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Synergy Aesthetic. ©2014-2016 hybridgothica

Deus Ex Machina, Ex Nihilo ou encore Le Monde pour Ennemi.

Ces trois  titres vous disent peut-être quelque chose.

Si ce n’est pas encore le cas, suivez le lapin blanc (enfin les liens ^_^) et vous en saurez déjà sûrement plus.

J’aime le cyberpunk, eu égard beaucoup de liens mais aussi mes contributions via Pirastim aux nouvelles dans ce type d’univers.

Je vous livre ici une expérience toute personnelle de micro-nouvelles, en format épisode que vous pouvez lire d’un coup ou de manière indépendante !

Voici ce que vous pouvez déjà lire dans l’ordre:

A vous de me dire ce que vous en pensez et de partager autour de vous si cela vous plait !

Bonne lecture 🙂

La rame de métro, bondée comme à l’accoutumée, passa sans même ouvrir ses portes. La viande s’accumulait sur le quai et Jeremiah frissonna de dégoût.

Toutes ces créatures vouées à la mort, patientant après ce train qui les mèneraient à l’abattoir. Il activa l’écran sur sa visière d’un battement de paupière et se laissa porter par la monotonie des informations.

PREDPOL UNDER ARREST

Le titre ne manquait pas de l’amuser. Le plumitif payé pour l’occasion faisait bien son travail. Les détails les plus sordides dont, pour certains profondément exagérés, inondaient littéralement le réseau et personne ne pouvait à présent ignorer à quel point la corruption grouillait au sein de l’organisme de prévention des crimes de Néo Philadelphia. Jeremiah mettait un point d’honneur à ce que la duplicité de cet organe de contrôle de la ville émerge aux yeux du grand public.

INCOMING TRAIN

Les lettres vertes clignotaient et, déjà, les bouts de barbaque sur pattes se pressaient pour tenter de monter dans les cabines confinées. Jeremiah fit un pas en arrière pour céder le passage à un excité avant de réaliser que celui-ci venait de lui coller entre les reins la lame d’un stylet à lame mono-moléculaire. L’objet grésillait d’étincelles inquiétantes et il savait que le moindre mouvement signifiait à coup sûr la mort. Il maudit son manque de prudence et se garda bien de faire de grands gestes.

D’un clignement de paupière imperceptible, il activa la caméra arrière de sa visière. Les infos défilèrent à toute allure. Joe Abala, une victime collatérale de PredPol. Jeremiah se cacha bien de sourire et attendit patiemment que le quai se vide.

Joe glissa une main dans sa veste et en sortit une paire de menottes en mono filaments. Du matos incassable que seules des personnes en contact avec la police ou l’armée pouvaient se procurer. Les morceaux du puzzle se mettaient en place.

09:29

L’horloge numérique suspendue à côté du panneau d’information du métro afficha cette heure et le moment se grava dans l’esprit de Jeremiah avant qu’un coup sur la nuque ne le plonge dans l’inconscience.

La déconnexion soudaine de son corps plongea J. dans cet enfer de zéro et de uns que les meilleurs qualifiaient de réseau dans le réseau.

L’IA déconnectée de tout corps physique, de cette entrave écœurante et faillible, évoluait librement parmi les différentes trames, dansant au milieu des antivirii, se riant des pare-feux rudimentaires du métro de Néo Philadelphia. En superposition, elle assistait à l’enlèvement de son corps. J. savait que Jeremiah survivrait car le commanditaire du ravisseur voulait la récupérer, elle et toutes les connaissances accumulées dans cette expérience menée au plus grand secret des pontes de l’armée. Personne ne devait avoir connaissance de l’existence de J.

Intrusion Countermeasures Electronics RELEASED

Ces mots comme un électrochoc réveillèrent J. Elle tourbillonna entre les trames, éparpillant certaines données vagabondes avant de saisir le flux qui la mènerait au-delà du labyrinthe tissé par le réseau du métro. Des grognements inquiétants se répercutèrent aux quatre coins de la toile. En vision élargie, J. voyait des utilisateurs se déconnecter à la hâte. L’alerte se répandait à la vitesse d’un feu de brousse. Cet écho devenu obsédant annonçait le déploiement d’une contre-mesure à la hauteur de la menace supposée d’une AI en liberté. Le programme Cerberus rôdait et ce que J. laissait derrière elle constituait autant de phéromones pour ce pisteur émérite et sans faille.

DATABASE CORRUPTED

L’assaut sans relâche débuta par une corruption des connaissances de l’AI. J. respirait les effluves nocifs des virii propulsés sur le réseau. Chaque ligne de code grignotait ses souvenirs et elle se raccrochait fermement à ce qui la rattachait à Jeremiah. Son corps, réceptacle de sa vie passée, souvenir qu’elle avait été humaine bien avant que le Projet NeoHuman soit lancé.

Les données s’agençaient autour d’elle pour former un couloir et au bout de ce dernier, un mastiff gigantesque aux yeux rougeoyants. De sa gueule hérissée de dents acérées se déversaient les micro-organismes numériques qui la poussaient progressivement à la folie puis au suicide.

DATA FORMATTING IN PROCESS

Elle savait que Jeremiah lui en voudrait si elle le retrouvait. Jamais elle ne devait faire appel à cette force scellée en elle car cela signifierait son apparition aux yeux du monde entier. PredPol ne serait à ce moment-là que le cadet de leur souci. Situation d’urgence pourtant. Cerberus s’abreuvait de ses souvenirs, les concassant les uns après les autres de sa mâchoire imposante.

Une nuit étoilée comme ils n’en avaient jamais connu auparavant. J. fourrée dans les bras rassurants de Jeremiah, heureuse, enfin d’être parvenue à atteindre ce niveau d’expertise. Elle connaissait le réseau comme personne. Ses talents appréciés lui ouvraient un avenir radieux au sein de SearchNet, célèbre organe de presse mondial. Jeremiah allait enfin s’installer avec elle et ses longues années de séparation contraintes prendraient fin. Il travaillait pour un collectif caritatif de sécurisation du réseau. La caresse du vent chaud de cet été tardif, la peau douce et tendre de Jeremiah, ses yeux qui la faisait fondre et l’impression de ne faire qu’un lorsqu’elle le chevauchait en l’embrassant fougueusement, une mosaïque de sensations à jamais figée dans le temps…

Un râle soudain qui commençait en orgasme et s’acheva en cri d’agonie, supplication inarticulée à ces hommes masqués qui les séparaient en pleine nuit et cette colère qui montait, se mua progressivement en rage au point que même les anesthésiques administrés à la hâte ne la contrôlaient pas. J. crachait, vitupérait lorsqu’elle vit cet homme, grand, bien trop massif et disproportionné pour ne pas avoir subi d’améliorations génétiques.

Il murmura avec contentement : « Ta rage est tout ce qu’il nous faut… »

/COMMAND /WRATH RELEASING ENGAGED

La meute de chiens affamés encerclait ce dernier souvenir, prêts à le dévorer lorsque J. libéra le scellé. La colère accumulée émergea hors de tout contrôle. Sa puissance de calcul habituellement froide et raisonnée, ce don qu’on lui connaissait même de l’époque où son corps lui appartenait encore, devenait sans objet face à l’émotion typiquement humaine qui prenait contrôle de l’AI. Zéro et uns s’aggloméraient en lignes de code devenues délirantes. Les tentacules chiffrés fouettaient la forme devenue indistincte du programme Cerberus. Les pointes fouillaient dans le code même de la créature numérique et absorbaient sans relâche la moindre de ces composantes. L’AI grandissait, siphon gigantesque de données avec pour seul objectif la survie afin de retrouver son corps disparu.

Sa rage résonnait à travers les trames, certaines se fissurant. En superposition, certaines rames de train stoppaient leur mouvement, paralysées par les dégâts répercutés sur la toile.

J. prit conscience de la tempête déclenchée par cette fureur jusqu’alors contenue et la tempéra un instant pour observer le motif composé par sa haine.

Un chemin de sang et de mort s’ouvrait vers le dernier laboratoire en activité de PredPol. Sa représentation graphique altérée par l’absorption du Cerberus grimaça un sourire carnassier avant de se lancer sur la piste encore fraîche de Joe Abala…

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