Premier billet, premier partage de ce que j’ai commencé à écrire an août 2010, dans le train, l’idée de concilier à la fois la sensualité perverse du vampire mais aussi ce côté violent à sa nature de prédateur.

L’histoire s’étale sur plusieurs chapitres et dont voici le premier.

Bonne lecture!

I. Je ne sais depuis combien de temps je ressens cette attirance pour l’érotisme et la mort mais il est certain que c’est cette passion contre nature qui m’a mené sur cette voie, manifestation la plus pure de ma liberté à briser ces tabous qui m’ont frustrés si longtemps…

Je m’égare quelque peu. Tout a véritablement commencé lorsque je l’ai rencontrée. Splendide créature aux formes divines, un regard puissant porteur d’une souffrance profonde et un indéniable magnétisme que le commun des mortels n’est plus capable d’assumer.

Je ne l’ai ni vraiment cherchée ni vraiment croisée par erreur.

Maintenant que j’y repense, tout semble me faire penser que cette rencontre avait été orchestrée par certaines forces invisibles au point que j’en viens à présent à douter de l’amour que je lui voue…

Ses yeux couleur émeraude semblaient bien trop vivants pour exprimer une souffrance réellement humaine. Au delà de la vie par delà la mort, une grâce inavouable…

Dans cette rue, je l’ai suivie avec la profonde conviction que mon existence terne et morne avait enfin trouvé un exutoire pour exprimer toutes ces pulsions contre nature qui cohabitent en moi depuis toujours.

Elle était à la fois belle et fragile, désirable et fascinante…

Je voulais lui faire l’amour puis la tuer pour qu’aucun autre être ne puisse prétendre à lui apporter plus que ce j’allais lui offrir, pour que cet instant intime reste à jamais notre instant pour l’éternité…

La voici à présent dans ce bar, sûrement trop miteux pour correspondre à ce à quoi elle devrait aspirer. Les autres femmes me semblent si fades avec leur maquillage grossier et vulgaire, leur décolleté aguicheur laissant distinguer une lingerie de mauvaise qualité, leurs rires faux et leurs manières apprêtées… Et pourtant je vois les hommes bourdonner autour d’elles, empressées de les séduire et d’aller les inonder avec vulgarité de leur foutre visqueux. Décadence humaine, misère sexuelle, détresse érotique…

Ma muse se détache totalement de cet environnement délétère. Gracieuse, elle boit sans bruit un verre de Martini, le regard douloureux. Sa robe d’un blanc virginal dissimule une poitrine généreuse. Sa peau très blanche contraste avec sa chevelure flamboyante qui retombe en longues boucles sur ses épaules et son dos laissés nus. Jamais pareille créature n’avait réussi à éveiller en moi à la fois Éros et Thanatos. Je voulais en cet instant son corps, son âme et par delà même toutes ses expériences vécues.

J’étais à ce tournant de vie si particulier où les règles et les tabous sociaux et moraux allaient être brisés pour satisfaire mon ego sublimé à son paroxysme.

Un instant, je pris peur. Ma proie était aux prises avec un de ces hommes bien bâtis au sourire d’une parfaite blancheur et à la manucure irréprochable. Beau, magnifique, un véritable apollon de bar miteux. Rassurant, massif, étouffant. Un corps et une âme déliquescents masqués par une tenue appropriée aux chasses narcissiques qu’il devait mener chaque soir.

D’une voix douce, murmure subtil dépourvu d’accent, ma divine exception congédia l’importun. Le bougre, bien que d’une vacuité consternante, ne manquait pas d’éducation et s’effaça, abandonnant tout espoir de conquérir ce graal inaccessible.

Rassuré, je continuais à l’observer. L’espace d’un instant, je crus percevoir une larme carmin rouler sur sa joue d’albâtre, expression de la souffrance qu’elle vivait.

Souffrait-elle de solitude? Avait-elle été abandonnée par son âme sœur pour venir se perdre dans ce bouge immonde?

Encore plus de questions venaient se bousculer dans ma tête. Je désirais qu’elle soit mienne dans le présent comme le passé, d’absorber en moi ses peines, ses joies, son ego même.

Cette faim impie montait crescendo et je savourais cette ascension, conscient que je ne pourrais étancher cette soif qu’en l’approchant.

Je ne sais quelle idée me prit mais je parvins à dépasser ma timidité, carcan de ma faim, pour approcher et oser croiser son regard. Magnétisme purement animal, splendeur inespérée, drame permanent. Ses yeux lisaient en moi comme dans un livre ouvert et je sus lorsqu’elle esquissa un sourire espiègle qu’elle avait compris toute l’étendue de mon pêché et des actes que je prévoyais de perpétrer sur sa divine personne.

Ses doigts fins vinrent se poser sur mon poignet. Doux, froids et sensibles. Je voyais sa poitrine se soulever au grès de sa respiration; des mots choisis avec soin touchèrent mon cœur, me bouleversant. Elle savait pourquoi je venais à elle, m’avait attendu si longtemps, savait que j’étais le seul à pouvoir lui apporter cette jouissance morbide ultime. Les rires vulgaires, l’ambiance enfumée et étouffante, le bar devirent flous comme si toute conscience me quittait.

Malgré cette confusion, j’ai la certitude que nous sommes sortis précipitamment sous les regards envieux des autres célibataires. N’y tenant plus, nous nous sommes étreints puis embrassés avec une fougue surnaturelle. Ses lèvres, douces, froides et charnues déchaînèrent mes passions les plus bestiales. Mes mains, guidées par une frénésie inquiétante,  glissaient sur et sous la robe de ma compagne. Quelle délectation de ressentir la douceur de cette peau, de profiter de sa fraîcheur, de caresser ses seins d’albâtre!

A moitié déshabillée, elle me guida jusqu’à son appartement. Je ne me souviens que de sa chambre où elle m’offrit l’accès à son antre chaleureux.

Un lit d’autre temps, garni de voilages, aussi blanc que la pâleur de sa peau. Ses lèvres carmins, son sourire doux, émaillé de malice, ses caresses confiantes et expérimentées.

Le désir jaillissait de mon corps au-delà de tout contrôle. Nos étreintes étaient bestiales au point que j’eus la fugitive impression que sa cyprine était faite de… sang…

Peu à peu, ma vision se faisait rouge. Je la mordillai autant qu’elle me mordait, je me sentais vider de toute part avant de sentir jaillir contre mon palais un liquide chaud et doux. Une vigueur renouvelée s’insinuait en moi me donnant la force de continuer à la pénétrer et à la mener à l’orgasme. Son visage se déformait sous mes coups de boutoir et un sourire mutin commençait à naître sur ses lèvres parfaites, à travers son sourire à la dentition parfaite, aux canines si pointues…

Déchaîné, au bord de la jouissance, je la mordais à présent à pleines dents et, dans un état second, je réalisais que je laissais à présent la trace de mes canines dans son coup.

Mais j’étais trop occupé à décharger en elle pour réaliser à quel point j’avais changé, à quel point elle m’avait changé en ce prédateur que j’aspirais à devenir. Ma verge me faisait mal et je constatais avec horreur que ce n’était pas du sperme qui avait inondé son vagin mais bien du sang…

Son rire retentissait à mes oreilles comme les carillons de l’enfer, le chasseur devenu la proie de je ne sais quelle créature qui avait su me mener dans les voies de la folie et du meurtre…

« Jessica », murmurai-je, son nom m’ayant été soufflé par une pensée vagabonde émanant d’elle.

Je perdais connaissance en même temps que mes dernières bribes d’humanité…

Le chapitre 2, c’est par ici

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