Vendredi dernier, c’était l’occasion pour moi de découvrir le collectif 8 Mars pour ToutES à l’occasion d’une réunion publique d’information donnée au Centre Pierre Mendès France de l’université Paris I.

Une petite présentation du collectif, descriptif directement extrait de leur page Facebook que je vous encourage à « liker » pour avoir des informations sur les luttes du collectif:

Le Collectif 8 Mars pour ToutEs s’est créé à l’occasion du 8 Mars 2012 pour faire entendre un féminisme non-excluant qui donne la parole à toutes les femmes dans toute leur diversité : trans, putes, femmes voilées, gouines, sans-papieres….

Lors de la marche du 8 mars 2012, nous avons organisé dans le cortège un espace qui puisse réunir toutEs celles dont les revendications étaient différentes et

/ou ignorées par l’appel proposé par le CNDF (collectif national des droits des femmes), qui exigeait notamment la pénalisation des clients. Nous étions plusieurs organisations en désaccord sur ce point, qui s’est avéré non-négociable, malgré notre volonté d’un appel unitaire.

Nous estimons qu’il n’y a pas un mais DES féminismes et qu’aucune vision du féminisme ne peut s’ériger en modèle universel.
De même  »LA Fâmme  » n’existe pas. Chaque personne en lutte contre les violences sexistes est porteuse de revendications différentes face à des oppressions multiples et c’est à elle de déterminer comment s’en libérer.
Nous sommes en solidarité avec toutes ces luttes plurielles, nous portons ces revendications et ces besoins, sans jamais oublier que la parole doit rester en priorité aux premièrEs concernéEs.

Le collectif 8 mars pour toutEs poursuit son travail et ses actions. N’hésitez pas à nous rejoindre
.

Le collectif se mobilisait ce soir là contre la loi de pénalisation des clients soutenue par les féministes abolitionnistes et le ministre des femmes mené par Najat Vallaud-Belkacem.

Ce fut l’occasion de rencontrer et d’échanger avec Morgane Merteuil du Syndicat du Travail Sexuel, Cécile Lhuillier d’Act Up-Paris, Giovanna Rincon d’Acceptess-T, les Natacha des TumulTueuses et Carine Favier du Mouvement Français pour le Planning Familial.

Ainsi durant près de trois heures, nous avons pu, intervenantes, comme spectateurs, débattre autour des conséquences possibles de cette loi si elle venait à être votée et appliquée aussi bien sur les personnes que sur la santé publique. Les éclairages apportés par les intervenantes ont permis de mettre en avant l’expérience des travailleurs du sexe que l’on n’entend que trop rarement au profit de personnes qui se disent souvent plus compétentes pour parler à leur place.

Là, je vais donner mon avis, cela n’engage que moi et je vais peut être me faire jeter des pierres lorsque vous aurez fini de le lire. J’ai suivi quelque peu le débat sur la prostitution entre abolitionnistes et non-abolitionnistes et j’avoue volontiers me ranger dans la seconde famille tout simplement parce que, d’une part, j’ai la sensation profonde que les abolitionnistes ne sont pas ancrés dans la réalité, refusent d’entendre les putes qui parlent, confisquant leur parole par l’argument simple (cité par Morgane Merteuil durant la réunion) qui consiste à dire que les putes qui parlent ne sont pas représentatives de la masse qui souffre et se tait. Argument très borderline s’il en est car l’abolitionniste se pose en sauveur de ces putes maltraitées et silencieuses. La prostitution a ses mythes au même titre que le viol et ce qui est colporté dans les médias par le gouvernement et les abolitionnistes dont le lobby est plus puissant à tous les niveaux musèlent la parole d’êtres humains qui vont être effacés par cette loi de pénalisation des clients.

Car, tout simplement, cela précarise les putes, les obligent à travailler dans des conditions déplorables, leur confisquent le droit de disposer de leur corps comme elles l’entendent et surtout renforcent les réseaux de traites d’êtres humains qui devraient être les véritables cibles de ce projet de loi liberticide. A moins que ce ne soit pas l’objectif direct du gouvernement…

A se demander…

La réunion a permis également de s’interroger sur le féminisme, plus exactement sur les féminismes, puisqu’il n’y a pas de féminisme unique, pas de mouvement institutionnalisé (comme on voudrait nous le faire croire) mais bien un patchwork de féminismes qui peuvent s’entendre, débattre, faire avancer la parité, l’égalité tout en se respectant, tout en s’écoutant les uns les autres. Tout simplement parce que le féminisme a plusieurs visages et ne peut se restreindre à une pensée unique, car les sensibilités, les vécus, l’expérience de chacun-e méritent d’être entendus, respectés et pris en compte pour faire avancer la cause des femmes dans la société et cela sans récupération raciste ni politique.

Je sors de cette réunion, les idées bouillonnantes mais également assez pessimiste: l’impression que les non-abolitionnistes lutte pour se faire entendre contre un mouvement abolitionniste pour qui la messe est déjà dite, qui se contrefiche d’entendre ce que les putes peuvent avoir à dire et qui souhaite se donner bonne conscience en libérant cette masse silencieuse. La loi de sécurité intérieure de 2003 contre le « racolage passif » n’a rien amené de bon, n’a fait que renforcer l’insécurité chez les putes à tous les niveaux (précarité, difficulté extrême à porter plainte en cas d’agressions…) et surtout n’a pas permis de lutter contre les réseaux proxénètes tel que cela avait été vendu.

Son abrogation avait été promise par notre président actuel lors de sa campagne, mais rien n’avait été annoncé pour cette loi de pénalisation des clients qui, au final, ne fait qu’enfoncer plus profondément les putes dans leur précarité, leur refusent l’accès à des droits en tant que travailleurs (sans que cela signifie la réouverture de maisons closes), simplement leur permettre d’exercer leur métier dans des conditions descentes sans qu’elles aient à souffrir de leur condition ni de leur choix de vie.

On ne peut effacer des êtres humains comme ça et c’est ce que je lis dans le mouvement abolitionniste: un aveuglement parfois fanatique ne se préoccupant pas de ce qu’il peut proposer à ses personnes qui vivent de cela, qui ont choisi d’en vivre et qui ne veulent pas qu’autrui prennent de décisions à leur place dans leur vie.

Pour clore ce billet, il ne reste qu’à se rappeler ces mots pour que cesse la confiscation de la parole des femmes, qu’elles soient putes ou saintes…

Ne me libérez pas, je m’en charge!