lolcatCette vision en fleur de lotus me hante depuis des mois au point qu’aujourd’hui, enfin, ces mots viennent s’incarner sur l’espace numérique, aux yeux de toutes et tous comme une exploration personnelle de la psyché humaine dans ce qu’elle a de plus intime.

Passons cette introduction quelque peu compassée pour rentrer dans une vision philosophique de l’esprit libertin, une approche de vie qui se définit à mes yeux au delà de la simple passion consumériste des corps qu’est devenu un aspect du libertinage.

Se définir comme libertin(e) à l’heure actuelle consiste essentiellement à nourrir l’image fantasmée et erronée d’une personne à la vie dissolue baisant ici et là sans jamais se préoccuper de la viande baisée…

Si loin de cet esprit des lumières qui se nourrissait de sapience dans une approche transgressive de l’esprit et des corps…

Pour un homme aspirant à la liberté, aux conventions brisées et se reconnaissant dans un féminisme pro-sexe assumé, tout en cultivant une fascination profonde pour l’anarchisme et l’auto détermination de l’être humain, le libertinage consumériste constitue une triste dérive d’un libéralisme sexuel transformé en un vaste supermarché des fantasmes pornographiques hétérocentrés mainstream à réaliser.

Pour reprendre la formule consacrée d’un certain publicitaire qui aurait mieux fait de se taire: si à trente ans, tu n’as pas réalisé ton trio 2 femmes 1 homme, tu es has been et tu ferais bien de remettre en question ta sexualité.

Le milieu libertin tel que je l’observe est un agrégat poussé de personnes dont les fantasmes ne leur appartient plus tant leur récurrence voire obsession devient le point nodal d’une quête effrénée et souvent stérile d’un plaisir sexuel égoïste. Tristement, il ne s’agit plus de rechercher une rencontre, un regard, des esprits habitant des corps se donnant rendez vous pour marcher sur les chemins de la transgression sensuelle et spirituelle mais juste de s’arroger le droit de transformer autrui en sextoy dévoué à l’alimentation brute de son fantasme impersonnel.

Pour citer ce que je considère comme un des meilleurs films de ces cinq dernières années (Cloud Atlas pour celles et ceux qui pioncent près du radiateur😛 ), un réel esprit libertin pourrait trouver un embryon de définition par ces mots:

Robert Frobisher : Toute frontière est une convention qui attend d’être transcendée. Une convention peut être transcendée pour peu qu’on conçoive que c’est possible.

  • Ben Whishaw, Cloud Atlas (2012), écrit par Andy et Lana Wachowski et Tom Tykwer

Car se définir libertin, c’est réinventer ce code au delà des règles, être un briseur de convenances et quelque part accéder à ce « hack » des esprits des corps, se perdre un instant dans cette spirale sensuelle pour saisir au vol ce sens de l’esprit libertin que je vis comme un chemin d’hérésie dans le jardin de la norme omniprésente et étouffante.

Observer le libertinage actuel, c’est découvrir que je suis finalement très loin de ce milieu, que je n’y appartiens pas, puisque je ne définis pas mon esprit libertin par un ensemble de pratiques codifiées et finalement remarquablement restrictives.
La personne « golden star » du libertinage se veut échangiste car troquer son partenaire est la quintessence du libertinage pour beaucoup, le moment qui serait transgressif là où il est devenu une nouvelle norme étouffante, graal dévoyé d’une quête d’une sensualité où l’autre est objectivé afin de permettre l’accès à un corps inconnu sans remettre en cause le couple hétérocentré dont la sexualité ne s’articule qu’autour de la sacro sainte pénétration.
Monsieur dans Madame, les moutons seront bien gardés et l’intégrité de l’orientation hétérosexuelle de chacun(e) sera conservée.

Par essence, mon esprit libertin s’affranchit du genre dans l’expression de son désir comme de la norme esthétique.
Une courbe masculine peut tout aussi bien attirer mon regard, mon attention, comme une courbe féminine sans doute parce qu’au delà du corps, il y’a un réel intérêt humain et, bien moins qu’un corps, il y’aura la nécessité d’une alchimie intellectuelle, une nourriture de l’âme dans une approche purement sapiosexuelle.

Et l’on comprend sans doute le fossé existant avec le monde libertin actuel qui se révèle profondément homophobe et incapable d’exister au delà d’un concept phallocentré mettant au centre d’une sexualité libertine la pénétration d’un orifice par un phallus. Car ne nous leurrons, la bisexualité masculine commune vécue dans cette communauté se veut passive ou active. Pénétrant, pénétré, toujours cette logique liant les mille pétales d’une sexualité exploratrice qui se veut axé autour d’une complicité sensuelle et d’un partage de plaisir.
Être bisexuel(le) dans le milieu libertin, c’est souffrir d’une biphobie collante et insidieuse.
Deux femmes partageant des moments de sensualité ne le feraient qu’en guise de préliminaire à un trio avec un homme…
Car le phallus est pour beaucoup le mètre étalon dans ce qui est une sexualité acceptable et normée.

Nous nous trouvons bien loin de l’esprit libertin qui s’affranchit des limites sociales et s’il y’a bien un lieu où ces limites sont un lieu de luttes pour la liberté de jouir comme on l’entend, sans entrave ni norme, c’est bien dans la sexualité.

Je dépeins un portrait assez sombre de ce qu’est devenu ce milieu, de cette dégradation vers un marketing du sexe promettant monts et merveilles à des hommes et des femmes désirant s’encanailler sans se mettre en danger dans leur vision de la sexualité. C’est là où une chimère, une erreur a vu le jour car, avoir un esprit libertin, c’est se mettre en danger : cela demande de déconstruire ces normes, ces routines, les remettre en question pour dépasser les murs sociaux et toucher du bout des doigts sinon embrasser l’esprit de l’autre dans ce qu’il a de plus primal.

Il n’y a pas de libertinage de façade, c’est une philosophie de vie, que l’on choisit d’emprunter pour « hacker » ce que l’on appelle sensualité et qui nous relie aux autres avec intimité, partage, écoute et communication. Le sexe n’en devient qu’un des multiples vaisseaux sans en être le point d’ancrage unique.
Avoir l’esprit libertin m’a offert la chance de rencontrer des personnes extraordinaires, fascinantes, déroutantes et perturbantes. Des amitiés, des « amours », des êtres avec qui j’ai partagé beaucoup, auprès de qui je nourris mon esprit avec un délice purement sensuel et dans ce respect, cette vertu d’humanité qui participe à définir ce qu’est mon esprit libertin.

Pour compléter cette réflexion (qui fait presque office de multi coming out en quelque sorte), je vous encourage à parcourir ces trois blogs, qui sont, pour moi, source d’inspirations comme de réflexions:

  • Les Fesses de la Crémière où Audren Le Rioual  nous livre ses réflexions sur cette liberté de corps et d’esprit, sur l’infidélité, sur la jalousie qui viennent pourrir si souvent les relations de couples normées.
  • Histoires d’amours plurielles où vous trouverez de nombreux témoignages sur le polyamour, le libertinage et cette vision alternative de la sexualité. Un blog conduit par la sémillante Abby qui y pousse un contenu de qualité et authentique.
  • Libertinage à Paris Camille, libertine assumée, nous dévoile sa philosophie libertine et dénonce les dérives du monde libertin actuel avec une plume aussi acérée que pertinente.

Bonne lecture!🙂