Je profite de la fin de la série qui est pour bientôt en France et qui est déjà terminée depuis belle lurette au pays du Soleil Levant pour revenir sur le billet anthologie que j’avais rédigé à l’époque, tout simplement parce qu’à la lecture complète de l’oeuvre de Shiori Teshirogi, je trouve qu’il y a beaucoup à dire sur ce spin-off très très riche en nouveaux concepts.

Pour situer l’action, The Lost Canvas  se déroule 200 ans avant les évènements de la série initiale et narre l’histoire du chevalier Pégase de l’époque, Tenma dont le meilleur ami, Alone, se révèle être le récipiendaire du dieu des Enfers, Hadès. La soeur d’Alone, Sasha, n’est autre que la déesse Athéna et comme vous vous en doutez, ce trio de personnages va être au centre de l’intrigue qui va opposer l’armée des chevaliers de de la déesse de la guerre aux innombrables spectres.

La mécanique de sacrifice initiée dans Saint Seiya est reprise à l’identique, les différents chevaliers (bronze, argent et or) donnant leur vie pour permettre au chevalier Pégase et à la déesse Athéna d’atteindre Hadès pour le défaire, le premier étant le seul à être parvenu à blesser le corps physique du dieu sombre et la seconde étant la protectrice attitrée du monde des humains. En bon shonen, l’oeuvre de Shiori Teshirogi met bien entendu en avant les sentiments de fraternité, de lutte et de justice.

Malgré tout, cette univers qui peut sembler manichéen se décompose en teintes de gris où étonnement les personnages féminins prennent une saveur toute particulière et inédite pour ce spin-off issue d’une série où les femmes existaient avant tout pour être des faire-valoirs ou des récompenses liées aux actions héroïques des héros.

Souvenez-nous de la princesse Saori, censée être la réincarnation d’une déesse guerrière, et se faisant enlever à répétition par tout le panthéon grec. Rappelez-vous également le personnage de Shaina, chevalier d’argent, qui n’existe, au final, que par amour pour Seiya qu’elle tente de tuer pour nier ce sentiment. N’oublions pas non plus l’obligation pour les femmes chevaliers de se masquer, élément profondément sexiste introduit par Masami Kurumada.

Shiori Teshirogi choisit de son côté de dépeindre une Athéna qui n’hésite pas à aller au front, qui refuse de céder le pas à ses chevaliers et qui finit, à son tour, par se sacrifier pour sceller Hadès une nouvelle fois sur Pluton. Dans l’ensemble, le personnage de Sasha se présente comme puissant, autonome et décidé à dépasser son statut de femme pour devenir une véritable déesse de la guerre.

Au même titre, le chevalier d’argent de la Grue, Yuzuriha n’hésite pas à remettre fréquemment en place Yato, chevalier de bronze de la Licorne, dont l’insolence n’a d’égal que son machisme suintant et parfois agaçant. Le traitement de la relation de ses deux personnages se révèlent remarquablement intéressant puisque Yuzuriha ne révèle que tardivement à Yato son statut de chevalier (qui plus est plus puissant que lui dans l’ordre des chevaliers sacrés), tout en conservant son autonomie et en refusant de lui céder le pas face à l’ennemi.

Les autres personnages féminins se trouvent par la suite parmi les ennemis.

Violate, le chevalier du Béhémoth pour exemple se présente comme une guerrière acharnée, sans pitié, faisant fi de son genre pour se livrer entièrement dans la bataille, pour sa gloire propre mais également celui de son maître, Eaque, avec lequel elle semble entretenir une relation proche du sadomasochisme. Servitude volontaire et dépassement de soi pour l’autre, même si dans les faits, elle semble également lutter pour elle, pour prouver qu’elle est tout aussi valable que n’importe quel homme de l’armée du juge des Enfers. Elle n’apparait qu’un tome mais se révèle d’une complexité très intéressante. Cette soumission apparente présente des paradoxes puisque la femme n’est pas soumise en tant qu’objet sexuel mais bien en tant que soldat obéissant, en quête de la reconnaissance de son maître à travers des haut-faits d’arme. De l’autre, il y a le dépassement du genre. Violate rejette son genre, n’a que faire des cicatrices qu’elle reçoit dans les guerres de son maître basant sa valeur sur sa force et non sur sa beauté.

Et puis, il y a Pandore.

Pandore, commandante des armées des Enfers, fervente servante d’Hadès, refusant ce que le récipiendaire Alone fait des pouvoirs de son maître, s’opposant à lui, à Athéna mais également à tous les chevaliers et spectres refusant de se plier à sa volonté. Puissante, mais également très vulnérable, dont la vie est bâtie sur des chimères, brisée par la vérité et en même temps ne succombant pas. Pandore présente une opposition féminine forte sans pour autant reprendre les clichés attendus. Elle est manipulée, reste à ce titre une victime de machinations divines et finit par choisir à la fin de prendre en main son destin pour elle et pour personne d’autres suite à un sacrifice, également (cela reste la mécanique classique de la série, ne l’oublions pas). Un personnage, de fait, tout en teintes de gris, qui évolue tout au long de l’œuvre de Shiori Teshirogi et qui est bien plus qu’une simple opposante à Sasha et Tenma.

The Lost Canvas apporte un plus certain à la saga initiée par Masami Kurumada il y a bien longtemps et marque à mon sens un tournant dans la série, réécrivant les bases tout en offrant un souffle à cette épopée qui a, il faut le dire, très mal vieilli que ce soit dans le scénario ou le graphisme.

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