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Focus Manga #23: Gunnm Last Order

Il y a un peu plus d’un an, je débutais les Focus Manga par l’analyse du personnage de Sechs dans Gunnm Last Order, l’oeuvre fascinante de Yukito Kishiro.

Cela va sans dire, ce personnage continue de m’intriguer et ce n’est pas mon avatar depuis si longtemps pour rien.
Androïde initialement de genre féminin qui va décider de changer de genre à mesure que son caractère va évoluer au sein d’un univers cyberpunk où, dès le départ, l’auteur tisse la thématique de la définition de l’être humain puisque ce sera la quête de nombreux protagonistes de la série, de Gunnm à Last Order et sûrement sur le troisième arc si celui-ci voit un jour la lumière du monde des vivants.

Voilà ce dont je vais vous parler dans cette courte analyse consacrée à la définition de l’humain selon Yukito Kishiro à travers ses personnages aux motivations souvent complexes.

Plantons déjà le décor, quitte à spolier un petit peu (dans ce cas, arrêtez immédiatement la lecture ou continuez en vous préparant à l’indicible ^_^).

Le monde de Gunnm, c’est une vision dystopique de notre monde qui, ravagé par une météorite, va subir un très long hiver avant de pouvoir se relever autour d’un homme, Arthur, qui va créer Melchizedech, un super ordinateur quantique capable de prédire les possibilités offertes par l’avenir avec un pourcentage de réussite tout simplement effrayant d’acuité. Terrorisé par la possible chute d’une autre météorite, Arthur va pousser la société renaissante dans une course à la conquête spatiale et, lorsqu’il passera de vie à trépas, un ascenseur orbital reliant la surface de la Terre à une station spatiale permettant l’envoi de navettes dans l’espace, aura vu le jour.

S’en suivra la conquête de Venus, de Jupiter et des guerres de terraforming sur Mars dans lesquelles Gally, l’héroïne de la série, sera impliquée.
Par un acte terroriste, elle isolera la surface la Terre (la décharge et Zalem, la cité flottante la dominant) du reste de l’univers. Aussi l’humanité sera divisée entre les puissances de Vénus pratiquant les manipulations génétiques poussées à outrance, Jupiter, obsédés par les cyborgs au point que tous ses habitants n’ont plus que le cerveau d’origine, et l’Echelle réfugiée sur Jéru, qui dissimule la réalité de ce qui se déroule sur Terre. Mars, quant à elle, est déchirée par les guerres, véritable jouet entre les mains des trois puissances présentées précédemment qui entretiennent le conflit en soutenant et en divisant les forces armées présentes.

Voilà le monde de Gally qui va aller en se complexifiant lorsqu’elle découvrira qu’il est très difficile de déterminer précisément ce qui est humain de ce qui ne l’est pas.

L’héroïne est une cyborg, l’hybridation parfaite entre l’être humain et la machine, son cerveau étant la seule partie charnelle qui lui reste. Elle sera confrontée très tôt à la question de l’identité lorsqu’elle découvrira que les personnes qu’elle aime (Ido, Lou…), citoyens de Zalem, sont dans les faits des sacs de viande dont le cerveau a été remplacé par une puce électronique. La plupart des citoyens de Zalem, lorsqu’ils découvrent la vérité, sombrent dans la folie, certains se suicidant, d’autres cédant à une soif de sang qu’ils justifient par le fait qu’ils sont l’espèce dominante grâce à cette puce qui ferait d’eux des surhommes.

Dès cette phase, l’auteur pose avec efficacité la question de la vertu d’humanité:
Nos organes originels justifient-ils à eux seuls notre humanité?
Sommes-nous moins humains avec un cerveau cyber, ou un corps cyber?
Quelle est la limite à ne pas franchir?

C’est du transhumanisme pur et dur.
Gally est au centre de ces réflexions et ses errances vont lui permettre de trouver des réponses alors qu’elle sera brisée à de nombreuses reprises dans sa quête de la vérité sur son humanité.

A contrario, son adversaire de toujours, le docteur Desty Nova, embrasse complètement son statut d’anomalie dans les rouages bien huilés  de la société spatiale.
Tout comme Ido et Lou, il est citoyen de Zalem et possède un cerveau cybernétique en lieu et place de son originel. Sa folie est différente et s’axe sur l’expérimentation sans aucune limite éthique puisque, pour lui, il s’agit avant tout de jouer avec la grande machine qu’il désigne comme Karmatron et qui préside à la destinée de tous les êtres, qu’ils soient humains ou pas. La notion d’être humain ne l’intéresse pas et il cherche avant tout à se concentrer sur le potentiel de chaque individu, leur capacité à influer sur le reste de l’univers et à générer une forme de chaos capable de faire évoluer le système. Aucune notion de bien ou de mal dans sa démarche, uniquement l’étude des interactions possibles avec l’environnement et de leurs conséquences.

Desty Nova n’a de fait aucune démarche humaine. Il est déconnecté de la société dans laquelle il évolue et ne cherche que des cobayes pour affiner sa théorie et découvrir comment maîtriser son propre karma puisqu’au fond, il cherche sans doute à déterminer pourquoi il existe et qu’est ce qui a fait qu’il est sorti des rails pour être banni, chassé, réhabilité, emprisonné puis finalement laisser libre avec des capacités tout juste hors normes. Cette quête boucle finalement avec celle de Gally même si les chemins empruntés sont profondément différents et qu’il n’attire pas forcément la sympathie du lecteur de prime abord.

Définir l’être humain, c’est aussi le leitmotiv caché de Ping Wu, le hacker qui aide Gally lors de son incursion dans Melchizedech.

Idéaliste qui pense libérer la société en participant au leak d’un code offrant l’immortalité à l’humanité, il va se rendre compte que par cette libération d’information, il participe à la mise en place d’un monde injuste où les enfants n’ont pas de place et sont massacrés impitoyablement puisque dans un univers où il n’y a plus de morts, les enfants n’ont finalement aucune place. Par bravade, il tentera de faire tomber le système et échouera pour se retrouver isolé au milieu de robots à qui il transmettra pendant deux cent longues années son humanité qu’il pensait avoir abandonné.
A son contact, ces mêmes robots développeront à différents niveaux des émotions ainsi qu’un libre arbitre leur permettant de venir en aide à Gally à un moment décisif alors que Ping Wu, dans un sursaut d’humanité, se décidera à lutter à mort pour cet être humain auquel il a envie de croire au sein de cette société spatiale désespérée et profondément inégalitaire.

Ces trois personnages ne sont qu’un bref aperçu de cette lutte qui est au coeur de chacun des protagonistes et qui alimente la réflexion de Yukito Kishiro sur la difficulté croissante que nous avons à déterminer ce qu’est réellement l’humanité alors que nous abandonnons de plus en plus de choses pour nous tourner vers une vie essentiellement connectée.
Ce qui est particulièrement intéressant dans Gunnm est qu’aucun jugement n’est porté sur cette évolution. Ni bien, ni mal, juste l’étude d’une société qui évolue selon un idéal de survie et d’ordre échappant à tout contrôle réel.

Vous êtes arrivés jusque là et vous ne vous sentez pas trop spolié?

Alors foncez découvrir cette série qui se révèle d’une profondeur surprenante à travers tous ces êtres qui veulent répondre à cette question qui nous taraude tous: qui suis-je?

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Je profite de la fin de la série qui est pour bientôt en France et qui est déjà terminée depuis belle lurette au pays du Soleil Levant pour revenir sur le billet anthologie que j’avais rédigé à l’époque, tout simplement parce qu’à la lecture complète de l’oeuvre de Shiori Teshirogi, je trouve qu’il y a beaucoup à dire sur ce spin-off très très riche en nouveaux concepts.

Pour situer l’action, The Lost Canvas  se déroule 200 ans avant les évènements de la série initiale et narre l’histoire du chevalier Pégase de l’époque, Tenma dont le meilleur ami, Alone, se révèle être le récipiendaire du dieu des Enfers, Hadès. La soeur d’Alone, Sasha, n’est autre que la déesse Athéna et comme vous vous en doutez, ce trio de personnages va être au centre de l’intrigue qui va opposer l’armée des chevaliers de de la déesse de la guerre aux innombrables spectres.

La mécanique de sacrifice initiée dans Saint Seiya est reprise à l’identique, les différents chevaliers (bronze, argent et or) donnant leur vie pour permettre au chevalier Pégase et à la déesse Athéna d’atteindre Hadès pour le défaire, le premier étant le seul à être parvenu à blesser le corps physique du dieu sombre et la seconde étant la protectrice attitrée du monde des humains. En bon shonen, l’oeuvre de Shiori Teshirogi met bien entendu en avant les sentiments de fraternité, de lutte et de justice.

Malgré tout, cette univers qui peut sembler manichéen se décompose en teintes de gris où étonnement les personnages féminins prennent une saveur toute particulière et inédite pour ce spin-off issue d’une série où les femmes existaient avant tout pour être des faire-valoirs ou des récompenses liées aux actions héroïques des héros.

Souvenez-nous de la princesse Saori, censée être la réincarnation d’une déesse guerrière, et se faisant enlever à répétition par tout le panthéon grec. Rappelez-vous également le personnage de Shaina, chevalier d’argent, qui n’existe, au final, que par amour pour Seiya qu’elle tente de tuer pour nier ce sentiment. N’oublions pas non plus l’obligation pour les femmes chevaliers de se masquer, élément profondément sexiste introduit par Masami Kurumada.

Shiori Teshirogi choisit de son côté de dépeindre une Athéna qui n’hésite pas à aller au front, qui refuse de céder le pas à ses chevaliers et qui finit, à son tour, par se sacrifier pour sceller Hadès une nouvelle fois sur Pluton. Dans l’ensemble, le personnage de Sasha se présente comme puissant, autonome et décidé à dépasser son statut de femme pour devenir une véritable déesse de la guerre.

Au même titre, le chevalier d’argent de la Grue, Yuzuriha n’hésite pas à remettre fréquemment en place Yato, chevalier de bronze de la Licorne, dont l’insolence n’a d’égal que son machisme suintant et parfois agaçant. Le traitement de la relation de ses deux personnages se révèlent remarquablement intéressant puisque Yuzuriha ne révèle que tardivement à Yato son statut de chevalier (qui plus est plus puissant que lui dans l’ordre des chevaliers sacrés), tout en conservant son autonomie et en refusant de lui céder le pas face à l’ennemi.

Les autres personnages féminins se trouvent par la suite parmi les ennemis.

Violate, le chevalier du Béhémoth pour exemple se présente comme une guerrière acharnée, sans pitié, faisant fi de son genre pour se livrer entièrement dans la bataille, pour sa gloire propre mais également celui de son maître, Eaque, avec lequel elle semble entretenir une relation proche du sadomasochisme. Servitude volontaire et dépassement de soi pour l’autre, même si dans les faits, elle semble également lutter pour elle, pour prouver qu’elle est tout aussi valable que n’importe quel homme de l’armée du juge des Enfers. Elle n’apparait qu’un tome mais se révèle d’une complexité très intéressante. Cette soumission apparente présente des paradoxes puisque la femme n’est pas soumise en tant qu’objet sexuel mais bien en tant que soldat obéissant, en quête de la reconnaissance de son maître à travers des haut-faits d’arme. De l’autre, il y a le dépassement du genre. Violate rejette son genre, n’a que faire des cicatrices qu’elle reçoit dans les guerres de son maître basant sa valeur sur sa force et non sur sa beauté.

Et puis, il y a Pandore.

Pandore, commandante des armées des Enfers, fervente servante d’Hadès, refusant ce que le récipiendaire Alone fait des pouvoirs de son maître, s’opposant à lui, à Athéna mais également à tous les chevaliers et spectres refusant de se plier à sa volonté. Puissante, mais également très vulnérable, dont la vie est bâtie sur des chimères, brisée par la vérité et en même temps ne succombant pas. Pandore présente une opposition féminine forte sans pour autant reprendre les clichés attendus. Elle est manipulée, reste à ce titre une victime de machinations divines et finit par choisir à la fin de prendre en main son destin pour elle et pour personne d’autres suite à un sacrifice, également (cela reste la mécanique classique de la série, ne l’oublions pas). Un personnage, de fait, tout en teintes de gris, qui évolue tout au long de l’œuvre de Shiori Teshirogi et qui est bien plus qu’une simple opposante à Sasha et Tenma.

The Lost Canvas apporte un plus certain à la saga initiée par Masami Kurumada il y a bien longtemps et marque à mon sens un tournant dans la série, réécrivant les bases tout en offrant un souffle à cette épopée qui a, il faut le dire, très mal vieilli que ce soit dans le scénario ou le graphisme.

En avez-vous eu la même lecture?

Découvrez également Buso Renkin, série alchimique de Nobuhiro Watsuki!

Focus Manga #21 : Buso Renkin

Je vous parlais précédemment de Embalming de Nobuhiro Watsuki, auteur du bien connu Rurouni Kenshin. Je vais à présent m’intéresser à l’oeuvre dont il s’est occupé après Kenshin, à savoir Buso Renkin, un shonen avec ses qualités et ses défauts, propres à ce style parfois très caricatural.

D’ores et déjà, présentons l’environnement.

L’histoire se déroule dans notre présent, au Japon où le lecteur découvre Kazuki Muto, jeune lycéen insouciant qui va perdre la vie un soir d’été en tentant de sauver une jeune femme attaquée par un serpent monstrueux. Mise en abîme de cet instant que le héros interprétera comme un cauchemar avant de se rendre compte quelques temps plus tard que la réalité est en train de le rattraper. Attaqué à nouveau par ce même monstre qui gobera sa sœur, Kazuki va se découvrir des capacités surprenantes grâce au nucloton, arme alchimique à qui il doit la vie et que la jeune femme qu’il a sauvé, Tokiko Tsumura, lui a implanté pour remplacer son cœur détruit lors de sa première rencontre avec le serpent.

Le lecteur, au côté de Kazuki et guidé par Tokiko, va découvrir un monde alchimique inquiétant où des soldats, l’armée Renkin, équipés de ces fameux nuclotons combattent jour après jour des scientifiques fous usant de l’alchimie pour créer des homonculus, créatures immortelles dévorant des êtres humains pour survivre.

Kazuki et Tokiko affrontant un Homonculus-Aigle

Le premier adversaire du héros sera un jeune homme, Chono, condamné par une maladie incurable et qui choisira de se tourner vers l’alchimie pour devenir un homonculus humain après avoir longuement testé sa technique sur des animaux transformés en homonculus (dont le fameux serpent affronté par le héros au début du manga). Cet adversaire deviendra par la suite à la fois le rival du héros mais aussi son allié, cultivant avec lui des rapports conflictuels interrogeant sur la nature humaine des homonculus et sur le caractère profondément anormal de Chono par rapport aux autres homonculus.

L’auteur déroule son histoire sur un délai assez court, seulement 10 volumes qui parviennent à s’articuler autour de trois grands arcs, conclus par une fin épique. L’histoire, en teintes de gris, est loin de distinguer avec évidence les gentils des méchants et le héros est souvent confronté à des choix cornéliens qui rendent l’intrigue captivante et les personnages principaux relativement profonds pour une œuvre aussi courte.

Kazuki faisant face à Victor, monstre créé par l’armée Renkin…

Nobuhiro Watsuki évite ainsi les longueurs ressenties par moment dans Rurouni Kenshin pour livrer à son lectorat une série courte et incisive aux graphismes fins et dynamiques, sorte de synthèse améliorée du style qu’il a initié dans Kenshin, influence multiple, entre manga et comics. Qui plus est, malgré le ton parfois très sérieux de la série, l’auteur parvient à glisser ici et là quelques traits d’humour apportant un peu de répit dans un drame en préparation.

Par ailleurs, mention spéciale pour Tokiko, personnage féminin très fort dans le manga et qui se positionne à égalité avec Kazuki, ne lui cédant à aucun moment le pas et assumant une indépendance certaine dans son combat contre les homonculus, n’hésitant pas à se rebeller contre l’armée Renkin et à refuser tout compromis lorsqu’il s’agit de défendre sa vertu d’humanité et de femme libre. Qui plus est, l’on se rend rapidement compte que son sexe, son genre ne conditionnent pas son personnage et qu’elle s’émancipe parfaitement des clichés sexistes habituels de la femme guerrière ou de la princesse à sauver, présentant ainsi aussi bien des moments de force comme de faiblesse, au même titre que Kazuki.

Pour clore ce billet, je vous laisse vous familiariser avec le style graphique du manga avec l’opening de son adaptation anime :

L’avez-vous lu? Qu’en pensez-vous?

Focus Manga #20: Embalming

Libre adaptation du mythe du monstre de Frankenstein tiré du roman éponyme de Mary Shelley, Embalming nous emmène dans un monde sombre et violent où des créatures mystérieuses, les Frankenstein rôdent faisant des victimes parmi les innocents, inconscients de l’existence de tels monstres.

Fury est l’un d’entre eux et sa raison de vivre est de les exterminer jusqu’au dernier. Accompagné de sa « génitrice », le Dr Peaberry, il parcourt l’Angleterre à la recherche des réponses liées à sa condition. Le manga compte actuellement 6 volumes traduits en français dont le dernier est sorti en juillet 2012. L’auteur, Nobuhiro Watsuki avait amorcé cette série dans une courte nouvelle publiée en France dans le dernier volume de Buso Renkin.

En résumé, les Frankenstein sont issus de la connaissance interdite soulevée par Viktor Frankenstein lors de la création de sa fameuse créature et ses écrits ont été repris par des scientifiques regroupés dans une ville, Polar Root, qui se sont tournés vers la recherche et la production de Frankensteins utiles pour l’humanité avant tout. De ces recherches naîtront également des Hyper-Frankensteins, créatures surpuissantes possédant un pouvoir extraordinaire mais également un dérangement permanent et très grave en complément de l’amnésie propre à leur espèce.

Voilà en quelques mots les caractéristiques de ces monstres à partir desquels l’auteur va bâtir son histoire.

Même si Fury est le héros principal de l’histoire, Nobuhiro Watsuki n’hésite pas à l’abandonner pour développer et creuser les origines et les caractères de l’ensemble de ses protagonistes afin de permettre au lecteur de mieux comprendre où va qui et pourquoi. Au début déroutant, ce traitement a le mérite de donner une véritable cohérence à l’histoire, ce qui m’a donné l’envie d’écrire ce billet pour vous présenter le manga.

J’avoue, en effet, que j’étais très peu convaincu par cette série. Les premiers volumes manquaient de rythme, d’accroche, au point que le lecteur se sentait parfois perdu sans savoir où l’auteur souhaitait l’emmener. Néanmoins, à mesure que l’histoire progresse, que les personnages se dévoilent, l’intrigue devient haletante et il est difficile de s’en détacher. Le volume 6 tout récemment paru renforce cette sensation.

Graphiquement, c’est du Kenshin amélioré. L’auteur a une patte si caractéristique qu’il est assez drôle de chasser les différents personnages de ces précédentes œuvres au fil des pages. Cela étant, la lecture est agréable, les images sont belles et les combats dynamiques (ça reste quand même un shonen, ne l’oublions pas).

Sans être l’œuvre majeure de Watsuki, Embalming gagne en cohérence et en intérêt à mesure que les chapitres s’enchaînent, l’auteur s’amusant à nous plonger dans une ambiance horrifique et gore de toute beauté.

A découvrir les yeux fermés!

Découvrez également les aventures de Tchii dans Chobits!

Focus Manga #19: Chobits

Voilà un manga que j’avais découvert il y a bien longtemps dans ma folle jeunesse et dont je reprends la lecture maintenant à l’occasion de la sortie des tomes en version reliée.
Bon, d’ores et déjà, la série initiale est très courte, seulement 8 volumes, ce qui suffit largement à brosser des relations diverses et variées tout en apportant une réflexion importante sur la relation humanité-ordinateur.

Chobits se déroule dans un univers pas si lointain du notre où nos ordinateurs ont pris forme humaine tout en ayant des capacités identiques à nos bécanes. Certains sont miniaturisés mais gardent cette personnalisation dérangeante. Le héros, Hideki, est un étudiant fauché qui travaille dans un bar de plaisir au coeur de Tokyo. Un soir, il découvre au bas de chez lui un ordinateur abandonné, qu’il réactivera tant bien que mal pour découvrir qu’il ne sait rien faire d’autre que de dire « Tchii ». Le héros décidera donc de nommer son ordinateur par cette onomatopée.

S’ensuit alors un périple pour trouver les origines de cet ordinateur.

Pour celles et ceux qui ont lu le manga, vous remarquerez l’emploi volontiers du « Il » car Tchii a l’apparence humaine d’une jeune femme et bien que le manga soit un seinen, le lecteur a souvent l’impression d’être perdu dans un shojo pour certaines situations remarquablement gênantes ou potaches que traversent Hideki et Tchii.

Des histoires d’amour vont naître tout au long de l’histoire, très souvent basées sur un quiproquo mais se concentrant avant tout sur l’étrange relation que l’être humain peut nouer avec ces ordinateurs anthropomorphiques. Rien ne permet vraiment de différencier l’un de l’autre à l’exception que les ordinateurs ne peuvent pas apprendre, du moins c’est ce que l’on pense.

En effet, une légende urbaine parle des mystérieux Chobits, ordinateurs surpuissants et surtout capable d’autonomie dans l’apprentissage et la prise de décision, groupe extraordinaire auquel Tchii pourrait bien appartenir…

Graphiquement, le studio Clamp offre de magnifiques planches qui, parfois, sont entrecoupées de dessins issus d’un livre d’enfant que Tchii et Hideki vont découvrir au fil de l’intrigue et qui raconte de manière poétique ce passé oublié par Tchii mais également les opportunités futures auxquelles elle pourrait être confrontée…

En revanche, bien que l’équipe du studio soit composé de mangaka femmes, il est parfois un peu navrant de constater à quel point les clichés sexistes fourmillent dans cette oeuvre et nombre de personnages féminins apparaissent comme des femmes ne pouvant exister que par rapport à un homme. Cela se révèle relativement dommage, le concept du manga ayant pu explorer cette ambivalence à l’égard de l’ordinateur aussi bien du coté féminin que du coté masculin.

N’oublions pas que la cible de ce type de manga reste une population masculine et que, malheureusement, les clichés ont la vie dure…

En revanche, le manga nous renvoie remarquablement bien sur la relation que nous entretenons avec nos smartphones, rappelant à quel point la technologie a une capacité à nous rapprocher de notre prochain tout en nous en déconnectant de la réalité sans nous en rendre vraiment compte. Le thème de la solitude est aussi bien traité même si les personnages donnent l’impression de n’être capable d’exister qu’à travers une relation amoureuse, le mythe de l’âme-soeur étant largement clamé tout au long de l’intrigue.

Néanmoins, en passant outre les écueils cités dans le précédent paragraphe, cette histoire de Clamp vaut le détour et mérite de figurer dans une bibliothèque pour s’y référer de temps à autre.

Qu’en avez-vous pensé?

Découvrez également  l’aventure épique de Tales of Symphonia!