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Typewriter console by Spacefriend-T artwork by Tazio Bettin

Deus Ex Machina, Ex Nihilo ou encore Le Monde pour Ennemi.

Ces trois  titres vous disent peut-être quelque chose.

Si ce n’est pas encore le cas, suivez le lapin blanc (enfin les liens ^_^) et vous en saurez déjà sûrement plus.

J’aime le cyberpunk, eu égard beaucoup de liens mais aussi mes contributions via Pirastim aux nouvelles dans ce type d’univers.

Je vous livre ici une expérience toute personnelle de micro-nouvelles, en format épisode que vous pouvez lire d’un coup ou de manière indépendante ! Le premier opus, 46 seconds, peut être lu par ici !

A vous de me dire ce que vous en pensez et de partager autour de vous si cela vous plait !

Bonne lecture 🙂

Jonas s’étira longuement, bailla et reprit position devant son clavier virtuel. L’horloge digitale égrainait les secondes si lentement qu’il se demandait quand cette journée se terminerait. Pour un écrivain, rien n’était pire que de se retrouver confronté à l’écran blanc.

BLANK SCREEN

Des heures déjà qu’il retournait en long en large et en travers son sujet sans parvenir à le saisir. Son regard dériva loin de l’hologramme en suspens désespérément vide de toute écriture. Le vaste loft qu’il occupait dans le centre ville paraissait si vide.
Quelques semaines auparavant, il la voyait encore qui dansait et chantait au milieu de leur espace salon. Où était-elle à présent ?

Il ne comprenait pas comment Elsa pouvait se payer tout ce qu’elle ramenait chaque jour. Ses sourires valaient toutes les concessions et Jonas ne voulait pas savoir. Il se recroquevillait sur son bonheur assez commun d’écrivain sur espace virtuel décentralisé. On le payait à la pige et il écrivait encore et encore sur des sujets toujours plus accrocheurs, toujours plus racoleurs.

Le dernier en date relatait l’intrusion menée en 46 secondes par  un pirate informatique que la police prédictive n’avait pas vu venir. Le sujet faisait chou gras. Son article cliquait si bien que son compte en banque continuait de gonfler.

Il soupira bruyamment avec  personne pour l’écouter et se remit à fixer avec morosité son écran tristement blanc.

Jonas aimait par dessus tout ne pas savoir. La vérité le dérangeait au plus haut point et un habile mensonge le confortait dans cette douce sensation que le monde ne pouvait le blesser.

FUCK ME

Ces deux mots devaient bouleverser son univers monotone  et rassurant. Un message vocal reçu par erreur sur son interface de communication personnelle. Une voix grave, presque chaleureuse, inquiétante. Jonas savait retracer les appels et son interlocuteur inattendu n’avait pris aucune contremesure de sécurité pour effacer ses traces. L’empreinte vocale trahissait des origines hispaniques et Jonas se persuada de l’avoir déjà entendu quelque part. Il s’agissait d’un de ces jours où Elsa disparaissait sans laisser de trace avant de revenir fatiguée et affaiblie par une journée qu’elle ne voulait jamais raconter à Jonas. Il ne posait pas de questions et ne voulait de toute façon pas savoir.

Il dépouilla la bande et, après une recherche approfondie, pensa identifier l’auteur de ces deux mots : Jamirez  Jenkins. Le directeur de la police prédictive de Neo Philadelphia incriminait avec véhémence les médias dans l’affaire des 46 secondes. Leur intervention inopportune aurait offert des informations au pirate, entraves parfaites au travail généralement sans bavure des prédicteurs.

Malgré ses multiples sollicitations, Jenkins n’avait jamais donné suite aux demandes répétées de Jonas qui bouclait son article.

Quelques clics plus loin, l’écrivain intrigué découvrait que la destinataire réelle du message était Elsa.

YOU’RE MY SLAVE

Jonas n’aurait pas du. A trop vouloir savoir, l’on perd tout. En quelques instants, sa vie volait en éclats. Ce qu’il rêvait d’Elsa se dissipait avec cette phrase prononcée par une voix féminine qu’il ne pouvait que reconnaitre. Elsa laissait parfois son interface de communication personnelle ouverte et, appâté par la curiosité, Jonas avait accédé à ses échanges avec Jamirez Jenkins.

Il la payait. Elle le soumettait et le faisait jouir de la manière la plus infâme qui soit. Jonas frissonnait à l’idée de ces pratiques sexuelles proscrites par la loi. Personne ne devait pénétrer un homme. A quoi donc s’adonnait Jenkins ainsi ? Et avec sa compagne.

CUM IN ME

Ce  dernier message envoyé par Elsa finit de rendre fou Jonas. Comment pouvait-elle demander à ce porc de jouir en elle ?

Alors qu’elle  se refusait si souvent à lui. Il n’écrivait plus aussi bien depuis qu’elle le boudait et il comprenait à présent pourquoi. Il ne payait pas assez cher, lui. Juste un pigiste moins que rien, incapable de lui offrir tout ce que Jenkins lui donnait avec ses crédits de directeur de la police prédictive de Neo Philadelphia…

Elle avait quitté l’appartement en larmes, emportant le peu d’affaires qu’il n’avait pas balancé aux ordures. Il y a deux semaines…

Pris de remords, Jonas la chercha partout… en vain… Volatilisée… Il hésita à contacter Jenkins mais sous quel motif.

WRITE IT

Jonas cligna des yeux. Ces lettres venaient de s’afficher sur son écran scintillant. Un lien vers des fichiers s’afficha dans la fenêtre. Sans trop savoir pourquoi, il cliqua. Et il vomit. Une vidéo de courte durée… Elsa pénétrant un homme, ce  dernier jouissant abondamment sur les seins de la jeune femme…

Et le message lapidaire :

Écris pour moi cette histoire et je te paierai grassement. J.

Les doigts de Jonas glissèrent sur le clavier virtuel et les lettres défilèrent à toute allure sur l’écran, encadrant la vidéo d’une histoire pas si rocambolesque que ça. Le visage de l’écrivain exprimait un mélange d’exultation et de revanche…

Lisez la suite !