Ce billet fait écho à la réflexion initiée par Eve sur Le Mauvais Genre.
Pour vous résumer l’idée, l’auteure souligne que tout en étant féministe, il est possible d’adopter les codes de séduction auxquels les hommes sont sensibles pour obtenir des faveurs de quelque nature qu’elles soient.
Comme elle l’explique fort justement, il y a quelque chose de purement schizophrénique à vouloir combattre le sexisme et la patriarcat en se comportant parfois comme le mâaale l’attend pour obtenir de lui ce que l’on veut. Je ne peux qu’aller dans son sens avec un bémol néanmoins: la responsabilité n’est pas uniquement féminine, le mâaaale est également la cause de ce comportement par les réactions observées suite à ces manipulations.

Je m’explique à travers quelques anecdotes issues de mon vécu (ouhh attention, je me livre un petit peu sur ma vie privée ^_^).

Comme vous avez pu le constater, j’aime jouer, que ce soit à des jeux vidéo ou à des jeux de société. Pour ainsi dire, je viens du monde du jeu de rôle, du jeu de cartes à collectionner et j’ai pratiqué pendant un certain temps Magic: The Gathering, Vampire: The Eternal Struggle, Wakfu non seulement en amical mais également à travers un environnement compétitif par des tournois.

Il faut le dire clairement: c’est un monde de g33ks et les femmes sont très peu représentées. Les vannes grasses fusent et cet univers est relativement machiste (ça y est, vous pouvez me taper dessus, joueurs de jcc😉 ). Cela rejoint assez bien la série d’articles de Mar_Lard sur le sexisme dans les jeux vidéos sur CafaitGenre. Pourtant, il y a quelques ilots dans cette mer de virilitude cartophile avec quelques femmes qui osent venir se frotter à ces mâaales qui comparent leur puissance par cartes interposées.

Et c’est là que l’on se rend compte du sexisme évident de certains compétiteurs à l’égard des compétitrices. Elles sont peu, donc il faut les choyer, ne pas hésiter à les laisser gagner, les prendre sous son aile, leur expliquer parfois pourquoi elles ont perdu mais surtout ne pas les traiter comme des égales dans le jeu de cartes. Sans être une majorité, ces traitements sont observables et pourraient s’assimiler à une potentielle tentative de drague, pourvu que la proie soit célibataire (ce qui est assez rare globalement…). La bienveillance intéressée reste évidente pourtant et rappelle par moment certaines poires

Autre anecdote dans cet univers qui m’a frappé. Je vous situe la scène. C’est un gros tournoi Magic qui se déroule à EuroDisney, un qualificatif pour je sais plus quel endroit. Nous devons être plus de deux cent, venant des quatre coins de l’Europe. La proportion de femmes est pour le moins risible mais il y en a. Et étrangement, la plupart porte un décolleté très profond, du plus bel effet sur certains de leurs adversaires, qui perdent tout simplement tous leurs moyens. Sur le moment, je suis choqué non pas par la mise des femmes présentes mais bien par l’attitude du mâaale qui se laisse manipuler par leur « faim », manifeste soit-disant naturel de leurs hormones, qui n’arrive pas à affronter leur adversaire en faisant fi de son genre, de sa tenue.

Dernière anecdote qui se déroule dans l’univers de Vampire: The Eternal Struggle, jeu multijoueur que j’adore mais qui ne manque pas de situations de jeu sexistes. Des suicides de joueurs, par galanterie (vous savez cette attitude soit-disant bienveillante qui n’est que l’expression crasse du patriarcat) pour une joueuse, qui, à défaut de lui reconnaître une qualité de jeu, une technicité, lui concèdent la victoire selon son genre. Ecoeurant et insultant pour la joueuse, manifeste d’un sexisme présent dans les loisirs que l’on qualifie volontiers de masculins, qui limitent leur accès par des blagues potaches souvent sexistes.

Pour des jeux qui sont censés récompenser la technicité, l’inventivité, la stratégie, ces attitudes superficielles de la part des mâaales qui ne savent pas se tenir ne font que refermer cet univers sur lui-même, n’autorisant à la femme que de brèves incursions, celle-ci n’étant jamais considéré comme une joueuse à part entière mais plus comme la femme unique de la communauté à séduire ou bien la copine de… qu’il faut respecter, laisser gagner parce qu’elle « appartient » à un mâaale alpha du groupe. C’est dommage…

Pour boucler sur le billet d’Eve, je ne peux qu’adhérer à son discours, ces comportements pouvant être constatés dans différents milieux. C’est profondément humiliant pour l’image de la femme mais également pour la lutte pour l’égalité entre les genres. Et cet effort, il est effectivement à faire chez l’homme comme chez la femme. Le premier ne devrait pas à se comporter comme une bête face à une femme mettant en avant ses spécificités féminines et la seconde ne devrait pas profiter de cette mise en valeur dans le but de manipuler. Les deux participent plus ou moins consciemment au raffermissement de ce que le patriarcat considère comme naturel alors qu’il ne s’agit une fois de plus qu’une construction sociale à démolir…