William-Gibson-NeuromancienIl y a parfois des carences à combler et je l’ai fait récemment en me plongeant dans l’univers sombre et dystopique de la Conurb décrite dans Neuromancien de William Gibson.

Ce monument cyberpunk que l’on m’avait maintes fois recommandées a influencé de nombreux médias, jeux, créations par la suite grâce à ces termes inventés sur le tas mais diablement visionnaires. Cyberespace est d’ailleurs un de ces mots que nous reprenons à présent largement sans savoir que son papa n’est autre que William Gibson.

Rentrons donc dans le pitch.

L’intrigue se focalise sur un anti-héros (la patte de Gibson), Case, cowboy du cyberespace, hacker génial à qui l’on a coupé les ailes parce qu’il a tenté de doubler son dernier employeur.
Les hackers de cet univers dystopique se connectent au cyberespace par une prise neuronale et des électrodes permettant de virtualiser la matrice et d’y naviguer librement à travers une expérience sensorielle tout simplement extraordinaire. Ils piratent les données des multinationales ou d’autres utilisateurs en traversant des GLACE (ICE dans la langue de Shakespeare) à l’aide de brise-GLACE, ce terme étant l’acronyme de Générateur de Logiciel Anti-intrusion par Contre-mesures Électroniques.

Cela ne vous rappelle rien?

Netrunner oui et du coup Android: Netrunner qui se sont largement inspirés de la terminologie de Gibson pour générer leur propre univers finalement assez proche de ce que l’on trouve dans Neuromancien.

Mais revenons à nos moutons.
Case a doublé ses employeurs et ceux-ci se sont vengés en introduisant en lui une neurotoxine qui l’a privé de toute possibilité de se connecter à la matrice. Cloué à Chiba dans la Conurb, il vit de petits trafics, passe l’essentiel de son temps camé jusqu’à qu’il fasse la rencontre d’Armitage, un homme d’affaire louche au passé des plus troubles mais qui lui propose en l’échange d’une passe (une intrusion dans les serveurs d’une méga-corporation) de lui rendre l’accès à la matrice.

Plus ou moins contraint, Case va accepter l’accord et se lancer dans une aventure qui dépassera de loin toutes ses attentes…

L’écriture de Gibson est dense, il faut l’avouer.
Je l’ai lue en français et je me dis que ça vaudrait le coup de s’y replonger en anglais pour apprécier l’oeuvre dans sa langue originelle.
Il n’empêche que le niveau de langue de la traduction est soutenu et demande une attention durant les 50 premières pages pour bien acquérir ces mots que Gibson créé pour générer son univers et permettre une immersion totale à son lecteur. L’écriture a quelque chose de très sensuelle puisqu’elle fait appel à tous les sens du lecteur, renforçant ainsi le côté immersif de l’oeuvre.

Peu à peu, le lecteur plonge au côté de Case et découvre ce monde terrifiant où un capitalisme effréné a fini de mettre à genoux l’humanité dans une course technologique folle.

Les personnages sont profondément attachants, chacun avec leur caractère et j’avoue que j’ai été fortement impressionné par le personnage principal féminin du roman: Molly.

De prime abord, elle apparaît comme une chasseuse de prime, enchaînée par on ne sait quel contrat à Armitage.
La relation de complicité qu’elle va développer avec Case au fil de l’intrigue permet à Gibson de donner une grande profondeur à ce personnage en apparence froid et mécanique.
Sans rentrer dans les détails, je dirais que c’est appréciable de constater que dès 1984, des auteurs étaient capables de créer des personnages féminins indépendants, ne répondant ni aux clichés de la princesse à sauver ou de la vamp perverse manipulatrice. Elle est forte, sait ce qu’elle veut, assume sa sexualité et ne se révèle pas moins humaine sans pour autant être réduite à son genre.
Gibson a parfaitement saisi le potentiel d’affranchissement du genre dans le monde cyberpunk à travers ce personnage (et d’autres du roman), ce qui souligne d’autant plus la fusion transhumaniste opérée dans cet univers.

Cette oeuvre est une grosse baffe de début d’année pour moi et, si vous ne l’avez pas déjà exploré, je vous recommande de vous y plonger de toute urgence.

En aparté, le championnat de France d’Android: Netrunner approchant à grand pas (c’est quand même le 8 mai), je n’ai pas pu m’empêcher de rendre hommage à William Gibson et son Neuromancien dans ce billet à destination de la communauté de Run4Games.

Vous l’aurez compris, c’est définitif, dystopie, je crie ton nom😛