Ce qui peut aussi éloigner les hommes du sexe c’est le fait que la femme devienne libérée et, par conséquent, plus exigeante. L’homme doit donc savoir s’y prendre et être à la hauteur, dépasser sa nature première qui consisterait plutôt à « tirer son coup », tel un coq. L’amour tel que la femme en rêve peut faire très peur à l’homme.

Cet extrait, nous le devons à Gérard Leleu, sexologue et psychothérapeute, interviewé par Atlantico au sujet de l’asexualité qui toucherait selon l’article près d’1% de la population mondiale. J’avoue être profondément perplexe face à cette citation, cette réponse à la possibilité d’une pression de la pornographie sur la sexualité masculine.

Est ce pour le psychothérapeute une course à la performance induite par la pornographie?

Allez savoir. En tout cas, ce qui est certain, c’est que stricto senso, la formulation ci-dessus cadenasse une fois de plus chacun dans un rôle bien distinct assez effrayant. D’un côté le vrai mâaaale qui ne pourrait trouver sa place dans la sexualité qu’en « tirant son coup ». De l’autre, la femme qui aurait des exigences de plus en plus complexes par rapport à l’amour, exigences qui auraient un effet castrateur sur la sexualité masculine, si simple, si directe.

Clichés et stéréotypes quand tu nous tiens, d’autant plus inquiétant entre les mains d’un homme qui a dédié la fin de sa carrière à remettre d’aplomb des couples qui battent de l’aile. Je ne vais pas vous mentir, je ne connais pas ses méthodes, je ne me contente que de reprendre cette interview qui donne une très mauvaise image de sa vision de la sexualité, justifiant l’asexualité apparemment grandissante comme une conséquence d’une société hypersexualisée où la femme libérée devient dangereuse pour la virilité masculine.

De fait, Gérard Leleu semble dire tout et son contraire. D’un côté, il reproche à la pornographie (mainstream, je suppose) de poser la femme comme objet sexuel assouvi aux pulsions masculines. De l’autre, il évoque la difficulté pour le mâaale de trouver une sexualité épanouie lorsque la femme se libère et devient maîtresse de ses désirs et de ses envies. A-t-il pensé à se pencher sur ce que les femmes pouvaient faire de la pornographie en investissant leur désirs dans ce monde certes très masculin et hétéronormé?

Il devrait en tout cas, ça lui ouvrirait certainement l’esprit sur une forme de pornographie alternative et pensée autrement.

A noter d’ailleurs que Gérard Leleu considère l’homme, une fois de plus, comme un chaud lapin de part nature, que c’est normal qu’il aime « tirer son coup » vite fait pour son propre plaisir égoïste. Sexisme inversé en confortant une fois de plus le vrai mâaale dans son rôle dominateur « naturel » ?

Sans doute, surtout lorsqu’il s’agit d’asséner avec force une contrevérité isolant une fois de plus la femme de son désir purement sexuel et mécanique. D’oublier une fois de plus que la femme peut « baiser » sans faire l’amour, qu’elle peut y prendre du plaisir, qu’elle aussi peut tirer son coup, bien loin des clichés de l’amour avec un grand A, sans que cela vienne menacer la virilité de ses messieurs.

Simplement la prise en main de sa sexualité et de son corps bien loin de ces sexologues qui rattachent le plaisir charnel à l’homme et le plaisir sensuel à la femme, qui choisissent arbitrairement d’affirmer que  le plaisir masculin est mécanique et le féminin cérébral.

Que l’on cesse une bonne fois pour toute de couper la sexualité féminine en quatre pour lui faire prendre encore et toujours une forme soumise aux « besoins » soit-disant naturels du mâaale.

Ce qui est par ailleurs assez effrayant, c’est l’aplomb avec lequel ce sexologue affirme certaines choses qui sont fausses:

L’absence de sexualité peut correspondre à une phase de la vie mais ne peut pas être vécu comme quelque chose de définitif. Cela peut être dû à des circonstances physiques ou à un état mental ponctuel, dépression ou mal être. Mais cela ne peut pas être un statut à part entière.

Nous avons donc de la part de Gérard Leleu un rejet profond de l’asexualité, lui refusant purement et simplement un statut, une reconnaissance en tant qu’orientation sexuelle. Même si la société est hypersexualité, que la pornographique menace la sexualité bien comme il faut, il faut quand même « baiser ». Voilà ce que cela veut dire, tout simplement. Refuser l’asexualité, c’est simplement pointer un dysfonctionnement chez autrui, lui indiquer qu’il n’est pas normal d’avoir ne serait-ce qu’un minimum de désir sexuel. Pour un sexologue, culpabiliser ainsi son patient est profondément honteux, surtout lorsqu’en fin d’interview, il décharge sa responsabilité en fustigeant une société qui oblige à la sexualité. Et c’est le rôle des sexologues d’aider ses patients à accepter leur orientation et non à leur dicter une norme.

Pour mémoire, voici la définition de l’asexualité qu’en fait Wikipédia:

L’asexualité étant définie par rapport au désir, elle est différente de la chasteté et du célibat, qui sont définis à partir de comportements, ainsi que de l’impuissance ou de la frigidité, qui sont liés à une incapacité biologique. De plus, on ne peut pas qualifier l’amour entre deux personnes asexuelles d’amour platonique, parce que les asexuels ne veulent pas forcément avoir de relations sexuelles, ils ne sont pas attirés par la chose, mais ils peuvent être à la recherche de sensualité, de contacts avec l’autre. Être asexuel, ce n’est pas être contre les relations sexuelles, c’est ne pas en voir l’intérêt sauf pour certains le plaisir ressenti à la fin de l’acte sexuel.

Source

Peut-être manquait-il cette définition à Gérard Leleu au moment de répondre à ces questions d’Atlantico. Peut-être y a-t-il également confusion de la part de certains sexologues sur la sensualité et la sexualité qui sont deux domaines complémentaires mais qui peuvent se passer l’un de l’autre, en témoigne la multiplicité d’orientations sexuelles existantes prenant en compte avant tout les désirs de tout un chacun quel que soit son genre.

Je reste persuadé que tant que des sexologues, par des discours pareils, modèleront ce qui est bien, ce qui est mal, personne ne sera vraiment épanoui de sa sexualité puisque, ce sont les personnes vulnérables qui se laisseront dominer par ces diktats et appliqueront sans sourciller ces « conseils » soit-disant libérateurs.

Donc, non, Gérard Leleu, je ne peux adhérer à votre point de vue émaillé d’incohérences, de clichés, de stéréotypes, que, non content de les dénoncer, vous les confortez à travers cette interview consternante et navrante de sexisme ordinaire…

Pour clore ce billet, une vidéo de Laci Green expliquant ce qu’est l’asexualité à travers le témoignage d’un jeune homme. La vidéo en anglais casse bon nombre de clichés véhiculés dans l’interview superficielle d’Atlantico:

Être asexuel n’est pas une honte dans une société hypersexualisé, c’est simplement suivre ses désirs et les assumer bien loin de ces sexologues qui n’y voient qu’une pathologie à soigner…

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