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Les algorithmes dominent à présent nos vies au point que l’on incrimine volontiers nos bulles de filtrages, responsables partiels de l’élection du nouveau président américain Donald Trump.

Cela dit, dans quelle mesure ces mêmes algorithmes ont-ils un impact sur notre vie amoureuse à l’heure du tout numérique ?

Petit retour dans le temps (qui ne va pas me rajeunir au passage ^_^ )

Aux origines : le chat

Je ne parle bien évidemment pas de ce charmant animal à quatre pattes qui fait fondre tous les Internets mais bien de ces chat rooms qui ont bien aidé à populariser la rencontre amoureuse sur Internet. Les plus anciens comme moi penseront à Caramail, Voilà, Wanadoo et autres sites gratuits où l’usage était de se présenter rapidement à l’autre via l’acronyme barbare ASV (Age Sexe Ville pour les plus jeunes qui n’ont pas connu l’Internet du siècle passé).

Il en ressort que nous étions à l’époque dans un environnement assez foutraque où la notion de filtrage et de tri ne permettait pas de faire de recherches  automatisées par affinité.

La révolution Meetic

lolcat_married_chatQuand Meetic arrive sur le marché en 2001 alors que Caramail mourrait de son rachat par Lycos et de l’éclatement de la bulle Internet, c’est le moment parfait pour transformer la rencontre en véritable supermarché où il serait possible de filtrer tous les critères physiques, psychologiques mais aussi politiques pour pouvoir rencontrer la personne correspondant à la perfection à sa liste de course. L’ère des algorithmes approche et se confirme en 2008 avec Meetic Affinity par la  mise en place de questionnaire pour associer au mieux les utilisateurs de la plateforme selon leur centre d’intérêt et leur vision de la vie.

Notons qu’en 2008, AdopteUnMec voit le jour et pousse le cynisme de la rencontre en ligne jusqu’à transformer une partie de ses membres en objets marketing de consommation sous couvert de se faire l’allié des femmes. Je doute que ce sexisme inversée participe à apaiser les relations hommes/femmes sur les réseaux de rencontre, sachant que comme l’adage le souligne, celles qui ne paient pas (entre autre les femmes) restent les produits de ceux qui paient (ici les hommes).

Passons cette digression et intéressons-nous au phénomène d’homophilie appliquée à la sociologie.

Homophilie sociale quand tu nous tiens

Une étude récente menée au Mexique démontrait cet entre-soi volontaire entretenu par les membres d’un groupe. En résumé, les riches restent ensembles, les pauvres aussi et les premiers ont plus d’opportunités de tisser des liens que les seconds, tout cela encouragé par une logique algorithmique implacable. Le principe d’endogroupe et d’exogroupe est encouragé et confirmé par le biais technologique.

Ramené aux sites de rencontres, c’est exactement ce que Meetic Affinity a ouvert comme porte et cela s’est confirmé par la suite avec le fameux mais terrifiant Attractive World qui fonctionne ni plus ni moins comme un club fermé où l’accès n’est possible qu’aux arrivants recommandés par des membres du réseau social de rencontre. Point d’algorithme pour le coup mais un filtrage qui n’est pas sans rappeler les milieux libertins dominés par l’argent.

La rencontre algorithmique selon OKCupid

lolcat-brokenCe site américain lancé en 2004 perce de plus en plus car il surfe sur cette volonté de pouvoir limiter au maximum les contacts avec des personnes n’appartenant pas à notre niveau culturel. Basé sur un pourcentage de match dépendant des réponses donnés à des questionnaires, l’entreprise américaine s’assure que ses utilisateurs ne seront pas confrontés à ce qu’ils ne veulent pas trouver sur Internet même si le harcèlement mené par des hommes peu  délicats contre les femmes perdurent toujours.

Reste la question récurrente de ce fameux entre-soi. Même si OKCupid est louable dans sa volonté d’ouverture en permettant à chacun-e d’assumer son orientation sexuelle mais aussi relationnel au delà de la norme hétéro et monogame, il est légitime de se questionner sur ce cloisonnement qui s’opère par le biais des algorithmes, renforçant le communautarisme des uns et des autres et attisant parfois les attaques entre communauté à travers ces espaces numériques consacrés normalement à l’amour.

Comment sortir de cet enfermement ?

Hacker les algorithmes

Amy Webb, stratège numérique, s’est posée la question de comment rencontrer l’homme de sa vie. Cette jeune femme avait une feuille de route bien définie (ce qui est à questionner mais loin d’être le débat ici) et se retrouva confronté aux algorithmes de tri des sites de rencontres amoureuses.

Prenant sa connaissance des datas, elle se décida à créer son propre algorithme à appliquer pour atteindre son objectif :

L’essentiel à tirer de cette expérience est la possibilité que tout un chacun a de détourner le système de bulles de filtrage de ces sites en leur imposant nos propres desiderata et en refusant de voir sa vie contrôlée par un pourcentage de comptabilité.

Néanmoins, l’avenir est loin d’être aussi glorieux que l’on pourrait le croire…

Vers un enfermement algorithmique

Alors que des rumeurs filtrent déjà à propos de sociétés ayant exploités des données pour orienter l’élection de Donald Trump à travers des questionnaires anodins sur le réseau social de Mountain View, il s’agit de se poser la question de l’impact des algorithmes jusque sur nos vies affectives. Facebook ambitionnerait de faire de sa fonction Discover une forme de site de rencontres dominé une fois encore par ces fameux algorithmes de recommandations aussi opaques que surprenants dans les résultats apportés comme le soulignait la journaliste Alice Maruani pour Rue89.

Ajoutons à cela l’inquiétude à la vue du développement de bots conversationnels programmés pour draguer les personnes les plus à même de correspondre à votre liste de courses.  A se demander quand deux bots vont se retrouver en conversation à se poser la question :

Do you want to date my avatar ?

(Il aurait été dommage de ne pas citer The Guild et Felicia Day avec leur vision très acide de l’amour sur les MMORPG)

A l’heure où la croyance béate dans le numérique augurait une ouverture vers le monde, les algorithmes referment peu à peu leurs griffes jusque sur notre vie affective au risque de perdre tout l’enrichissement d’une rencontre avec des personnes aux centres d’intérêt différents mais pourtant passionnants.

Quelles solutions à part le Reverse-Engineering pour mieux détourner le but peu louable de ces bulles de filtre ?

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