n’est ni plus ni moins qu’un homme qui force la main à une femme pour obtenir contre son gré un numéro de téléphone, un café, un entretien, une partie de jambes à l’air (assimilable à un viol dans ce cas?), bref, un passe droit dans l’intimité de la femme sans lui laisser la possibilité de choisir véritablement.

Au mieux, la fuite sera interprétée comme un râteau, un affront public, qu’il ne se gênera pas de laver par des insultes grasses et infectes afin de remettre à sa place cette femme qui a osé se refuser.

En me documentant sur le sujet, en lisant les réactions, je suis tombé sur cette vidéo sur YouTube:

Je n’avais déjà pas grande considération pour les coach séductions qui sont généralement d’un sexisme évident, cantonnant hommes et femmes dans des stéréotypes manipulables pour bâtir une relation pour la plupart du temps fausse et vouée à l’échec.

Dans ce documentaire, c’est la mise en scène d’une prise de contact dans la rue et la manière si directive dont est conduit l’entretien ne laisse que peu de doute vis à vis de ce qui ressemble pour moi, ni plus, ni moins à un véritable harcèlement de rue.

A noter que le même type de comportement se retrouve au travail mais également sur les sites de rencontres où les demandes de contact et insultes explosent pour une femme.

Bruxelles, première concernée par le document de Sofie Peeter, propose de légiférer. Mais au-delà de la réaction légale, n’est ce pas également à nous de travailler sur notre manière de formuler notre pensée et surtout le regard que nous portons à la femme?

Structurer sa pensée pour ne plus confondre drague et harcèlement, ne plus considérer qu’une femme seule dans la rue est une ressource disponible mais bien un individu qui a le droit de disposer comme tout un chacun de l’espace public sans craindre d’y être inquiétée parce qu’elle a choisi de s’habiller comme elle le désire.

Les réactions ont fleuri sur la toile et je vous conseille de lire ces billets afin de comprendre l’étendue du problème soulevée et les solutions qui doivent être trouvées:

JackxParker y présente la situation sur Madmoizelle.com

Gaëlle-Marie Zimmermann souligne à quel point la parole féminine est disqualifiée dans cette mise en évidence du problème.

Maïa Mazaurette évoquait en mai lors de son séjour au Japon une pratique assez répandue au pays du Soleil Levant et qui mérite d’être citée en exemple de ce que peut être également le harcèlement dans les transports en commun (qui reste un domaine public tout comme la rue).

Pour clore ce billet, un sketch de Bérengère Krief  découvert par hasard sur ce billet du Monde et détaillant les différents cas d’école rencontrés dans la rue. De l’humour grimaçant rappelant l’urgence de la prise de conscience collective.

Les témoignages affluent sur Twitter sous le hashtag #HarcelementDeRue si vous souhaitez suivre la situation, participer ou contribuer.

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