lolcat-funny-picture-parental-block-catIl faut l’avouer: le petit écran ne cesse de me décevoir depuis ces dernières années et hormis la naissance de NoLife, chaîne que j’encense volontiers, je vais de déception en déception même si parfois certaines perles peuvent émerger.

Ce billet risque de partir dans tous les sens, l’idée principale restant pourtant cette petite lucarne et ses mille et unes merveilles (ou horreurs selon) qui peuvent en sortir.

Je suis fanatique de séries et c’est du pain béni (bon rarement en France où la créativité reste somme toute assez limitée en capacité à faire rêver).
Du coup, j’ai tendance à me tourner vers les documentaires, fermement ancrés dans le réel parce que ce sont pour l’essentiel des sujets de société qui y sont débattus, analysés avec plus ou moins de brio selon la source journalistique.

  • Harry Roselmack en immersion dans les milieux libertins

Mardi soir, j’ai eu la faiblesse de céder à la télépoubelle plus par curiosité du comment le sujet serait traité.
Harry Roselmack se proposait d’explorer les milieux libertins et de les faire découvrir au spectateur voyeuriste.

Je parlais déjà de libertinage dans ce billet et j’y expliquais qu’au travers de témoignages que j’avais pu avoir, le milieu, là où il aurait pu être émancipateur pour la femme, voire féministe, se révélait au final profondément sexiste en s’orientant essentiellement autour du plaisir masculin, duquel la femme dite « libertine » était l’esclave.
Je n’attendais pas grand chose de l’immersion d’Harry Roselmack.
Pourtant tout n’a pas été à jeter.  TF1 n’a pas encore mis en ligne l’émission sur WatTV mais voilà ce que j’en retiens dans les grandes lignes.

Un présentateur-reporter aux limites de l’indécence.
Les regards sont scabreux, condescendants à l’égard des libertins qu’il rencontre et qu’il observe comme des créatures curieuses.
Un profond sentiment de malaise s’empare du spectateur par la sensation que ces gens qui osent témoigner d’une sexualité hors norme sont mis en pâture des caméras et instrumentaliser pour faire de l’audience.

Les interviewés que suit le présentateur sont des libertins du sud est et cela va de toute génération, des plus jeunes aux plus âgés avec toujours et encore la mise en avant d’un mode de vie essentiellement basés sur la multiplication des rencontres sexuelles et échangistes. Même si à un instant d’autres pratiques sont évoquées, l’on ressent tout du long du reportage une injonction profonde à l’échangisme, ce fameux jeu visant à troquer son partenaire contre un autre comme on échangerait une vache avec un cochon. Sentiment de malaise à nouveau puisque le message passé très fréquemment en filigrane tout au long du reportage est que le libertinage est dangereux pour le couple.

Pourtant, lorsque la parole est donnée aux femmes, à plusieurs reprises revient la même réflexion: « le libertinage m’a permis de m’émanciper par rapport à mon corps, de me sentir mieux et de me lâcher. »
Cet instant de libération est malheureusement rapidement chassé par le retour de la prison du couple jaloux puisque les libertins présentés sont possessifs à l’extrême et n’entendent pas que l’autre prenne du plaisir seul. Il faut qu’ils soient deux et aient droit de regard l’un sur l’autre, systématiquement.

Le reportage passe ainsi à côté d’une approche plus philosophique du libertinage, réduit actuellement dans ce type de reportage à de la consommation sexuelle débridée mais finalement profondément hétéronormée. L’homosexualité comme la bisexualité masculine sont oubliées, effacées, volontairement, la femme étant le centre d’attention de tout, le jouet qui se doit d’être « swag » parce que, comme le disait Elle il y a quelques semaines sur une belle sortie d’humour homophobe, « si tu n’as pas eu ton expérience avec une femme avant 40 ans, tu as raté ta vie sexuelle ».

La superficialité du reportage s’achève par le suivi d’une femme, victime vraisemblable de ce qui ressemble à un pervers narcissique à tendance SM.
Analyse lapidaire de la relation basée sur de l’exhibition et de l’humiliation constante sans vraiment essayer de comprendre s’il s’agissait d’un de ces fameux PN ou simplement un pseudo maître SM s’essayant à ce jeu à travers une personne fragile et exploitable. Bref, c’est borderline et ça aurait mérité d’être creusé puisque la souffrance présentée est réelle et n’est au final qu’instrumentalisée pour dire que « le libertinage, say le maaaal!!! »

La note finale du reportage, c’est l’interview d’un sexologue (j’ai cru entendre Gérard Leleu et je n’ai pas pu retrouver si c’était lui…).
Des sorties convenues d’un homme qui a sa vision hétérocentrée et sexiste de la sexualité basée sur des statistiques (sources?) qui, au final, viennent à dire que le libertinage, c’est bien et pas bien à la fois. Très très intéressant comme conclusion…

Bilan, un reportage voyeuriste (à quoi pouvait on s’attendre pour TF1?) qui avait pourtant de la matière qui aurait mérité d’être explorée avec un vrai sens critique.
Qui plus est, l’immersion me semble complètement ratée puisqu’elle n’est basée que sur des libertins du sud-est. Quid de la capitale et du reste de la France?

  • Le livre selon Google

Toujours ce mardi là mais avant ce reportage poubelle, Arte diffusait un documentaire consacré au numérique et plus particulièrement à l’affaire qui a opposé Google et son projet Google Books aux ayants droits et auteurs. Le reportage est passionnant, donnant la parole aussi bien aux ayants droits qu’aux défenseurs de la culture numérique libre et disponible pour toutes et tous.
Je vous spoile la fin, les ayants droits ont gagné leur procès et Google qui avait numérisé sans autorisation des oeuvres sous copyrights a du retirer les fichiers en ligne.

Il n’empêche que ce reportage pose de nombreuses questions sur cette base de connaissance universelle qu’une société privée tente de mettre en place.
Dans un sens, c’est une avancée formidable qui permet de mettre à disposition de toutes et tous la connaissance en quelques clics. A contrario, c’est offrir à une société qui n’est pas contrôlée par le citoyen des pouvoirs démesurés sur la connaissance et pourquoi pas la capacité à censurer ce qui pourrait déranger cet acteur privé. C’est d’ailleurs là dessus que s’appuient les ayants droits pour limiter l’expansion de Google, utilisation assez frauduleuse de cet argument lorsque l’on sait à quel point ceux-ci bénéficient d’un magnifique tas d’or qu’ils font grossir grâce à la dictature du copyrights.
Les auteurs qui s’expriment d’ailleurs dans ce documentaire, se rangeant du côté des ayants droits, me rappellent fortement ces témoins artistes marionnettes utilisées à l’époque par les moines copistes des maisons de disque pour dénoncer le téléchargement illégal.

Voici en tout cas le reportage dans son intégralité, long mais riche en enseignement et en réflexions sur ce que pourrait donner notre avenir.

Vous remarquerez d’ailleurs au passage que des transhumanistes se sont glissés dans ce reportage puisque cette gestion des données unifiées sur le réseau est un des chevaux de bataille de cette idéologie politique.

  • The Pirate Bay – Away From Keyboard

Mardi encore et cette fois-ci après le reportage précédent, c’est la diffusion d’un documentaire déjà disponible depuis un certain temps dans les internets et consacré à l’affaire The Pirate Bay.
Un retour complet sur les procédures judiciaires dont ont été victimes les 3 fondateurs ainsi que les différents déboires techniques subis par le site lors des nombreuses interventions de la police pour tenter de saisir les serveurs (d’ailleurs si bien cryptés que les forces de l’ordre ne sont pas parvenus à en tirer quoique ce soit selon le documentaire).

Une nouvelle manifestation de la lutte exercée par le réseau des réseaux contre ces fameux ayants droits bien décidés à essayer de museler la culture en la contrôlant de a à z par des méthodes d’intimidation très inquiétantes. Ce  documentaire, ce sont aussi des moments jouissifs où au cours des différentes auditions, les fondateurs de TPB font preuve d’un humour cinglant afin de souligner à quel point les autorités comme les ayants droits sont à côté de la plaque techniquement comme culturellement pour comprendre l’évolution que le monde est train de prendre depuis la démocratisation d’Internet.

A découvrir en VO sous titrés:

ou en VF pour les flemmards

  • Le Vinvinteur consacré au sexisme

Je l’ai ratée lors de la première diffusion mais merci la télé de rattrapage sur Internet, j’ai pu la découvrir en début de semaine avec la polémique qui a enflé autour.
Pour ainsi dire, je l’ai surtout regardée pour l’interview consacrée à Mar_Lard suite à son excellent billet sur CaFaitGenre traitant du Sexisme chez les Geeks.
Le billet m’avait convaincu, l’interview tronquée bien moins et l’humour douteux de l’émission encore moins. Grosse déception pour une émission que j’avais découvert récemment et qui m’avait enthousiasmé entre autre par le côté décalé du traitement de l’information. La présence de l’excellent Jean-Marc Manach rajoutait à l’engouement que le Vinvinteur m’avait inspiré. Pour le coup, j’ai été déçu par cet humour peu inspiré, bien moins iconoclaste qu’il aurait pu sur un sujet de société pourtant incontournable et souvent mal traité par des médias refusant de reconnaître que le féminisme est une lutte de tous les instants.

Heureusement, l’interview dans son intégralité a été également mise en ligne conjointement à l’émission et a permis de se rendre compte à quel point le cut a été très mal fait.
Des choix éditoriaux douteux qui donnent la sensation désagréable d’une instrumentalisation maladroite de la parole de Mar_Lard, là où elle était surtout là pour parler de sexisme dans le milieu Geek et l’utilisation de termes malheureux pour qualifier des communautés sexistes(« barbus » pour parler d’extrémistes islamistes). Des maladresses s’il en est qui ne donnent pas une bonne image de l’émission là où son objectif fort louable devait être de dénoncer le sexisme à tout niveau de la société, particulièrement dans un climat où l’islamophobie est palpable suite aux divisions menées depuis plusieurs années par un certain partie de droite cumulant à la fois homophobie et xénophobie.

Le débat s’est poursuivi sur Twitter et Tanx_xx comme Florence Porcel ont donné leur avis sur leur blog respectif.

Je vous laisse vous faire un avis. Pour ma part, je vous l’ai donné et je vous laisse découvrir l’interview complète de Mar_Lard:

Vous avez tout suivi?

Parti du libertinage, je suis passé par le partage de la connaissance pour finir par le féminisme.

Le point d’orgue de ces trois sujets, c’est avant tout la liberté des unEs et des autres à s’autodéterminer que ce soit à travers sa sexualité, son genre ou tout simplement le libre accès à la connaissance, condition sine qua non pour vivre libre.
Et c’est assez surprenant de tomber sur ce genre de reportages (bon oublions le premier, voulez vous) au détour de la petite lucarne qui représente sans doute un des outils de contrôle les plus efficaces produits à ce jour.

Dans une société où les libertés sont en constant recul au service de la nécessité de sécurité, il y a toujours plus de raisons de se révolter et de se mobiliser et c’est important de communiquer à travers de tels documentaires capables de générer la réflexion, le débat et la prise de conscience.

En attendant, prenez la pilule rouge (référence aux Dégenreuses 😉 )  et découvrez  la matrice sous un autre angle :

red-pill