Willow : Salut.
Oz : C’est drôle, j’allais dire la même chose.

Oz_Buffy_The_Vampire_SlayerJe ne vous cacherais pas que Buffy The Vampire Slayer fait sans doute partie de mes séries préférées.
Je vous en ai déjà parlé et, actuellement, gros scoop, je suis en train de me revoir l’intégralité des sept saisons.
Dans ce modeste billet, je voulais vous partager quelques observations sur le personnage d’Oz, particulièrement dans sa relation à Willow et aussi bien entendu ce qui ressort selon ma grille d’analyse (peut être faussée ou trop poussée, vous pourrez vous déchaîner dans les commentaires par la suite😉 ).

D’ores et déjà, qui est le sympathique mais taciturne Oz?

C’est un jeune homme devenu loup-garou malgré lui (mordu par son jeune cousin) et qui en prend conscience au contact du Scooby-Gang. Il est guitariste dans un groupe, fait fondre les filles mais ne s’intéresse pas vraiment aux petites groupies qu’il trouve hystérique et sans saveur. Il remarquera la discrète Willow dans un costume ridicule et les deux finiront pas se tourner autour pour finalement sortir ensemble. Oz, soyons clair, a tout du garçon bien sous tout rapport même si le danger est présent trois jours par mois où il se transforme la nuit en loup-garou incontrôlable. Le mythe de la belle et la bête, qui revient d’ailleurs dans la relation Buffy-Angel voire Buffy-Spike.

Il reste qu’Oz se veut maître de lui-même à tout moment avec une position en retrait constante, y compris dans son couple où il n’exprime que trop rarement ses émotions.
Les seules qui semblent filtrer de manière flagrante durant toute sa relation avec Willow sont d’une violence palpable. Violence quand il se rend compte qu’il a pu perdre le contrôle de la bête en lui. Violence lorsqu’il constate que Willow a embrassé Alex et également violence lorsqu’il décide de quitter Willow de peur de la blesser.

De fait, j’ai comme l’impression que Joss Whedon a souhaité décrire dans ce personnage l’ambivalence classique et naturelle que l’on voudrait intégrer en chaque homme.
Le gentleman et la bête avec pour point focal la femme qui est le déclencheur pouvant transformer le gentleman en abomination hyper-violente.
Oz personnifie cette dénonciation même s’il en est victime bien malgré lui, ce qui ne le rend pas moins responsable de ses actes.

La relation de couple unissant Willow et Oz peut sembler égalitaire mais souffre pourtant de décisions prises par Oz sans consultation de Willow, sans véritable communication, cela provenant du caractère profondément introspectif et taciturne du personnage mais pas seulement. Oz refuse de partager sa bête avec Willow qui souhaiterait l’aider à mieux se maîtriser, rechigne à lui pardonner son errance avec Alex en la plaçant comme femme infidèle qui a bafoué le « one true love » très adolescent et surtout préfère se laisser dépasser par sa bête lors de sa rencontre avec Veruca, menaçant directement la dictature de fidélité qu’il a instauré dans son couple. Puisqu’il s’agit effectivement de son couple et plus d’un espace commun partagé avec Willow à ce stade de la série.

Oz réalise qu'il s'est laissé aller...

Oz réalise qu’il s’est laissé aller…

Dans l’épisode 6 de la saison 4 Wild at Heart, Oz va découvrir la nature véritable de Veruca, une loup-garou qui assume l’entièreté de sa condition sans faux semblant et qui se laisse chevaucher par la bête. Elle incite Oz à faire de même. Il s’y refuse bien que son instinct lui dicte le contraire. Il en viendra pourtant à tromper Willow en se laissant dominer par sa nature et tentera de se justifier auprès de cette dernière en lui rappelant que c’était le loup qui parlait et pas lui.

Et pourtant…

Cet échange est particulièrement intéressant puisque par ce loup, Marti Noxon en charge de l’écriture de cet épisode donne l’impression de critiquer cet argument fréquent évoqué au sujet de la « nature volage » des hommes, également repris par les partisans du viol à l’insu de leur plein gré: l’homme agirait par nature car il ne serait pas capable de maîtriser son instinct le poussant à la copulation, souvent titillé par des femmes qui le chercheraient bien au final…

"Je te quitte mais c'est pour ton bien, car je sais ce qui est bon pour toi..."

« Je te quitte mais c’est pour ton bien, car je sais ce qui est bon pour toi… »

La crise se soldera par une rupture voulue et choisie par Oz, seul, qui abandonnera Willow sans lui demander son avis.
Confiscation de la parole en faisant le choix à sa place, soulignant une fois de plus que l’espace du couple n’était plus maîtrisée par les deux participants mais uniquement par Oz, qui sait fatalement ce qui est bon pour sa compagne. A noter au passage que Veruca avance à plusieurs reprises le fait qu’elle sait ce qu’elle peut apporter sexuellement à Oz. Elle est la bête, la femme qui assume sa sexualité et qui propose une sensualité bestiale épanouissante à ce dernier là où Willow, qu’il respecte plus que tout autre, ne pourrait pas apaiser la bête qui est en lui.

L’histoire aurait pu se conclure ainsi mais l’épisode 19 de la saison 4 New Moon Rising marque le retour d’Oz à Sunnydale alors que Willow est en train de reconstruire sa vie.
Cette dernière fréquente depuis quelques temps Tara sans avoir réellement fait son coming-out auprès de ses amis et sans vraiment avoir réalisé les sentiments qu’elle éprouve pour la jeune femme.
Le retour d’Oz va brouiller les cartes, particulièrement parce que ce dernier serait parvenu à maîtriser la bête en lui. Ce dernier est d’ailleurs persuadé que Willow l’a attendu. Il s’est renseigné et sait qu’elle n’a vu aucun garçon depuis son départ.

La bête resurgit...

La bête resurgit…

Une fois de plus, par son personnage, Marti Noxon dépeint l’archétype du mâle, persuadé que la femme l’attend et a besoin de lui de toute manière, que ce one true love pardonne tout, y compris les violences et les abandons. Qui plus est, cela dénote une vision remarquablement hétérocentrée qui va tomber en miettes puisque si Willow n’a pas connu d’autres garçons depuis, elle a connu une femme dont elle est tombée amoureuse. L’ironie veut qu’Oz le découvre grâce à sa bête qui perçoit l’odeur de Willow sur Tara, qui comprend que son territoire typiquement masculin a été envahi. La bête, soit disant dominée, va se réveiller et il tentera de tuer Tara. Le  réalisateur s’amuse de cette vision du mâle de l’ancien temps qui ne peut accepter l’évolution de la femme et de sa liberté de vivre sans lui, de choisir qui elle veut aimer et avec qui elle veut partager son intimité.

Une conclusion malgré tout heureuse...

Une conclusion malgré tout heureuse…

Une vision résolument féministe qui se traduit à la fin de l’épisode par le départ définitif d’Oz, incapable de se dominer face à une situation qu’il refuse de plein bloc puisqu’il veut avant tout posséder Willow et non l’aimer en opposition avec la déclaration de Tara qui désire tout du long de l’épisode le bonheur de Willow quelle que soit sa décision.

De prime abord, Oz a été pour moi un personnage sympathique, ne serait-ce qu’à travers son humour flegmatique, et son apparence de bon gars mais j’avoue qu’après ce retour sur le personnage et cette contre-analyse transversale, il apparaît bien plus comme le concentré de bon nombre de traits peu reluisants que l’on retrouve chez de nombreux hommes. Une bonne critique en somme de ce que les hommes peuvent améliorer pour tendre vers une véritable égalité.

Quel est votre avis sur le personnage et sa relation avec Willow?