Cloud_AtlasJ’en parlais dans ma critique d’Oblivion: il fallait que je vois rapidement Cloud Atlas, simplement parce que j’avais été bluffé par la bande annonce.

Celle-ci me rappelait, allez savoir pourquoi, des films tels que Café de Florel’Effet Papillon ou l’Armée des 12  singes, de petits bijoux dissertant sur la force des coïncidences et de leur répercussion sur l’avenir.

Qui plus est, une des séquences faisait furieusement cyberpunk et vous connaissez ma marotte pour ce type d’univers dystopique. Cela aurait été dommage de passer outre.

Seul bémol, la durée du film qui m’a un peu fait peur. 2h50, cela présumait de probables longueurs avec des temps morts débilitants.

Et pourtant…

Déjà, commençons par la bande annonce:

5 minutes de bonheur qui représente à peine les 2h50 d’une réalisation porteuse d’un message dense et bouleversant.

Avant de rentrer plus en profondeur dans la présentation de ce chef d’oeuvre, redéfinissons le contexte.
Cloud Atlas, à la base, c’est un livre éponyme de David Mitchell publié pour la première fois en 2004.
Le film s’en inspire largement même si certains détails divergent, ce qui n’est de toute façon pas le propos du billet.

L’oeuvre littéraire est portée à l’écran par Andy et Lana Wachowski qui coréalisent le film au côté de Tom Tykwer.

Le synopsis nous dévoile 5 histoires entre-mêlées allant du 19ème au 23ème siècle.
Chacune de ces séquences sont connectées à l’autre par de nombreux détails que je ne dévoilerai pour vous laisser la surprise de la découverte et de la recherche.
Et le talent des réalisateurs se manifeste à travers la structure donnée à la narration puisque les histoires se mêlent les unes aux autres par d’habiles sauts et fondus qui participent à l’immersion du spectateur dans le motif général de l’histoire. Ce qui peut sembler se révéler très confus au départ gagne en structure et en logique à mesure que la trame générale se dévoile.

CLOUD ATLASCette trame est renforcée par le casting minuscule du film puisque la plupart des acteurs interviennent tout au long des 5 séquences dans des personnages différents mais aux rôles presque identiques puisque chacun garde son « camp ». Par exemple, Hugo Weaving, le fameux agent Smith dans Matrix ou Red Skull dans Captain America, joue encore une série d’opposants aux héros/protagonistes des différentes séquences et se révèle profondément jouissif dans sa capacité à incarner un establishment volontairement oppressant et réactionnaire. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

Les mots me manquent pour vous faire passer toute l’émotion que j’ai ressenti dans ce film volontairement militant qui ne risque pas pour autant de remplir les salles, malheureusement.

Le format long ne gène pas à un seul instant tant l’histoire est immersive et que l’on se sent porté par le message volontiers libertaire de l’oeuvre.
L’amour, comme la liberté sont au centre du discours du film et prennent toute leur force à la fin du film lorsqu’un des héros affirme avec force contre un des représentants de l’establishment que cette océan contre lequel une goutte ne peut lutter est justement composé d’une infinité de gouttes qui elles peuvent faire changer le cours de cette océan.

Apprendre de ses erreurs et aller au delà, voir qu’une action isolée peut engendre dans le futur un changement profond dans la société et dans le monde.
C’est le message poignant et prenant de Cloud Atlas, qui rappelle à quel point les actions individuelles et le militantisme sont importants pour défendre nos droits, nos libertés et notre humanité contre une apathie grandissante, un cynisme effrayant, qui brisent et nous confisquent nos rêves et notre capacité à ressentir, à être tout simplement.

Cloud_Atlas_Robert_Frobisher

Bien entendu, s’il y a bien un univers que j’ai préféré, c’est bien le tournant cyberpunk où Sonmi-451, héroïne révolutionnaire malgré elle, provoquera une révolution qui balaiera un monde dystopique où les êtres humains sont enchaînés de la plus vile des façons à des consortiums économiques et financiers dépourvues de toute humanité. C’est beau, bouleversant et porteur d’espoir pour peu que le message soit entendu.

Parce que fondamentalement, j’en ai voulu au public dans la salle, à ses réactions stéréotypées et fermées d’esprit.
Parce que le travail fait sur les acteurs et leur transformation étaient proprement fabuleux. Parce que la transphobie se fait ressentir jusque dans la salle de cinéma quand Hugo Weaving apparaît magnifiquement grimé en infirmière Noakes, sadique à souhait, les rires mal à l’aise fusent malgré eux. Le personnage prête à rire pour certain-es alors qu’il est simplement authentique. D’autres scènes vont également attirer les rires du public, des éclats manifestes d’un malaise par rapport aux images montrées, aux messages portés d’une profondeur dérangeante pour des sociétés qui ne voulant pas se remettre en question ont fini par dépérir.

CLOUD ATLASLa question de l’homosexualité est d’ailleurs évoqué dans un des récits et rappellent à quel point l’homophobie est prégnante dans de nombreuses sociétés, ce qui est d’autant plus d’actualité avec l’adoption toute récente du mariage pour tous dans un climat délétère d’homophobie clairement manifestée.
Cloud Atlas a tout du film incontournable, du grand film à revoir plusieurs fois pour en saisir toutes les subtilités pour réaliser à quel point son discours est féministe, égalitariste, ouvert sur le monde, l’acceptation d’autrui et la liberté, en totale opposition des sociétés visant le contrôle de l’individu au profit d’une oligarchie folle.

Et j’oublie de parler des musiques et de son thème lancinant qui prend au corps, retentissant tout au long de l’intrigue, porteur d’espoir là où il ne semble plus y en avoir pour ces gouttes perdues au milieu de ce maelstrom fou. Nos vies ne nous appartiennent plus et pourtant elles ont le pouvoir d’influer sur le monde d’une manière bien plus profonde que l’on ne pourrait l’imaginer…

Oui, Cloud Atlas dérange et c’est pour cela que je vous recommande de le voir au plus vite.

Qu’en avez-vous pensé pour celles et ceux qui l’ont vu?