Bouleversé par l’excellent King Kong Théorie de Virginie Despentes, je ne pouvais que me lancer à la découverte de Baise-moi, son premier roman paru en 1994. Véritable baffe que j’ai dévoré, au même titre que King Kong Théorie, et qui m’a laissé pantelant, touché, profondément choqué par une réalité dépeinte de manière crûe et sans concession à travers les vies de deux femmes, brisées, qui vont un instant péter un câble et se révolter contre cette vie qui les a mises à genoux, qui leur a confisqué leur vie.

Certain-e-s ont pu reprocher le langage très cru du livre, les scènes excessivement violentes et pourtant, cela n’est que le reflet de la réalité vécue par des femmes tous les jours.

Présentons rapidement le livre, sachant que tous les mots que je pourrais écrire ne résumeront, ô grand jamais, la puissance du livre de Virginie Despentes. L’histoire est découpée en trois mouvements, le premier présentant Manu et Nadine, le second s’intéressant à leur libération et le dernier à la conclusion attendue de leur chevauchée meurtrière.

Car, oui, Baise-moi, c’est avant tout deux femmes qui vont se laisser aller à leurs pulsions les plus sombres pour prendre leur revanche sur une société qui les a abandonnées, qui les a ghettorisées et jugées pour ce qu’elles ne sont pas. Manu vit dans une cité, elle a ambitionné de devenir une star du porno mais a échoué et se retrouve ballotée par la vie, se laissant portés par les plans culs et l’alcool en attendant que ça passe. Jusqu’au jour, où elle est agressée avec une des ses amies, où trois hommes les violent. Son amie est tuée juste après le viol et Manu en réchappe, heureuse d’être en vie, de pouvoir continuer malgré l’agression sexuelle. Et pourtant…

Cette scène d’une rare violence est profondément insoutenable, s’assimile à un vécu qui ne peut être ignoré, à une vérité sur laquelle il est bien souvent trop facile de fermer les yeux. Derrière cette violence, il y a également le désir profond de Manu de survivre, de se comporter de manière à ce que cela soit vite fini, un refus de rester une victime aux yeux de la société, de se relever pour rendre les coups, à sa manière…

De l’autre, nous avons Nadine, amatrice de porno hardcore, qui règle ses factures en se prostituant, qui nourrit une véritable fascination pour un junkie paranoïaque qui finira, abattu d’une balle dans la tête. Cela marquera le début de son épopée vengeresse au côté de Manu, rencontrée par hasard mais réunies toutes les deux par le meurtre qui les fera basculer dans cette frénésie meurtrière et impitoyable.

Les deux femmes deviennent des personnages forts, reprennent le contrôle sur leur vie en distribuant la mort comme elles le désirent, en se réappropriant leur corps et leur désir en baisant quand elles le décident, en refusant de s’abandonner entre les bras d’hommes qu’elles n’ont pas choisi. Un juste retour des choses, une vengeance sanglante, qui finit mal, car c’est ainsi que ne pouvait que finir cette histoire. Fin tragique car les deux personnages sont attachants, inquiétants et fascinants, car elles personnifient à elles seules tout ce qui est interdit d’être aux femmes.

Les femmes ne doivent pas être violentes, ne doivent pas souhaiter la mort d’un enfant, ne doivent pas se compromettre sexuellement (dans le porno, la prostitution etc.) sous peine de devenir des trainées. Ni plus ni moins. Et ce livre de Virginie Despentes est une bouffée d’oxygène hyper-violente, porteur d’une rage profonde à l’égard des injustices perpétrées contre les femmes, qui, 18 ans après la publication de ce roman, sont loin d’avoir disparu. Un livre d’actualité, qui n’a rien de porno, où la violence est loin d’être gratuite et prends un sens profond.

Que dire, sinon que j’ai hâte de découvrir l’adaptation cinématographique, que vous vous en doutez, je ne manquerais pas de vous débriefer ici!