Ce qui devait n’être qu’une très courte trilogie de textes débutée par Aliaci, suivi par Aliane puis par Aliaco va se révèler finalement plus longue que prévue et j’espère que vous prendrez autant de plaisir à découvrir ces personnages que j’ai à les tisser et à les faire vivre par mon écriture!

Voici le cinquième chapitre, le précédent étant disponible ici!

Bonne lecture!

V. Sensualité dévoyée, vision perdue dans les ténèbres et plongée dans cette plaine de sable, entourée par les masques, je les vois qui s’approche de moi, me refuse cette union contre nature que j’ai acceptée, cette extase abominable avec un ange, avec un de ces esprits malins qui a rejeté la chair pour la jalouser par la suite.

Cette obscurité sensuelle me rassure, je le sens bouger en moi, se glisser jusque dans les plis les plus coupables de mes désirs. A la fois femme et homme, je ressens au plus profond de mes entrailles ces envies dévorantes, cette faim insatiable de sexualité débridée bien loin des normes dans lesquelles j’ai été élevées, bien loin des traumatismes que m’ont infligés hommes et femmes de ce monde abandonné derrière moi.

Et ce golem qui m’a suivi, source de mon avidité, mais aussi début de ma quête vers une immortalité sensuelle, vers une existence meilleure, plus en accord avec mon âme trop corrompue pour la morale de mon monde.

L’air vibre avec délice, je me réjouis de ce que les masques miroirs vont m’infliger. L’ange en moi s’agite, terrifié car il a déjà vu ce que ces chasseurs faisaient de ses pairs. J’accueille pourtant ce châtiment avec une malice toute particulière, une joie ignominieuse de subir ce à quoi j’ai toujours aspiré au plus fort de mon âme : être débarrassée de ce corps encombrant, de cette chair trop désirée, trop violentée pour finalement pouvoir m’épancher dans une véritable sensualité spirituelle bien loin des aléas charnels…

Que plus personne n’ait de prise sur moi par ce corps encombrant…

Au travers du miroir, je capte un regard avant que le jugement s’abatte, implacable, sans appel, me séparant de mon corps, réduisant mon enveloppe en poussière, arrachant l’ange pour le pulvériser, m’éjectant vers des limbes bienheureuses, un amour profond qui m’appelle et d’autres âmes ainsi sauvées, reposant entre les griffes d’un archange déchu aveugle mais infiniment miséricordieux pour ces êtres libérés…

[…]

L’explosion choque Aliaco, le projette au sol et il ne parvient pas à comprendre ce qui s’est réellement passé. L’âme de la femme a été expulsé d’une manière étrange par des lumières émanant des masques miroirs, puis plus rien. L’intrus spirituel a été abattu sans aucune concession. Aucun corps. Juste du sable qui vient s’ajouter à cette plaine poussiéreuse qui s’étend à perte de vue.
Combien d’êtres humains ont été abattu de la sorte pour que cette poussière soit aussi omniprésente ?

La gargouille d’obsidienne n’a pas vraiment le temps de s’interroger sur ce sujet. Les masques miroirs l’observent avec attention. Menace et curiosité émanent d’eux. Il est de ce type de créature qu’ils n’ont jamais vu. Le golem perçoit le doute dans leur attitude à adopter. Certains désireraient le capturer vivant pour l’étudier, d’autres sont persuadés qu’il est issu de la calamité et qu’il doit être exécuté immédiatement pour la survie de la colonie.

Le face à face semble durer des heures, jusqu’à ce que l’un des masques, plus téméraire, plus impatient que ses compagnons, déclenche l’hostilité. La lumière, vive, puissante, violente, surprend Aliaco. Elle le frappe de plein fouet. Il titube mais se brise pas, absorbe cette force et étrangement se sent investi d’une nouvelle puissance… enivrante…

Cette vague d’énergie le noie, lui fait voir des images étranges…

Un ange balafrée, les ailes brisées, il vole pourtant… ses yeux aveugles, un voile de ténèbres et des cris, nombreux, sans fin, un sommeil lourd puis plus rien, juste ce ciel étrangement vivant qui le surveille avec une terreur contenue.

Le ciel a peur de lui…

Le masque miroir qui l’a agressé est maîtrisé par ses comparses. Trois autres ont déjà encerclés Aliaco.
Une psalmodie étrange monte depuis leur masque. Une langue sourde, mélange de chuintements et de chants.

Malaise chez le golem qui, sans parvenir à saisir l’exacte signification des mots, perçoit qu’une cage mystique commence à le priver peu à peu de toute liberté de mouvement.

Cette fois-ci, aucune lumière ne filtre des masques, juste le reflet de son âme piégée dans le corps cristallin de la gargouille d’obsidienne.

Narcisse démoniaque, il se laisse entraîner par cette image de son passé, par ses élans sensuels qu’il avait toujours ressenti à l’égard des hommes comme des femmes.

Une étape de sa vie, une image de ce qu’il était avant de rencontrer Aliane. Un homme et une femme qui s’enlacent, amour profond dans leur regard, les deux sont nus, leurs mains épousent parfaitement les formes de l’autre, les caresses sont à la fois tendres et sensuelles, profondes et sauvages. Et dans un coin de la pièce, Aliaco, plus humain que jamais, attendri par la scène, attiré par cet amour, par ces âmes avec qui il a grandi, dont il jalouse quelque peu l’amour car il n’arrive pas à décider ses sentiments. Il ne devrait en aimer qu’un des deux. Son âme lui refuse ce choix. Il les désire l’un comme l’autre. Ils lui sourient tous les deux alors qu’il remarque sa présence. Aucun des deux ne s’offusque de ce regard amoureux qu’ils leur lancent. Ce n’est qu’une invitation à partager une sensualité autre…

Entre ses cuisses, il découvre une source intarissable de douceur et d’amour. Entre ses mains, il se délecte de la chaleur de ce vît dressé par les caresses qui lui sont accordées. Les corps se mêlent dans un ballet lent et majestueux. Les mains glissent, les bouches se joignent, les langues dansent et dans un cri unissant les corps et les âmes, les trois amants jouissent avant de sombrer dans une inconscience ténébreuse…

Aliaco s’éveille soudain, enchaîné dans le plus sombre des abîmes…