Alice_in_wonderland Qui a dit que la télévision ne diffusait que des daubes infâmes?

J’ai eu le plaisir d’être surpris il y a quelques semaines par Up in the Air et je redécouvre hier soir le Alice de Tim Burton avec un regard nouveau.

Esthétiquement, c’est formidablement bien léché et le thème principal signé Danny Elfman a ce côté enchanteur, lancinant mais aussi vaguement effrayant.

Couplé cela à une chanson tie-up d’Avril Lavigne de toute beauté et vous avez musicalement quelque chose qui de quoi me faire vibrer.

Donc, à première vue, l’on imagine un simple conte avec la patte macabre burtonesque sans forcément rentrer plus en profondeur dans l’analyse. Et pourtant, ce film est une véritable perle tant dans la place de la femme et de son autonomie au sein de la société que la notion de développement personnel.

C’est ce que je vous propose de découvrir dans cette modeste review du film.

Resituons déjà l’histoire.

Alice Kingsley (jouée par Mia Wasikowska) a 19 ans et comme toute fille de bonne famille, elle est promise à un avenir « radieux » : mariage avec un homme qu’elle n’aime pas, enfants imposés, j’en passe et des pires.
La position de la femme telle qu’elle était (et qu’elle est encore parfois de manière plus détourné) au 19eme siècle ne permettait pas à une femme de s’autodéterminer et de choisir sa vie.
Or, au cours d’une réception donnée en l’honneur du mariage arrangée entre Alice (cette dernière n’ayant toujours pas accepté quoique ce soit) et Hamish Ascot, un jeune Lord aussi arrogant que répugnant, la jeune femme aperçoit un lapin blanc habillé d’un costume et possédant une montre à gousset.

Mue par une impulsion, elle décide de partir à sa poursuite, délaissant son prétendant. Son retour au pays des merveilles commence alors.

Tim Burton a choisi de revisiter les Aventures d’Alice au pays des merveilles d’une manière en tout point féministe par la place qu’il donne à Alice tout au long de cette nouvelle épopée.
Dès le départ, Alice ne se souvient pas de son précédent voyage décrit dans le livre de Lewis Carroll et ceci s’explique à mesure que l’intrigue progresse.
La jeune femme a toujours mis sur le compte du rêve et de l’affabulation cette précédente incursion particulièrement depuis le décès de son père. Ce dernier l’encourageait dans ses pérégrinations imaginaires en l’invitant, comme lui, à admettre six choses impossibles avant le petit déjeuner, ce qu’elle fera lors de l’affrontement final contre le monstrueux Jabberwocky afin de se donner la force d’avancer dans des contrées où les règles de la société ne peuvent plus s’appliquer.

Cette question de la société oppressant l’imagination et plus particulièrement la liberté d’entreprendre et de décider de sa vie pour la femme est au centre de l’oeuvre de Tim Burton.
Et en cela, le film a une portée féministe.

Alice_in_wonderland_Absolem

Une chenille qui vous veut du bien!

Plus en profondeur, le réalisateur va également critiquer par la satire les femmes entièrement soumises aux conventions sociales (et de fait au patriarcat) que ce soit à travers les deux jeunes femmes recommandant à Alice le mariage avec le jeune Lord ou les courtisanes de la Reine Rouge, se déguisant pour mieux coller aux desideratas délirants de leur souveraine despotique.
La dictature de l’apparence et de ce qui est bon de faire pour une femme sont au centre de la critique burtonesque.

Bien entendu, tout cela ne serait rien sans l’interconnexion permanente entre ce monde intérieur dans lequel Alice se bat pour sa liberté et le monde réel où d’autres décident à sa place de ce qu’elle doit faire de sa vie. Tout au long du film, des êtres aimés ou haïs vont se retrouver au sein du pays des merveilles. La jeune femme retrouvera son père à travers le Chapelier Fou (joliment interprété par Johnny Depp), non pas dans une relation patriarcale mais dans une relation égale où le Chapelier va plus faire office de guide pour Alice voire de protecteur se sacrifiant que de personnage décidant à sa place de ce qui est bon pour elle. Cette position est renforcée d’autant plus à travers les questions qu’il ne cessera de lui poser pour remettre en cause les certitudes de la jeune femme et l’interroger sur ce qu’elle désire vraiment dans l’existence.

Absolem, la chenille, va également tenir un rôle clé dans ces interrogations qui sans guider la jeune femme va l’inciter à se poser des questions sur ce qu’est Alice. D’une certaine manière, il représente le parent qui va laisser son enfant subir de plein fouet la réalité de l’âge adulte pour l’aide à grandir et à décider par lui-même ce qu’il/elle désire de l’existence. La chrysalide qui se transforme en papillon.
L’on  retombe en revanche tout à fait dans le thème du roman d’apprentissage cher à Lewis Caroll. Cette chenille savante se retrouve dans Lord Ascot père, qui va donner sa chance à Alice en lui offrant la possibilité de mener la vie qu’elle désire sans considération de sexe ou de genre.

Alice_in_wonderland_Jabberwocky

Une bête à défaire, personnification de nombreuses embûches à venir pour Alice!

Iracebeth, la terrible Reine Rouge (jouée par la fascinante Helena Bonham-Carter) se pose comme la mère prise dans les conventions, cette même mère qui impose à Alice ce mariage sans son consentement. Elle est là pour maintenir l’ordre, son autorité et non pour permettre à celles et ceux qui l’entourent d’aspirer à leurs rêves et à une vie libre. Ce qui est en totale opposition avec la Reine Blanche, Mirana (interprétée par Anne Hathaway) que je ne peux m’empêcher de relier à la grande soeur d’Alice, mariée contre son gré à un Lord infidèle et menteur. Femme respectée, écoutée par Alice auprès de laquelle elle va trouver conseil que ce soit dans la réalité ou au pays des merveilles. C’est également à elle qu’un pouvoir légitime sera restitué une fois le Jabberwocky vaincu.

Parlons justement de cette bête féroce à laquelle Christopher Lee prête sa voix: dans le mythe, ce n’est ni plus ni moins que l’âge adulte que doit affronter Alice, qu’elle cherche à fuir par l’imaginaire.
Cet âge adulte est fait de conventions, de nécessités, de sacrifices, de concessions et surtout d’injustices à l’égard des femmes qui souhaitent s’autodéterminer. C’est l’abandon de l’être au profit de la société. Etat de fait qu’Alice vaincra en inventant la vie qu’elle désire grâce à son imagination. C’est aussi la raison pour laquelle elle parviendra à défaire le Jabberwocky, à se souvenir de sa deuxième incursion au pays des merveilles et à subjuguer Lord Ascot père pour qu’il finance et accompagne son projet à la fin du film.

La victoire d’une femme contre une société patriarcale oppressive. Ce n’était sans doute pas la volonté originelle portée par Lewis Caroll dans ses livres mais c’est la réinterprétation résolument féministe d’un Tim Burton décidément très inspiré pour cette réalisation.

Pour clore ce billet, je vous propose de revoir le trailer.

Avez-vous le même regard sur ce film de Tim Burton?