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Peu de temps pour me poser pour écrire ces derniers temps même si les idées étaient là.
Voici enfin la suite (attendu peut être ou pas😉 ) de Fatale avec une plongée dans un passé qui risque de rappeler à certaines et certains Deus Ex Machina. Si, si, je vous assure, c’est lié et vous allez voir se dévoiler cette trame que je vous promets depuis quelques semaines.

L’ambiance musicale est donnée par l’excellent chanson Coma Black de Marilyn Manson, correspondant profondément au tempérament du personnage que vous allez découvrir.

Bonne lecture!

Accès aux mémoires mortes…

Le réseau me parle d’une manière étrange. Le serpent lové en moi ranime des souvenirs perdus dans les tréfonds d’archives sur l’ancien temps, une époque qui me fuit, que j’ai l’impression parfois de toucher avant que les souvenirs fugaces s’enfuient si loin de moi.

Jack a disparu mais une toute autre musique vient à mes oreilles me guidant dans ce passé enfouit entre les anneaux de cet ophidien de vérité…

This was never my world
you took the angel away
I’d kill myself to make everybody pay

D’aussi loin que je m’en souvienne, je t’ai toujours aimée, sûrement bien plus que je n’aurais pu te l’exprimer et c’est sans doute ce qui a causé ta perte et ma chute vers ce monde que je m’apprête à rejeter alors que j’ai tout fait pour son avènement. Je suis comme ça depuis ma naissance. Mes émotions me transportent, m’entrainent dans des envolées délirantes, passionnelles au point que je m’oublie bien trop souvent. Le professeur Werner avait quelque chose de visionnaire et c’est sans doute grâce à lui que j’ai compris que notre monde n’avait d’avenir que dans le code. Le projet E.V.E. mobilisait toutes nos ressources et tu étais là pour me soutenir jour après jour même si tu m’avouais au cœur de la nuit que tu ne comprenais pas vers où je voulais aller.

E.V.E pour Entité Virtuelle Evolutive ou la création d’entités artificielles capables de simuler des intelligences et émotions humaines. Le Saint Graal, l’intelligence artificielle qui permettrait de dupliquer les données de nos cerveaux dans des corps biomécaniques et offrir ainsi à l’humanité une chance face à ces défaillances cérébrales dont nous étions de plus en plus victimes.

Et quoi de mieux que d’organiser ce grand projet dans un simulateur de vie virtuelle. Projeter, simuler, créer des entités capables de se transformer, d’évoluer dans des environnements hostiles et dystopiques. A cette époque, je pensais que les deux ingénieurs en charge du développement n’avaient pas la carrure pour mener à bien le projet.

Je les jalousais presque. Matt Pierce avait tout du geek qui n’avait jamais vu de femmes de sa vie. D’ailleurs les rapports qu’il entrainait avec sa collègue Marcia Brown avaient tout du ridicule et nous ne manquions pas de le tourner en dérision à chaque fois qu’il se mettait à bégayer devant cette sémillante et séduisante rousse. Les mauvaises langues parlaient d’une promotion canapé auprès du professeur Werner. Malgré tout, elle codait comme les meilleurs d’entre nous et j’aurais bien été à mal de lui reprocher quoique ce soit. Je l’appréciais et tu avais senti que j’éprouvais également un certain désir presque bestial pour cette femme au physique attrayant.

Etais-je déjà en train de basculer dans la folie ?

Avec le recul, je ne sais plus vraiment.

Tout allait bon train lorsque l’incident est arrivé. Les machines se sont détraquées et Matt comme Marcia ont disparu du centre. Werner était dans une colère monstrueuse, persuadé que les deux venaient de la concurrence pour voler les détails du projet E.V.E.

Les semaines suivantes nous révélèrent une vérité bien plus sinistre quoique empreinte d’un espoir insensé pour le projet. C’est toi qui les avait retrouvés contre toute attente et cachés pendant un certain temps car ils ne te reconnaissaient plus alors que tu avais entretenu pendant des années une franche amitié avec Marcia.

La confiance s’est érodée entre nous à partir de ce moment-là car tu m’avais caché pendant des semaines que tu les dissimulais, nourrissais et hébergeais dans un de ces studios que tu avais hérités de tes parents. Tu me mettais en porte à faux de Werner tout en m’assurant que tu étais persuadée que quelque chose clochait dans leur comportement.

Je ne voulais pas en entendre parler et nous ne manquions pas de nous disputer jour après jour jusqu’à ce que je me décide à en parler à Werner. Contre toute attente, il se révéla étonnamment  compréhensif et il sortit seul du centre pour venir rencontrer Marcia et Matt. Chose inhabituelle, pour une personne paranoïaque, persuadée que le monde entier lui en voulait profondément. Il semblait guilleret ce jour là malgré le ciel grisâtre et la pollution qui nous obligeait à porter ces masques immondes que je détestais tant.

Cet après midi-là, tu nous attendais dans ta robe rouge. Maquillage en rapport, combinaison délicieuse et si séduisante que nos disputes de ces dernières semaines semblaient s’être évanouies. Ton regard manifestait pourtant une certaine appréhension. Nos hôtes avaient tout d’enfants terrifiés. Matt nous répétait à qui voulait l’entendre qu’il se nommait Joan et Marcia voulait qu’on l’appelle John. L’un comme l’autre semblaient ne pas prendre l’entière compréhension de leur corps ni de l’époque où ils étaient.

Werner s’assit calmement en face d’eux et ils se mirent à murmurer entre eux :

« C’est William Werner, le PDG de PharmaCorp, le monstre qui nous a créé pour ressusciter sa mère… »

Le professeur sourit presque tristement puis ajouta à notre attention :

« Marcia et Matt ont réussi au-delà de toutes nos espérances et ils y ont perdu la vie. Il faut les ramener au centre. Le projet E.V.E. va faire un grand bond. »

Ce jour-là, tu me rejetas brutalement parce que je livrais tes enfants à cet homme. Je te refusais le droit de les défendre. Parce que j’avais décidé que tu n’étais plus capable de comprendre ce qui motivait ma carrière.

Marcia et Matt hébergeaient en eux les consciences d’intelligences artificielles, respectivement John et Joan, deux entités développées au sein du simulateur et qui avaient trouvé la faille pour s’en échapper en provoquant un incident dans le code.

Mis en isolement dans des tubes spécifiques, nous étudiions à loisir la structure de leur conscience et découvrîmes qu’ils étaient capables d’altérer sommairement la réalité, ce qu’ils avaient fait pour créer cette ouverture dans le simulateur. Werner jubilait des avancées générées par cette anomalie qui n’aurait pas du arriver.

La solitude me rongeait déjà. L’amertume berçait mes nuits parce que tu me manquais et que le monde n’avait plus aucune saveur sans toi. J’en voulais autant que je te désirais. Tous mes appels échouaient sur ton répondeur et jamais tu ne m’offrais la chance de m’expliquer.

Une année passa. Les recherches piétinaient et je sombrais toujours plus. Mes collègues m’évitaient. Seul Werner me tolérait encore, principalement parce mes capacités hors normes me rendaient indispensables au projet. J’avais établi un lien très particulier avec nos deux cobayes maintenus en stase dans des containers adaptés à leurs capacités grandissantes. Je savais qu’il me manquait un élément mais je ne parvenais pas à découvrir lequel.

L’aigreur me gagnait et Werner me mettait toujours plus de pressions. Le contrat d’état qu’il avait passé avec le gouvernement réclamait des résultats. Le financement n’était plus extensible et la pollution étant de plus en plus présente, il fallait que les différents centres de recherche donnent des solutions pour contrer ce désordre causé par cette humanité surexploitant la planète à outrance.

Quelque part, je me réjouissais de cette ambiance de fin du monde. La stérilité frappait toutes les franges de population. La faim tuait tout autant que les anomalies génétiques causées par la pollution. L’humanité me semblait condamnée et, au fond de moi, je n’avais qu’une envie : hâter le processus tant la vie me paraissait insipide. Que l’humanité toute entière m’accompagne dans mon suicide…

Mes pensées se perdaient dans le vague ce soir là et j’avais oublié de déconnecter l’interface neurale qui me reliait à Joan et John. Nous avions rebaptisé les containers EVE et ADAM en référence au projet. Tu occupais toutes mes pensées. Ton visage, tes mains, ta silhouette, la chaleur de ton corps contre le mien jusqu’à la délicate fragrance dégagée par ton pubis alors que je l’embrassais et léchais avec amour. La sensation que tu te perdais contre moi dans une étreinte sensuelle, effrayante et vertigineuse. Je n’avais pourtant pas stoppé toute vie sexuelle et, depuis notre séparation, homme comme femme avaient partagé ma couche sans jamais atteindre la passion qui naissait lors de nos étreintes.

Joan et John s’agitèrent dans leur prison d’acier et de verre. Cette agitation se traduisit en images dans mon esprit. Tu étais au centre de toutes leurs attentions. Beauté brune à la peau si pâle, une taille trop fine, des seins à peine dessinés et ces visages extatiques tournés les uns vers les autres dans un abandon sensuel attentif et tendre. J’aurais voulu détourner le regard de ce que je n’avais pas vu durant ces 3 semaines avant notre rupture. Une étrange relation complice était née entre vous trois, bien différentes de ce que j’imaginais et malgré cette colère sourde qui commençait à jaillir du fond de mes entrailles, irriguant le cadavre de mon coeur d’un nouveau souffle de vie, je décelais la clé à tous mes problèmes.

Je devais te retrouver. A peine avais-je formulé cette pensée que mes deux captifs inondèrent mon esprit d’informations. Des portes s’ouvraient dans mon esprit. Autant de réponses à des questions que je me posais depuis des années. La connexion que j’avais établie avec eux me paraissaient si étranges maintenant que les données circulaient librement en moi. Un ensemble de zéro et de uns nous reliaient et le matériel informatique raccordé au réseau paraissait traversé de toute part de ces lignes de codes discontinues que je lisais et comprenais parfaitement.

Etais-je en train de perdre la raison ?

Mes doigts glissant sur les écrans tactiles, je bondissais de réseau en réseau, traquant la moindre de tes traces, recoupant impitoyablement les sources et les pseudonymes que tu avais pu laisser filtrer, jusqu’à finalement te retrouver dans un petit hôpital perdu où tu officiais en tant qu’infirmière au sein d’un service de réanimation.

Je ne te perdrais pas cette fois-ci. Werner ne fut pas bien difficile à convaincre lorsque je lui expliquais la situation. Il était de toute façon aux abois et aurait vendu son âme au diable, si ce n’était pas déjà fait, pour que son projet aboutisse et que les financements du gouvernement continuent à abreuver son centre de recherche. Ce n’était pas la quête du savoir qui guidait ses recherches mais bien l’avidité et la jalousie qu’il entretenait avec deux autres directeurs de recherche, chargés de projets similaires.

Un soir de pluie. Je me souviens de ton visage attentif penché sur un rapport. Regard intense, une concentration délicieuse que j’aimais perturber par des baisers au creux du cou. Tu me repoussais en riant dans ces moments là. Ce soir pourtant, tu ne nous remarquas qu’au dernier instant. Werner, encadré par deux personnes de son comité de sécurité et moi, frêle silhouette oscillant sous le vent pluvieux. Aucun témoin pour réaliser que tu avais disparu. L’argent du gouvernement arroserait le directeur de l’hôpital comme tant d’autres pour te faire rayer du registre. Impunité totale pour Werner et sa clique.

Tu ne compris pas vraiment ce que je voulais lorsque tu vins rejoindre Joan et John dans un container construit pour l’occasion. Je t’aimais toujours autant mais je ne pouvais te pardonner d’avoir mis fin à mon rêve. Ces yeux terrifiés, ces lèvres tremblantes, manifestation de cette angoisse que j’aurais aimé calmer de mes caresses, te faire ressentir ce désir que j’éprouvais toujours pour toi.

En vain… car Werner était tout pour moi et ce monde allait vers sa fin : tu en serais le déclencheur.
Je l’avais cachée à Werner mais je nourrissais l’ambition que tu sois ce brandon qui mettrait le feu aux poudres. La passion suscitée chez Joan et John ne pouvait qu’exploser à ton retour entre leurs bras virtuels et qui sait ce qui pourrait advenir…

Lilith dans le jardin d’Eden… Le nom gravé sur ton container, plaisanterie douteuse de ma part, que Werner ne comprenait pas vraiment. L’équipe s’affairait avec diligence, consciente que ce que nous faisions n’avait plus rien de légal mais nous luttions, dans l’esprit de certains, pour la survie de l’humanité. Je m’autorisais un sourire en voyant vos lignes se synchroniser. Tous trois à l’unisson. Le code glissait sereinement entre les machines. Je ressentais toujours un malaise devant cette vision améliorée jusqu’à ce que je réalise que le code s’emballait plus vite que les chercheurs ne pouvaient le prévoir. Dans le container, je te voyais te tordre, hurler, griffer le métal en vain. Tes cris se répercutaient dans les ordinateurs, modulations infâmes de quelques créatures issues des fosses des enfers. Joan et John semblaient sereins à tes côtés et dans le code, je discernais un sourire.

Ils avaient lu en moi ce désir de mort et ne faisaient que l’exécuter.
Werner courrait de toute part, terrifié.

Le centre échappait à tout contrôle et le code s’infiltrait en chaque employé, polluant leur ADN d’une mutation incompréhensible. Je fermais un instant les yeux appréciant ce chaos que j’avais généré, dont j’étais tant la victime que la bénéficiaire immédiate. Mon amour, tu étais punie de m’avoir abandonnée aux mains de ce monde infâme et sans toi, je n’avais qu’une ambition le détruire pour qu’il n’en reste plus rien.

Puis j’ouvris les yeux et vis ces hommes, ces femmes et lui, Werner, poussah repoussant, parasite qui a aussi bien entretenu que dévoré les connaissances développées pour lui et non pour le plus grand nombre.

J’ai ouvert les yeux ce soir là sur un monde en ruines…

Des flammes, des nations dévastées par le code et nous survivants tant bien que mal, capables de contrôler ce code, d’en faire autre chose pour bâtir une nouvelle civilisation…

I burned all the good things in The Eden Eye
we were too dumb to run too dead to die

Le serpent s’agite soudain, me déconnectant de ce passé lourd en conséquence. Elle a présidé à ma naissance et hormis ce code, Lilith, je ne sais rien de mon vrai nom pas plus que je ne sais qui elle est…

Europa s’effondre et mon instinct me souffle qu’elle est vivante quelque part à détruire ce qu’elle a reconstruit, un œil parmi les flammes épiant le moindre de nos mouvements dans cette cité déliquescente…

L’aventure se poursuit dans Darwin!