Il y a parfois certains articles qui interpellent, posent les bonnes questions et amènent certaines déconstructions intéressantes à explorer.

Début de semaine, je tombe sur ce billet. Il s’attaque à la psychanalyse, au conditionnement que Freud et cie nous ont imposé jusque dans notre sexualité en mettant en exergue ce phallus omniprésent, en niant la sexualité féminine, le clitoris, le vagin en les mettant en état d’infériorité, en les mortifiant, en pratiquant une excision en bonne et due forme, dans les têtes, dans les esprits, au cœur des sensualités. On s’en remet petit à petit, on remet la sensualité et la sexualité féminine dans les rails depuis quelques années mais il faut l’avouer l’organe viril reste du côté masculin et cela de manière effrayante puisque c’est ainsi que de nombreuses civilisations perçoivent la sexualité. Un homme viril à l’attribut érectile conséquent, capable de pénétrer pour faire jouir. Lourde responsabilité. La femme ne peut jouir seule, ne peut pas faire jouir l’homme, c’est ce dernier qui pilote tout de a à z et la psychanalyse rappelle avec frénésie qu’un homme épanoui dans sa virilité ne peut trouver cet « apaisement » qu’avec une partenaire soumise aux moindres de ses désirs.

Inégalités jusque là parfaitement ancrées dans les esprits puisque hommes comme femmes reproduisent ses clichés de domination/soumission rappelant douloureusement certaines relations purement SM. Je tombe d’ailleurs sur cet article qui semble rebondir avec évidence sur ce machisme psychanalytique, sur ce besoin de soumission mais cette fois-ci inversé. Il s’agit de virilité humiliée, d’une revanche féminine déclinant à l’identique sur ce que le dominant faisait à la dominée. Inversion des tendances en s’attaquant au mâle qui ne remplit pas les critères sexuels de l’alpha. Le petit organe devient source de dérision, de soumission, au point que ces mâles appartenant à la classe dominante tout en étant les rebuts qui ont échoué à devenir alpha de la meute partent en quête de dominatrices auprès desquelles se soumettre de manière tout aussi abjecte. Encore et toujours ce phallus omniprésent qui traumatise l’imaginaire, parasite les fantasmes, pollue nos sensualités tout simplement parce que la vision hétéronormée que nous avons du sexe tourne autour de ce symbole de toute puissance, de cette capacité à faire jouir sa partenaire sans vraiment se préoccuper au final de son plaisir. Pollution évidente de la mécanique qui se doit d’être efficace, qui doit assurer et, ô non jamais, faillir sous peine de devenir un de ces impuissants qui n’ont plus que vocation à être soumis à des femmes exigeantes ou à des mâles se disant bisexuels mais ayant avant tout l’envie de pénétrer plus que d’être pénétré car subir une pénétration, c’est forcément être du sexe faible, être une femme et cela les hommes, les vrais, ne peuvent l’admettre, leur statut d’alpha sexuel de la meute est en jeu.

Le  phallus est au centre de la pénétration et cette dernière est la conclusion évidente de tout acte sexuel. Il n’y a sexualité « normale » que lorsqu’il y a pénétration et ce n’est pas le porno mainstream qui ira contredire cette évidence avec son habituel trio fellation/pénétration/éjaculation faciale. Autant de clichés qui visent à enfermer homme comme femme dans des rapports stéréotypants, dans des échanges intimes autrement plus vulgaires et lassants, invalidant pour ainsi dire toute découverte de son corps, de sa sensualité, de son genre et de ses attirances.

Au point d’ailleurs que le porno hétéro sous couvert de pseudo féminisme intègre de nouveaux sous-genres qui restent au fond calqués sur la triade décrite précédemment en filmant des femmes qui éjaculent. Comme si au fond la sexualité féminine débridée ne pouvait que passer par le regard masculin, par le reproduction de ce qui fait fantasmer les hommes mais sans forcément intéresser les femmes. Une forme d’aphrodisme pornographique où la femme se doit être cette bombe sexuelle toujours disponible pour réaliser les fantasmes de ces hommes brutaux, virils, à la carrure immense, au phallus toujours en érection, prêt à cracher un foutre visqueux, abondant, humiliant. Virginie Despentes affirmait dans King Kong Théorie que les femmes représentées dans le porno étaient avant tout le reflet du fantasme de ce que les hommes aimeraient être s’ils étaient femme. La représentation est intéressante et à mon sens trop proche de la réalité pour être admise par la gente masculine…

Reste que je ne pense pas que l’on puisse se satisfaire de cette vision du porno qui met encore et toujours le phallus au centre de tout, éclipsant par sa présence imposante la jouissance tant féminine que masculine. Dans l’entretien avec Le Mauvais Genre, la blogueuse, Eve, évoquait le porno alternatif, se basait sur cette citation d’Annie Sprinkle, : « the answer to bad porn isn’t no porn. It’s more porn ! »

Et c’est ce que fait par exemple une certaine Courtney Trouble, qui non contente de faire du porno, propose de le faire différemment en faisant fi des genres, des critères de beauté hétéronormés et surtout cherchant à filmer des orgasmes, de la jouissance véritable, débridée en s’appuyant sur ses acteurs qui deviennent véritablement maîtres de l’acte et ne sont plus une viande consommée par l’industrie pornographique dirigée majoritairement par des hommes pour des hommes.

Un porno Queer qui se fout complètement des genres, qui est malheureusement censuré, car il va trop loin pour la morale pornographique: il montre la jouissance vraie, le désir, les regards, les corps qui s’enchevêtrent et qui se délient dans un abandon émouvant, dans une sensualité qui n’est plus guidée par le genre mais uniquement par le désir profond de montrer une sexualité libérée…

Ce à quoi nous aspirons tous, sans doute…