J’en parlais dans ce billet en début de semaine dernière: il y a des blogs, des sites qui marquent et je dois dire que depuis que je suis l’actualité du Mauvais Genre, j’ai pu voir en live des cas de sexisme ordinaire décortiqués, une approche du féminisme adaptée à la réalité, à nos sociétés qui évoluent comme ce fut le cas dans les billets d’AntiSexisme, de CaFaitGenre ou de l’Elfe!

En bref, que du bon que je vous conseille de suivre de toute urgence après avoir lu cette courte mais riche interview d’Eve, une des contributrices du blog!

Digital Wanderer (DW) : Bonjour Eve!

Merci d’avoir accepté cette interview!

Tu es rédactrice sur le blog Le Mauvais Genre.

Peux-tu, s’il te plait, présenter à nos lecteurs le concept derrière le blog ?

Eve : Bonjour !

Le Mauvais Genre est né de l’envie de partager un centre d’intérêt : les gender studies, c’est-à-dire l’étude des constructions sociales liées aux différences de sexe. C’est un blog collaboratif, c’est-à-dire que plusieurs personnes y contribuent, de façon régulière ou non ; en particulier nous comptons plusieurs rédactrices engagées dans des cursus universitaires de sociologie du genre.

Nous avions envie de faire le lien entre notre vécu quotidien et une littérature théorique féministe, très abondante. L’objectif était d’amener chacun et chacune à questionner la dimension de genre présente dans les différentes situations de sa vie. En effet, c’est une des spécificités de la question du genre : elle structure notre quotidien. On peut pratiquement tout analyser à travers le prisme des rapports sociaux de sexe, y compris les objets les plus triviaux. Nous avons d’ailleurs traité de sujets très divers, non seulement politiques (l’affaire DSK, la prostitution, le harcèlement sexuel) mais aussi quotidiens (internet, la prison, le militantisme, le couple, les mecs relous dans la rue) voir intimes – le caca et la sexualité. Pour moi ce travail de politisation du privé, du quotidien, de l’intime, constitue l’essence-même du combat féministe.

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DW : Le billet très tranche de vie à propos d’ « une soirée chez les hétéronormaux » m’a particulièrement interpellé et se rapproche fortement d’ « être féministe avec 3 grammes» dans l’approche de situations vécues.
Penses-tu qu’il soit possible de faire changer ces hétéronormés convaincus de leur bon droit ?
Une méthode à adopter pour se faire entendre, comprendre et faire changer les mentalités ?

Eve : Je pense qu’on est forcément dans une attitude un peu « poil à gratter » quand on essaye de faire prendre conscience aux gens qu’ils reproduisent des stéréotypes sexistes, dans leurs schémas de pensée ou pire, dans leurs comportements. Ce que nous cherchons à montrer c’est que personne n’est parfaitement non sexiste : notre vision du monde à tous est structurée par des stéréotypes de genre, une façon de diviser le monde en deux univers sexués auxquels nous attribuons des caractéristiques et des rôles différents.

Or, beaucoup de gens trouvent désagréable d’être obligés de se remettre en cause.
Ils trouvent ce discours féministe accusatoire, agressif.

Je pense que pour éviter les réactions de rejet, il faut être très vigilants à ne pas se complaire dans une attitude de « donneurs de leçons » culpabilisatrice, en gardant bien en vue que ce qui est en cause c’est un système social –le patriarcat- et non tel ou tel comportement de tel ou tel individu. Je pense que c’est important également de garder de l’humour… et de l’autodérision.

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DW : J’évoquais dans ce billet la tentative de porno féministe qui s’adresse aux femmes. Dirty Diaries a d’ailleurs été une tentative d’intégrer la femme en tant que réalisatrice d’une pornographie orientée par ce que les femmes pourraient vouloir voir. Quelle est ta position sur le sujet ?

Eve : C’est un sujet passionnant ! Je partage l’analyse classique des féministes, qui considère que le porno hétérosexuel mainstream est aujourd’hui très largement réalisé par et pour des hommes, et donc tourné vers le plaisir et la jouissance masculine.

Mais je crois aussi, que comme l’a formulé Annie Sprinkle, « the answer to bad porn isn’t no porn. It’s more porn ! » Autrement dit, un autre porno est possible et peut constituer un outil formidable de libération, s’il parvient à réhabiliter la femme comme sujet, qui désire, qui fantasme ; à l’émanciper du regard masculin objectivant.

C’est là tout le projet de la mouvance dite « pro-sexe » ou « postmoderne », cette génération féministe qui assume son goût pour la sexualité, joue librement avec les genres, revendique l’utilisation du porno et de la performance érotique pour créer de nouvelles subjectivités et de nouvelles représentations de la sexualité. On peut la découvrir par exemple dans le très chouette documentaire « Mutantes » de Virginie Despentes, ou encore « Too much Pussy » d’Émilie Jouvet

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DW : Rentrons un peu dans le secret des dieux : Y a-t-il une thématique qui va être prochainement abordée, décortiquée et déconstruite dans les semaines à venir ?

Eve : Oui, j’ai plein d’idées ! J’aimerais parler de la façon dont les femmes reproduisent, et parfois de façon consciente, des normes et des stéréotypes sexistes – dans leur façon de s’habiller, de se comporter, de faire l’amour… Pour montrer qu’ « être une femme libérée, tu sais c’est pas si facile » : mettre en cohérence ses principes et ses actes est toujours compliquée et source de dilemmes infinis !

J’aimerais également aborder la thématique des normes vestimentaires et de l’impératif de beauté physique – j’ai lu récemment Beauté Fatale de Mona Chollet et The Beauty Myth de Naomi Wolf, des livres qui m’ont beaucoup interpellée sur cette question.

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DW : Utilises-tu les médias sociaux pour faire la promotion des contenus du blog?

Eve : Oui, c’est mon moyen de communication essentiel autour de mon blog ! J’ai découvert Twitter récemment et j’apprécie beaucoup sa grande interactivité, la possibilité d’entrer en communication avec des personnes qui partagent ce centre d’intérêt. C’est toujours très enrichissant, et c’est une excellente source de veille ! J’ai récemment crée une page Facebook dédiée au blog, et sur laquelle je poste régulièrement des liens vers des articles qui abordent de près ou de loin les questions de genre.

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DW : Maintenant, on met en route la musique ! Un coup de cœur musical à recommander à nos lecteurs ?

Eve : Oui ! en boucle sur mon ordinateur : Invincible Friends de Lilly Wood and the Prick. Du bon son dans les oreilles!

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DW : Nous arrivons à la fin de l’interview ! Un dernier mot pour nos lecteurs ?

Eve : Oui : Merci !! Je suis très flattée par cette interview et par le très bon accueil que reçoivent mes articles, les petits mots et commentaires d’encouragement qui font tellement chaud au cœur !

Et pour la route, deux billets toujours extraits du Mauvais Genre.
Le premier intègre directement les hommes dans la lutte féministe en revenant sur le phénomène de mansplaining, terme décrivant la tendance des hommes à confisquer la parole aux femmes en essayant de leur expliquer qu’est ce que le féminisme.

Le second date de ce weekend et revient sur ce qu’est devenu le féminisme de manière très synthétique à travers différents mouvements féministes d’actualité. Une bonne piqûre de rappel à lire pour casser quelques idées reçues sur le féminisme.

Bon début de semaine, les gens!🙂