LOL-CATVoilà quelques temps que je n’avais pas écrit de billet d’humeur sur le blog (et de billet tout court en fait😛 ), l’inspiration n’étant pas là et l’apathie du monde m’ayant quelque peu gagné ces derniers temps.

Au détour de mes pérégrinations de flux rss, je suis tombé sur ce billet de Maïa Mazaurette sur Sexactu.
Outre quelques documentaires cités qui prêtent à sourire, celui sur lequel la blogueuse/auteure attire notre attention a été diffusé sur France 3 et traite de la misère sexuelle au Japon ou l’état dit de « sexless ».
53 minutes passionnantes sur la dérive du sexe devenu objet de consommation pur et dur:

Au lancement de ce blog, je m’insurgeais déjà sur l’orientation consommation sexuelle qui se profilait dans nos sociétés occidentales soit-disant avancées.
Ce documentaire ne fait qu’enfoncer le clou sur la course au plaisir et à l’instrumentalisation de l’autre dans une approche purement égoïste tout en posant des questions pour le moins intéressantes.

Parlons déjà de la pornographie évoquée tout au long du reportage. Cet outil masturbatoire est présentée comme un échappatoire pour nombre d’hommes japonais désirant se faire avant tout plaisir sans se préoccuper d’un partenaire qui pourrait avoir des attentes. Nous sommes directement dans cette objectivation que je décrivais dans ce billet sur le porno. L’autre n’existe plus, est nié, au profit d’un élan masturbatoire égoïste et constant pour fuir une société créant de la frustration tant dans la vie personnelle que professionnelle. Cette fuite en avant peut faire sourire mais n’est-il pas au final plus simple de consommer du porno plutôt que de se confronter à l’autre avec ses qualités et ses défauts dans l’idée de nouer une relation qui demandera de la patience, de l’engagement mais aussi un renoncement partiel à des libertés pour vivre ensemble?

Cette logique égoïste de plaisir immédiat découle implicitement d’une société de consommation devenue folle où chaque individu est un enfant roi au demeurant qui pique une crise s’il ne peut obtenir ce qu’il exige de l’autre sans se soucier de ses réactions, l’essentiel se situant dans la satisfaction du plaisir immédiat.

L’un des intervenants immédiats dans le reportage explique ainsi qu’il préfère faire appel à des professionnelles pour satisfaire ses fantasmes et ses plaisirs masturbatoires. Il refuse la pénétration et prétexte la fatigue pour ne pas faire l’amour avec sa compagne car l’idée de devoir se soucier du plaisir de l’autre lui semble insurmontable quand il n’est là pour ne satisfaire que ses pulsions. Dans un sens, cette tendance tant au Japon qu’en occident est largement encouragé avec la notion que l’argent permet de s’offrir en un clin d’oeil tout ce qu’il faut pour satisfaire ses moindres besoins au point que la sexualité est devenue un besoin au même titre que manger, boire ou dormir. Pouvoir « baiser » sans avoir à s’intéresser à ce que ressent l’autre. La relation sexuelle sans l’aspect relationnelle, juste du plaisir à assouvir égoïstement dans sa bulle déconnectée du monde.

Cette bulle me fait penser à ce billet que j’ai lu chez Romain Jammes sur son blog L’art et la manière (que je vous conseille de parcourir tant il contient des idées intéressantes sur tout un tas de sujets).
L’auteur développe l’idée que nous ne savons plus vivre ensemble dans la ville. Chaque espace devient privé, circonscrit l’autre à une « prison » qui ne doit surtout pas violer en osant faire du bruit ou manifester le moindre signe de vie qui pourrait troubler le voisin. Des bulles égoïstes déconnectées de toute chose qui profitent à des sociétés privées qui construisent ces îlots de solitude afin de rendre captif tout un chacun des structures étatiques et privées toujours plus inhumaines.

C’est ce qui ressort de ce documentaire sur la misère sexuelle japonaise. Cette isolation que nous acceptons peu à peu car nous refusons de nous mettre en danger en renonçant à certaines libertés (qui n’en sont finalement pas) pour nouer des liens sociaux avec autrui. Ces liens sociaux, qu’ils soient amicaux, amoureux ou simplement sexuels, demandent de considérer l’autre comme un individu dont il est indispensable de se préoccuper de ce qu’il ressent. Sauf que nos sociétés actuelles et plus simplement nous (puisque nous sommes les composantes de ces sociétés) refusons ces compromis demandant de vivre ensemble. Plus simple de consommer, de dévorer, de nourrir ce puits d’avidité consumériste que de se rendre compte que nous passons à côté de l’essentiel, obsédés par une liberté qui ronge peu à peu en nous toute forme d’humanité.

Plus inquiétant encore, c’est la manière dont les hommes comme les femmes se perçoivent dans ce maelstrom d’hyper-sexualisation matraquée par l’industrie du sexe.
Perception de clichés au limite de la pédophilie pour les femmes qui tentent par tous les moyens de ressembler à ces poupées adorées par ces messieurs. Cela n’est pas si éloigné de la manière dont le porno hétéro cisgenre influence la manière de voir le corps des femmes. Les injonctions pleuvent sur les femmes qui tentent de les adopter pour continuer à générer le désir chez ces hommes qui recherchent avant tout à satisfaire leurs pulsions de mâles déchus puisque ceux-ci semblent se considérer comme étant les victimes de ces femmes qui ont pris le pouvoir. L’on ressent une forme assez effrayante de « male tears » pauvres victimes de féministes enragées, castratrices et hystériques (les clichés ont la peau dure…)

Pornographie et sexdolls  sont ainsi représentées dans le reportage comme des outils pratiques permettant au mâle qui se sent émasculé de sa virilité (mais de quelle virilité parle-t-on vraiment?) de retrouver sa domination sur la femme puisque la poupée plus vraie que nature (no comment) est bien mieux qu’une vraie femme selon le concepteur. Je dois dire que cela me hérisse le poil puisque cela renforce cette objectivation du corps humain au service du plaisir immédiat d’autrui.

Ce n’est pas pour autant que je rejette le porno, les sextoys, l’érotisme ou tout simplement la notion de libertinage.
Dirty Diaries est l’exemple même d’une pornographie repensée loin du regard du mâle hétéro cisgenre qui ne voit la bisexualité ou le lesbianisme qu’à travers un prisme déformant honorant son phallus omniprésent. Courtney Trouble, Virginie Despentes et bien d’autres réalisatrices sont là pour apporter une vision alternative de la pornographie vécue bien loin des diktats d’un patriarcat aliénant à tous les niveaux.

Car je pense que ce sont des moyens de libérer les corps et les esprits dans la mesure où ce ne sont pas des substituts à la relation amoureuse/sexuelle.
Ces aspects de la sexualité doivent à mes yeux rester des outils à utiliser avec discernement pour ne pas se déconnecter de l’autre et se perdre dans une autosatisfaction onaniste débilitante. Se masturber pour soi, c’est très bien. Cela permet de se reconnecter avec son « moi » intérieur tout découvrant sa sensualité mais ce n’est pour autant que cela doit devenir une masturbation pathologique visant à évacuer un mal être ou une souffrance liée à un monde qui évolue toujours plus loin dans la destruction de l’individu comme acteur de changement de la société.

Ce reportage touche à une question tabou chez de nombreux individus qui se sentent jugés dans ce que beaucoup qualifierait volontiers de perversion. Fait frappant, l’un des consommateurs de services sexuels reconnait qu’il ne voulait pas en parler avec sa copine, de peur de la choquer parce que c’est bien connu que les hommes sont des queutards obsédés et les femmes des princesses sainte-nitouche… ou pas…
De fait cette question rappelle l’importance d’un dialogue ouvert dans le couple jusque dans les questions d’ordre sexuel afin de dépasser ces désirs que l’on peut rationaliser mais aussi explorer à deux ou plus sans pour autant menacer l’autre d’une avidité démesurée. Remettre en question cette hyper-sexualisation menée tambours battants par les industries du sexe, c’est sans doute s’interroger sur notre humanité et notre capacité à faire abstraction de notre moi devenu trop envahissant au profit de l’autre. Le moi se referme sur lui-même pour se faire plaisir exclusivement sans penser à la richesse qu’autrui peut lui apporter et tout est fait pour encourager cet enfermement que nous acceptons de plus en plus docilement à tous les niveaux.

A nous de faire bouger les lignes, de casser cette routine de la solitude imposée comme force et mode de vie exclusif pour aller vers les autres et nouer des relations basées sur l’ouverture d’esprit et la compréhension.