Je dois dire que cette semaine le web se prête à me fournir des sujets d’agacement. Quand ce n’est pas Gérard Leleu qui nous fait part de ses réflexions sexistes et de son point de vue abominable sur l’asexualité, c’est une chroniqueuse de Rue89, MarieToucheToiLà (sic, je n’invente rien) qui décide de qu’Amélie Nothomb mériterait une bonne fessée.

Chroniqueuse/critique, ça a l’air bien en substance mais de facto, ce serait pas mal de surveiller son langage.
Je ne le fais pas pour prendre la défense d’Amélie Nothomb. J’ai apprécié certains de ses livres, en ai détesté d’autres mais cela ne justifie en rien une fois de plus d’utiliser un langage ordurier qui non content de rabaisser le travail d’une auteure, use de tous les clichés sexistes possibles et inimaginables pour attaquer l’auteure sur son travail en présumant de la sexualité de l’auteure par l’interprétation de la sensualité de son écriture.

Passage dédié du billet en question:

Essais désespérés car personne, jamais, ne sera autant antisexe qu’Amélie. Amélie et le cul, c’est IN-COM-PA-TIBLE, à moins d’arriver à se masturber sur le chat botté. Même décorée de couvre-chefs hauts-de-forme ou rouges à lèvres vifs, elle reste pour toujours la mangeuse de moisi. Amélie est l’affreuse sorcière cradingue perchée sur son balai. Abracadabra. Tournicota.

C’est décrétée, merci MarieToucheToiLà, nous savons à présent que tu connais la norme pour qu’une auteure puisse écrire des choses sexuelles. Merci, vraiment, de réduire la sensualité, la sexualité à peau de chagrin et de continuer à colporter des conneries (désolé je deviens vulgaire) sur la sexualité, la sensualité et l’amour.

Passage choisi:

On le répète, elle connaît son latin mais ignore le sens du mot sensualité. On ne peut pas non plus considérer qu’elle sache parler d’amour : trop ancrés dans les fables et légendes, ses romans sont destinés aux asexués narcissiques, traumatisés par le symbole phallique du sapin de Noël. On se tartine une fois encore le mythe « La Belle et la bête », et la banalité du style vite torché est simplette.

En tordant ce billet dans tous les sens, je me rends compte qu’il doit y avoir une license de style particulière chez les  critiques qui consistent à cracher sur un livre en usant de commentaires tout aussi clichés que ce que MarieToucheToiLà dénonce. Stratégie peu éclairée de critique que de rabaisser l’auteure en l’attaquant sur sa possible capacité à être « bandante », potentiellement baisable pour invalider le fait qu’Amélie Nothomb ne saurait pas parler de sexe.

D’ailleurs, admirez la comparaison juste affligeante entre le dernier livre de l’auteure et certains magazines axés cul/consommation sexuelle:

Halte là, fuyez ou achetez « Union » et « Healthmen » selon vos goûts, c’est plus fourni en mots et sérieusement instructif.

Doit-on voir un trait d’humour dans ce billet, parce que, me direz-vous, c’est peut être aussi le ton de MarieToucheToiLà qui choque et que du coup, je n’ai pas vraiment d’humour, fieffé monstre que je suis. Soyons clair, l’humour, ça se veut drôle et non insultant et là pour le compte, nous avons une critique qui se prête au jeu de l’insulte gratuite sexiste, rabaissante afin de sublimer sa critique du livre dont elle cite des passages dans l’intention de salir le travail et l’intimité de l’auteure tout en faisant du buzz.

Je ne sais pas vous, mais ça me rappelle un bête attroupement dans une cours d’école où un-e dominant-e exerce sa force sur une victime lambda pour prouver par a+b qu’il/elle a le verbe plus élevé, la maîtrise plus fine qui lui permet de porter un jugement acide et agressif.

Chère MarieToucheToiLà, vous ne faites que reproduire un style critique très masculin, humiliant pour la femme et je ne suis pas certain que cette comparaison humoristique soit du plus bel effet:

Le pitch, au cas ou certains d’entre vous confondraient Barbe-Bleue et Blanche-Neige, ou envisageraient un roman iodé, sombrement métaphorique de la foufoune d’Amélie : Saturnine emménage chez Don Elemirio Nibal y Milcar, milliardaire fort inquiétant car ses huit précédentes colocataires ont disparu.

MarieToucheToiLà, est-ce que vous critiqueriez à l’identique un livre de Guillaume Musso en proposant de lui donner la fessée voire pire simplement parce que vous n’avez pas apprécié ce qu’il a écrit?

Soyons sérieux un instant, ce n’est pas de l’humour graveleux, ce n’est qu’une humiliation sexuelle publique pour mettre en avant votre travail de critique à défaut d’autre chose.. Si je puis me permettre, lisez ce billet et cet autre de Denis Colombi, ne serait ce que pour voir à quel point votre billet n’est tout simplement pas drôle, ne fait preuve à aucun moment de cet humour noir dont je raffole mais se contente simplement de piétiner publiquement l’intimité d’une auteure en présumant de sa sexualité à travers ses mots.

Inciter  sous couvert d’humour à la violence sur une femme pour discréditer son propos ou son existence n’est jamais qu’une énième manifestation de la domination masculine sur notre mode de penser et de notre langage…

Et ce n’est pas Lara Croft qui me contredira là-dessus…

Publicités