Galleryby ~ThibaultFischerDigital Art / Paintings & Airbrushing / Sci-Fi©2010-2013 ~ThibaultFischer

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Digital Art / Paintings & Airbrushing / Sci-Fi ©2010-2013 ~ThibaultFischer

Si vous avez aimé Sentinelles, vous devriez apprécier cette courte nouvelle en lien avec la précédente.
Toujours dans mon essai à l’écriture dans un environnement cyberpunk tout en conservant une approche axée autour d’un point de vue subjectif, celui du narrateur, bien entendu.

N’hésitez pas, comme à l’accoutumée, à me faire remonter vos avis positifs comme négatifs🙂

Bonne lecture!

La froideur du verre contre mon front, la sensation de partir lentement comme lorsque je t’ai abandonnée pour nourrir ma carrière, que je t’ai sacrifiée dans ce tube et laissée devenir la nouvelle mère de ces fœtus à l’aspect répugnant.

Je souris à la lumière bleutée du laboratoire et je regarde mon œuvre pour PharmaCorp. Je dirige le centre de recherches depuis ton sacrifice. Ton visage vient parfois me hanter mais ce n’est pour autant que j’ai arrêté mes expériences. L’incident A a rendu folles les sentinelles, nous obligeant à les désactiver, à  chercher une autre solution pour nous prémunir des actions menées par ces anarchistes remettant en cause cette providence que les implants ont instaurés pour le genre humain. J’ai neutralisé le mien depuis longtemps, un des privilèges d’être dans la recherche, un des droits octroyés aux chercheurs pour leur permettre de réfléchir déconnectés aux solutions connectées.

En une nuit, j’avais monté le projet Sentinelles. Tu étais à mes côtés, m’assistant, faisant les simulations, magnifique Sarah.
Je t’ai aimée immédiatement mais nous avons préféré garder notre liaison secrète. Cela n’aurait pas été compris ni accepté. Les sentinelles fonctionnaient à merveille, s’adaptant en puisant dans les peurs de leurs victimes, permettant aux sociétés les utilisant de constituer des fichiers de plus en plus précis sur les intrus venus se perdre dans le réseau des réseaux.

Le pays des merveilles accueillait ces magnifiques lapins pour que nous les pistions et abattions avec rigueur et efficience.
Car il n’était pas question qu’ils viennent perturber le projet que nous avions mis en route.
Connecter des cerveaux humains en réseaux pour offrir aux sentinelles une autonomie réelle, une capacité de décision que de simples lignes de code ne pouvaient leur offrir.

Cette nuit-là, tu pris peur. Nous venions de faire l’amour. Ton visage se recomposait doucement sous les lumières artificielles de notre bureau et je t’aimais plus que je ne l’aurais cru.
Tes yeux verts semblaient scintiller à l’éclat des moniteurs lorsque soudain  toutes les alertes se sont déclenchées.
Une intrusion au niveau critique dans les couches profondes de notre serveur de données.
L’intrus était seul. Déchiré de toute part, traînant derrière lui trop de Sentinelles pour qu’il soit encore capable de structurer son attaque… et pourtant…

Nous n’avions pas eu le temps de déclencher les contre-mesures pour protéger le serveur que le virus A s’introduisait déjà dans nos bases données, corrompant, effaçant, détruisant une année de recherches, de tests et de souffrance. Ton visage était étrangement calme alors que je sombrais dans le désespoir. Le serveur était à présent vierge de toute donnée et les sondes nous informaient froidement de la mort clinique de l’intrus. Je t’entendais murmurer un simple « Merci » avant que je ne réalise que tu étais à la base de cette intrusion, que tu avais donné toutes les informations pour permettre à ce voleur de passer nos défenses.

Abasourdi par la trahison, je ne te comprenais plus.
Tu disais vouloir prévenir un désastre, qu’il ne fallait surtout pas donner le libre arbitre aux sentinelles. Des heures durant, tu tentais de me convaincre. Rien n’y fit et pourtant je gardais cette traîtrise pour moi car je t’aimais trop pour laisser à d’autres la possibilité d’exercer ma vengeance. Pendant de longs mois, je fis finalement mine d’acquiescer à tes inepties. Je te faisais l’amour comme à l’accoutumée, avec cette passion bestiale brûlante qui te laissait pantelante et essoufflée à chaque fois. Nous avions perdu le projet Sentinelles et avions manqué d’être renvoyé.
J’avais sauvé ma carrière en proposant de mener en solitaire un projet visant à remplacer les Sentinelles devenues folles suite à la dispersion du virus A sur l’ensemble du réseau. Tu continuais ton existence dans un job subalterne au sein de PharmaCorp, bien loin de moi.

Ces fœtus étaient la base du projet et tu n’en étais bien entendu pas informée.
Tu n’aurais pas compris à travers tes principes moraux d’un autre temps.
Chaque nuit, je participais aux captures de cobayes, principalement des opposants à PharmaCorp mais également des employés trop curieux. Et nous lancions un processus de rajeunissement cellulaire jusqu’au niveau fœtal, stade auquel notre programme pouvait se connecter et disposer à volonté de l’énergie et de la puissance de ces cerveaux mis en réseau. Rapidement nous avions constaté une véritable communion qui permettait de créer de nouvelles sentinelles bien plus performantes pour la défense du réseau.
D’une intelligence rare, elles se révélaient également très obéissantes et conscientes que leur existence ne dépendait que de leur double physique stocké dans ces tubes.

Sauf qu’il a fallu que tu commences à fouiner dans mes affaires et tu m’as ainsi donné cette vengeance que j’attendais depuis des mois et des mois.
Un soir, je t’invitais au laboratoire où je travaillais pour te présenter mon œuvre. Tu étais simplement sublime et nous fîmes l’amour dans l’ascenseur tant ce dégageait de toi cette sensualité farouche, cette sexualité subtile et déchaînée qui avait fait de moi ta proie.

Voir ton visage se décomposer devant cette salle de fœtus captifs me soulagea de cette colère qui me minait depuis si longtemps.
Tu étais exsangue, dans un état colère si proche du mien lorsque tu avais détruit mes rêves. Mais ce n’était pas fini.
Je te voulais au centre du réseau, mon amour, celle qui gouvernerait mes chers enfants et œuvrerait au nom de ma volonté une fois que tu serais parfaitement conditionnée.

Le personnel de sécurité était là et, à mon signal, se saisit de toi.
Mise à nue, humiliée, ils t’enfermèrent dans un tube vide. Tes cris, tes pleurs furent délicieux à mes oreilles.
Tes « Je t’aime » désespérés résonnèrent à mes oreilles comme d’ultimes preuves de notre amour qui venait de s’éteindre.
Le regard polaire, je pianotais sur le clavier tactile, préparant les dosages qui permettrait ta régression au stade fœtal en quelques jours.
Je souriais intérieurement lorsque ton regard se voila et que tu perdis conscience.

Voilà plusieurs semaines que tu as disparu, que le projet se vend très bien au sein des autres sociétés et que les intrus sont de plus en plus nombreux à périr sous les assauts de nos nouvelles sentinelles. Pourtant, je ressens un vide, constant, un gouffre, une déchirure, qui m’entraîne constamment vers ce cauchemar.
Je m’assoupis et soudain une forme spectrale flotte derrière la fenêtre, m’observant, le regard inquisiteur avec malgré tout une certaine tendresse qui me met mal à l’aise.
Lorsque je m’en approche, d’autres êtres semblent ramper depuis l’extérieur tentant de saisir ce spectre.
J’ouvre la fenêtre et c’est ton visage empreint de tristesse et tes lèvres qui s’agitent sans qu’un son en sorte.
Et chaque nuit, tu reviens, me tourmentant, me rappelant à mon avidité, ma colère qui me poussèrent à te trahir bien plus violemment que tu ne le fis.

Je t’imaginais captive de ces fœtus que je commençais à craindre et à haïr.
Mes recherches débutèrent dans ce sens et je constatais qu’une lutte vicieuse régnait parmi les sentinelles pour déterminer celle qui aurait la primauté sur les autres.
Ces intelligences artificielles reproduisaient les vices humains. Je te localisais, du moins ce qui restait de toi dans cet enchevêtrement de domination et de soumission.
Tu étais utilisée par les autres sentinelles pour les tâches les plus dégradantes, nettoyant les restes des intrusions perpétrées par nos opposants.
Tu souffrais d’une manière totalement impersonnelle et te voir ainsi me torturait à un point que je n’aurais pas soupçonné.
Ma colère et ma haine n’avaient pas effacé l’amour que je ressentais toujours pour toi.
Il fallait détruire ce projet, annihiler ces sentinelles et surtout te libérer. Je n’avais pas encore compris que mon implant était piraté à ce moment-là.
La nuit où je pensais commettre mon forfait en injectant une version modifiée du virus A directement dans les tubes, le comité de sécurité m’attendait, accompagné du PDG de PharmaCorp.

Arriviste, corrompu, sans pitié tout ce que j’avais toujours détesté chez les dirigeants de ces grandes compagnies, reflet de ce que j’avais choisi d’embrasser en te tuant.
Son sourire mielleux fut un véritable camouflet et mon masque tomba lorsque je compris qu’il savait pour mon projet de sabotage.

« Chère Carrie, vous ne pensiez pas que vous pouviez mettre fin à ce projet pour des raisons aussi bassement éthiques ? Nous avons prévu un traitement particulier pour vous… »

Je ne pensais pas qu’il oserait retourner ma création contre moi.
Déshabillée comme tu le fus, ils m’enfermèrent dans un tube et activèrent le processus de rajeunissement.
Je perdais peu à peu connaissance et juste avant de disparaître, je réalisais que tu étais là à m’attendre.
Spectrale comme dans mon rêve et cette fois-ci j’entendais parfaitement ta voix :

« Je l’ai alerté et nous voici à nouveau réunies, mon amour, et pour l’éternité… »

Continuez l’immersion avec A.I. !