pigeonWTFCe billet a vocation à coup de gueule, je vous l’avoue dès le début, comme ça vous ne serez pas pris au dépourvu.

En revanche, j’ai l’espoir de vous faire partager mon agacement lorsque j’ai découvert cette offre d’emploi, qui,une fois de plus, révèle à quel point certain-es sont persuadé-es que les postes liées au NTIC ne méritent pas rémunération.

Voici donc l’entête d’une offre parue sur l’APEC le 31 janvier 2013 dernier:

entete

Nous sommes donc dans du multitâche puisque vous le remarquerez, notre postulant(e) doit être capable d’assurer trois missions: Community Manager, Blogueur mais également Chargé de projet Webmarketing.
Une équipe à lui tout seul!
Voilà qui est révolutionnaire qui plus est en CDI…  et sans salaire renseigné! (vous allez comprendre pourquoi)

La belle affaire mais le pire est à venir!

offre

Dans un sens, l’offre est classique jusqu’à l’arrivée des précisions importantes qui ne manquent pas de faire bondir.

Vous aviez sans doute noter que l’entête n’annonçait aucune rémunération (ce qui n’est pas forcément choquant vu le nombre d’offres d’emploi où cette notion pourtant vitale n’est pas précisée).
Pour le coup, notre aimable recruteur précise que le blog ne générant pas de revenu direct, le travail n’appelle à aucune rémunération.
Il s’agit donc d’un CDI basé sur le volontariat dont le « salarié » pourra tirer éventuellement bénéfice en développant son expertise en vue d’une future embauche (tiens, en CDI, tu es déjà embauché non?).
A ce niveau-là, autant lancer son propre blog seul et développer ses compétences sans avoir besoin de passer par un tiers…
Bref, une belle offre d’emploi type enfumage, spécialité pigeon.

Deux possibilités: soit le recruteur s’est planté et voulait un stagiaire, soit il a tenté un petite entorse au code du travail.

Quoi qu’il en soit, l’offre a été retirée le 1er février 2013 par le service de modération de l’APEC, à juste titre.

N’oublions pas une chose: les postes de community manager comme de chargé de projet webmarketing demandent souvent un bac +4-5 et, très souvent, aux sorties des écoles, c’est sur ce type d’offres que les nouveaux entrants dans la vie active vont se casser le dos et bosser comme des esclaves pour se faire leur première expérience (qui devient souvent la seconde puis la troisième…). Quand il ne s’agit pas de ces fameux stages rémunérés au lance pierre avec des responsabilités toujours plus importantes mais strictement aucune garantie à l’emploi, simplement parce que les grandes entreprises considèrent ce vivier de nouveaux talents comme des ressources exploitables presque gratuitement.
Souvenez-vous de la métaphore des oompas-loompas de Charlie et la Chocolaterie: Denis Colombi sur son blog Une Heure de Peine développe largement à quel point le travail se déporte de plus en plus vers une économie des oompas-loompas.

A l’identique, Kitetoa sur Reflets.info constate avec ironie comme certaines boites peuvent pratiquer à outrance le stage pour combler ses manques afin d’éviter de trop payer ses employés tout en les maintenant dans une situation précaire. C’est bien connu qu’un employé en CDD, stage ou tout autre contrat précaire est bien plus malléable et enclin à faire tout ce qu’on lui demande de peur de perdre son emploi, la crise économique ayant toujours bon dos pour justifier des méthodes de management pas toujours très propres.

Qu’en penser?

Oui, nous pouvons travailler par passion, et c’est même nécessaire pour espérer occuper un poste longtemps de manière efficace.
En revanche, il faut être lucide: travailler pour la gloire n’a jamais nourri personne et il faudrait simplement que certain-es cessent de penser que mettre au service d’autrui ses compétences durement développées  est un acte gratuit et désintéressé. La base de l’économie, c’est un échange gagnant entre deux ou plusieurs individus et non simplement une entité qui prend à un individu en lui offrant l’hypothétique espoir qu’un jour ses efforts seront récompensés et rétribués.

C’est pourtant ce vers quoi le monde du travail s’emballe jour après jour… du moins tant que le salarié/stagiaire/intermittent du chômage/esclave continuera à écouter les mensonges et autres promesses jamais tenues qu’on lui sert en guise de rémunération…

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