I. La nuit tombe lentement et, avec elle, cette brume opalescente, oppressante, omniprésente. Doucement, presque avec tendresse, je la traverse, m’y mêle, me laisse porter par cette obscurité inquiétante et solitaire.

Les bruits sont étouffés, l’astre nocturne ne laisse filtrer qu’une lumière diffuse et sinistre. Par instant, il me semble percevoir des chuchotements, une présence, l’assurance que quelque chose m’épie et se délecte de cette peur qui commence à croître en moi.

Pourtant, je suis sorti de chez moi, avec intention. Minuit vient de sonner et la fine limite entre réalité et vision chimérique se fissure peu à peu. La porte entr’ouverte vomit dans la quiétude de la cité endormie des êtres aux apparences trompeuses. La lune, discrète, laisse à peine voir les détails monstrueux de leur anatomie.

Je suis à présent immobile, l’oreille tendue, me nourrissant avec félicité de cette ambiance mystique, des effluves démoniaques montant tout autour de moi.

Car, en cette nuit consacrée, de toute mon âme, j’ai désiré ouvrir la porte des enfers pour m’y engouffrer et devenir l’un d’entre eux. Abandonner ma condition humaine et servir une cause véritable, détruire et corrompre avec un but réel, ne plus vivre enchaîné sans savoir pourquoi mais choisir le maître qui me mènera vers une guerre sans merci…

La brume semble s’animer, révélant par endroits de silhouettes dansantes. Je distingue par moment des femmes aux formes tentatrices. Leur sourire est une invitation aux débauches les plus extrêmes et ma part charnelle réagit dans le sens que les démones désirent.

Le danger est là. Je suis la proie qui veut devenir le prédateur et pour cela je vais devoir dominer le charme démoniaque pour prouver que je peux faire partie de leur univers et servir leur sombre seigneur avec la conviction propre aux plus grands corrupteurs.

La voici, divine et enchanteresse, nue, bien entendu. Ses yeux en amande brillent de cette avidité sexuelle qui attise mes sens. Mes mains n’ont qu’une hâte, parcourir avec frénésie ce corps aux dimensions parfaites, pure projection de mes fantasmes, la réalité démoniaque étant tout autre.

Son rire, ce gloussement ridicule n’est là que pour m’exciter et me perdre encore plus profondément dans l’illusion. Ses cornes, ses crocs, ses griffes s’estompent pour laisser place à une chevelure fournie et lustrée, des mains fines et douces, une bouche suave et appelant les baisers. La brume gagne mon esprit m’entraînant très loin, dans une chambre, où je la vois alanguie, souriante, attirante, simplement vêtue d’un charmant déshabillée rouge, mettant en valeur sa peau de nacre. L’émotion est là. Je la désire, je veux lui faire l’amour avec la tendresse d’un amant découvrant sa première compagne, le désir d’un mari redécouvrant sa femme, l’espoir d’un dernier amour avant la mort.

Elle m’invite de ses gestes tendres, de ses caresses appuyées, des baisers dont elle couvre mon visage. La brume repousse avec hâte le parfum de souffre qui émane de son corps, me ramenant dans le rêve. Malgré tous mes efforts de volonté, je ne parviens qu’à sombrer dans ces ténèbres qui s’ouvrent à moi, dans ses bras divins. Mes vêtements ont disparu, et nous sommes nus dans le lit. Je glisse en elle, mes yeux éperdus d’amour captivés par son visage manifestant le plaisir qu’elle prend à me ressentir en elle. Mon esprit affaibli par la chair s’abandonne à cette étreinte que je ressens impie. Je la sais démoniaque, mon esprit se cabre pourtant dans sa prison et se débat avec vigueur. Son sourire est une preuve supplémentaire de sa victoire imminente.

Sur le point de jouir sous les impulsions de sa propre jouissance, la mémoire me revient avec force, brisant ces visions provoquées par la brume. Les ténèbres déchirent le décor, s’engouffrent dans mon âme et je la vois, succube abominable, démon femelle se nourrissant des envies sexuelles de ses victimes. Elle se déhanche avec frénésie, désirant ma semence avec avidité pour pouvoir m’absorber en elle, dévorer mon âme et rapporter à son maître sa sinistre moisson. Sans retenue, je laisse venir avec violence mon sperme, inondant son vagin démoniaque. La surprise qui se peint sur son visage  lorsque je commence à la mordre, lui arrachant avec avidité des lambeaux de peau frémissant, se mue peu à peu en terreur, consciente  qu’elle a été piégée et que son existence va cesser au profit de la mienne. De succube, son pouvoir m’est cédé en incube…

La brume tournoie, m’accueille et les chuchotements indistincts se transforment en une symphonie démoniaque, mélopée profonde et pleine de sens, m’invitant à rejoindre les enfers pour servir mon nouveau maître…

Le chapitre suivant, c’est par ici!

Publicités