Voici venir la fin de cette courte trilogie qui va s’engager vers une histoire un peu plus longue, l’inspiration, les idées fusant et un plan bien plus large se dessinant autour de ces personnages créés il y a quinze ans au moment de l’écriture du Chat et retravaillés par ces trois textes, Aliaci, Aliane et Aliaco.

Bonne lecture et commentaires bienvenus🙂

III. Envol audacieux depuis les abysses, la gargouille d’obsidienne plane paresseusement dans les ténèbres à la recherche d’une proie pour apaiser sa faim minérale. L’âme d’Aliaco se débat dans cette prison de pierrre, en proie aux pires souffrances depuis que celle en qui il avait toute confiance l’a trahie, lui a fait cadeau de cette malédiction qu’il l’aidait à porter de part sa présence.
Haine sourde, passion infernale, amour insatiable. Chaque victime n’est que la répétition de ce traumatisme, une chasse effrénée pour la vie, pour cette essence qui s’échappe délibérément à chaque fois.

Aliane, son visage fascinant, la froideur de son corps, tout cela, Aliaco ne parvient à l’oublier que lorsque surgit le souvenir funeste de son meurtrier, de ce monstre Aliaci…
Tout comme sa créatrice, il s’est mis à sa recherche pour lui faire payer les maux qu’il inflige à l’humanité, pour l’écarter définitivement de cette existence en lui accordant enfin le repos éternel.

Golem, voilà ce qu’il est devenu…

Une nuit, lors d’une de ses chasses, il s’était glissé dans une bibliothèque en quête de savoir. Etrangement, il se sentit guidé ce soir là vers un volume dense qu’il dévora tant le contenu était salutaire pour lui. Il comprit qu’il avait affaire à une mortelle qui en savait sûrement bien plus que les trois golems qui erraient depuis bien trop longtemps à la surface de cette planète inhospitalière. L’auteure avait réuni avec ténacité force de témoignages des passages d’Aliaci, Aliane et Aliaco, à leur insu. L’âme piégée dans la gargouille découvrait toute son histoire, les tourments de sa mère, les exactions du démon originel, jusqu’à son histoire ancienne où, mortel, il osa défier un dieu.

Golem…

Ce mot résonnait dans son corps cristallin et ne manquait pas de le troubler. Créature composite, habitée, construite par l’être humain selon les traditions d’une religion éteinte il y a fort longtemps. Un serviteur de l’humanité. Or, la réalité était bien différente mais l’auteure n’avait pas trouvé d’autres mots pour qualifier ces trois étranges monstres qui ravageaient depuis bien trop longtemps une humanité à peine consciente de leur existence. Le tome avait d’ailleurs été rangé dans une section dédiée à la science fiction et il ne faisait aucun doute que personne n’avait vraiment pris au sérieux les dires de cette chercheuse. L’ouvrage semblait à Aliaco vibrer d’une inquiétante énergie et il comprit que l’auteure avait transmis bien plus que des témoignages et des observations à travers ses écrits. Son être surnaturel faisait écho à cette vibration et il s’envola, guidé par un instinct mystérieux.

Toutes ses pensées tournaient en boucle dans sa tête lorsqu’il amorça une descente en piqué vers une résidence perdue à quelques kilomètres de la ville où il avait vécu avant sa transformation. Aucune âme qui vive, un véritable cimetière, un silence oppressant et la certitude qu’il s’apprêtait à faire une erreur monumentale. Ses griffes indestructibles crissèrent à mesure qu’il grimpait au flanc de la paroi et un son très aigu attira son oreille. Sensation d’alerte, d’urgence, d’un temps qui file trop vite et qui arrache un à un des indices précieux lui permettant de se libérer de cette condition abhorrée. Aliaco escalada d’autant plus vite jusqu’à parvenir à une verrière donnant sur une vaste salle en contrebas.

La pièce, gigantesque, abritait les pierres que l’auteure du tome avait décrites avec précision. Le fameux cercle mystique qu’Aliaci aurait emprunté avant de revenir changé. Des bougies, un cercle de flammèches entourant les pierres en son centre une femme, vraisemblablement d’une quarantaine d’années aux yeux d’Aliaco, bien que quelque chose semblait ne pas aller.  Une mélopée entêtante et celle que la gargouille avait identifiée comme l’auteure du livre balançait de manière rythmique la tête de droite à gauche tout en psalmodiant de plus en plus fort.

Une langue musicale, aux inflexions parfois emplies de colère mais qu’Aliaco ne connaissait pas. En lui, la sensation de se sentir happé, dévoré par cette magie d’une autre époque et peu à peu la compréhension qu’un portail était sur le point de s’ouvrir vers cet univers qu’Aliaci n’aurait jamais dû visiter. Une plaie vers un autre monde qui s’ouvrait progressivement, laissant filtrer des émanations de pure folie et la curiosité malsaine de la gargouille de s’engager sur ce chemin que l’invocatrice avait déjà commencé à emprunter d’un pas serein et décidé…

La suite, c’est par ici!