Tag Archive: Les Ténébreuses


Les Ténébreuses l’Intégrale publiée en ligne!

by Le Pinceau Pourpre, tout droit réservé.

L’aventure a commencé en septembre 2010 et je me suis enfin décidé à publier au fil de l’eau sur le blog l’intégrale des Ténébreuses dès octobre 2011. Pour la première fois et pour celles et ceux qui ont suivi l’affaire, j’ai choisi de réunir l’ensemble des quatre cycles, Another Vampire Story, Brume, Le Chat et Opale dans un recueil que vous pourrez lire, télécharger et distribuer comme bon vous semblera sous la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Partage à l’Identique 2.0 France.

Pour la petite histoire (et ceux qui s’en souviennent ^_^) les deux premiers chapitres d’Another Vampire Story avaient été publié dans les numéros 7 et 8 de Kindred Spirit, le webzine communautaire dédié à Vampire: The Eternal Struggle.

Que dire d’autre sinon que je remercie chaleureusement Le Pinceau Pourpre qui m’a permis d’utiliser cette illustration de sa série Sensuels pour faire la couverture de l’ebook.

Si vous voulez me donner un coup de pouce, n’hésitez pas à partager l’ebook à vos contacts (ou le lien pour le faire lire en ligne sur le site).

Les Ténébreuses en format ebook pdf

Les Ténébreuses en format ebook EPUB (pour liseuse, smartphone, tablette…)

Les Ténébreuses en format ebook mobipocket (liseuse kindle)

Les Ténébreuses en lecture directe sur le site.

Merci en tout cas de m’avoir suivi jusque là 🙂

Publicités

Les Ténébreuses

Vous l’avez sans doute constaté si vous avez suivi la série avec attention mais les Ténébreuses viennent de trouver leur fin avec ce sixième et dernier chapitre d’Opale après une publication qui a duré 8 mois. Je souhaitais revenir sur cette publication dans un court billet commentant ce qui s’est passé durant la création de ces différentes séries, en espérant que cet éclairage vous intéressera et vous donnera envie de lire ou de relire l’intégralité des Ténébreuses.

Another Vampire Story a vraiment été l’élément déclencheur, reflet profond de certains évènements importants de ma vie, allégories, vous vous en doutez, je suis loin d’être un vampire, hormis peut être le teint extrêmement pâle de ma peau ^_^
La série n’aurait dû connaître initialement que six chapitres, le vampire s’enterrant pour ne jamais ressurgir en mai 2011, fin de l’écriture des six premiers chapitres. L’envie d’écrire revint pourtant durant la fin de l’été 2011 et je complétais la série de six chapitres supplémentaires, reflet d’une certaine souffrance que l’écriture m’a permis de dominer. Promis, ce n’est pas jeudiconfession sur Twitter. C’est aussi à ce moment-là que j’ai pris plaisir à plonger dans le passé via le point de vue d’autres personnages féminins ou masculins, jouant de la sensibilité particulière de chacun de ces protagonistes.

Brume est venue juste après sans que j’ai d’idée à ce moment là de raccrocher les wagons avec la précédente série. J’avais l’envie de continuer l’écriture d’une série sensuelle orientée autour de l’exploration de la sensualité et de la sexualité d’un personnage à la fois fasciné par ce monde monstrueux mais terriblement attirant et également ressentant une culpabilité profonde pour des faits commis par le passé. De fait, j’ai souhaité pouvoir transmettre dans cette expérience brumeuse des impressions ressenties durant certains moments de ma vie. Le premier chapitre, son aspect embrumé me vient d’une soirée où la brume s’insinuait pourtant, à la fois fugace mais très tenace dans un silence et une solitude profonde, omniprésente, angoissante pour ainsi dire. De même le chapitre consacré à la glace s’est imposé à travers ma première expérience sur des patins à glace, de cette sensation de plénitude glacée dans un environnement rempli de gens. Les derniers chapitres de Brume ont présagé le raccrochage avec Another Vampire  Story et, pour tout vous dire, c’est venu naturellement, le lien se faisant intuitivement.

Puis est venu Le Chat qui a beaucoup changé en 15 ans. Comme je l’évoque au début des chapitres, cette série a une certaine ancienneté et comptait d’ailleurs bien plus de chapitres au départ. L’ensemble était lié à mes années lycée et, malgré des points intéressants, ne m’a pas semblé suffisamment pertinent pour mériter une publication sur le web. Bilan, j’ai commencé une refonte en mai 2011 peu après la fin de l’écriture des 6 premiers chapitres d’Another Vampire Story. J’ai rapidement arrêté à la fin du second chapitre, n’arrivant pas à retranscrire correctement ce mythe que j’avais conçu quinze ans auparavant. La fin de Brume a été un déclencheur pour reprendre l’écriture et j’ai visualisé très clairement comment je pouvais articuler mes deux séries récentes avec ce magma d’idées qui ne demandait qu’à se répandre sur une feuille. Je voulais faire 6 chapitres et j’en fis 9 parce que les idées fusaient et j’avais l’envie de creuser différents pans de l’histoire des Chats sans forcément non plus trop détailler, appréciant de laisser libre court à l’imagination du lecteur par des ellipses.

Opale était la conclusion, titre que j’ai mis du temps à trouver et l’articulation de la fin m’échappait quelque peu. Je voulais la faire en trois parties, y pensant déjà depuis la reprise de la rédaction du Chat. J’imaginais 3 parties, une par personnage (le vampire, le chat et l’incube). Au final, ce fut bien plus par l’introduction du personnage d’Opale parce que je voulais savoir qui était cette Lilith évoquée dans Brume et dans Le Chat. Donner corps à son histoire, son amour et son erreur. Six chapitres au final que j’ai pris un plaisir particulier à rédiger explorant les sensualités et les sentiments de chacun, plongeant dans les ténèbres et revenant à la lumière.

Voilà en quelques mots, le cheminement de ma pensée durant la création des Ténébreuses, en espérant que vous avez pris plaisir à lire ces quatre nouvelles. D’ailleurs, je tiens à remercier Le Pinceau Pourpre pour sa série Sensuels inspirée du monde d’Another Vampire Story.

Pour clore ce billet, je vous propose ce poème clôturant les Ténébreuses.
Art difficile que la poésie en espérant que vous appréciez cette ultime touche.

Lune noire et solitude dans les ténèbres
Le démon cornu se repaît de cette terreur
Que sa proie ressent, tapie dans l’ombre
De ce bois où elle s’est réfugiée par erreur.

Les souvenirs tourbillonnent et l’emportent
Vers un passé révolu gouverné par la souffrance
Où, esseulée, elle pleurait adossée à cette porte
Auprès de laquelle un démon acheva son errance.

Ses yeux, nébuleux, fentes ouvertes vers le néant
La contemplent avec un intérêt malicieux.
Maintenant que le chemin vers l’Enfer est béant,
Il ne reste plus qu’à supplier les cieux.

Car, au-delà du passage, un feu infernal
Séjourne et consume avec avidité
Les perdus qui ont osé conjurer ce mal
Qui devait dormir, scellé pour l’éternité.

La proie se débat sous le regard ardent
De son bourreau aux ailes d’ébène
Qui, de ses griffes, la couvre d’un sang
Duquel le vice suinte d’une menace inhumaine.

Se couvrant les yeux, elle n’ose embrasser
Les ténèbres qui s’ouvrent devant elle
Car elle ne cherche qu’à se débarrasser
De son existence en ce moment sacrificiel.

Suicide délicieux entre les bras de ce démon
Au corps difforme, effrayant et monstrueux,
Ange déchu pour avoir cédé à la corruption
Que Lilith transmit de son étreinte au plus vertueux.

Humanité abandonnée par un seigneur avide,
Victime de ce dieu à la curiosité maladive,
Qui souhaita un éternel tourment
En relâchant la déchéance sur ses enfants.

Etoile du matin, parangon de pureté,
Précipité dans l’insondable puit du néant,
Pour y subir le pire des châtiments
Et succomber à une folie nourrie d’inimité.

Incubes et succubes se tordant de douleur
Sous les rires d’un masque moqueur
A l’œuvre consacrée à son maître vagabond
Au nom de la purge sanglante des démons.

Au loin un monde isolé où des âmes ravagés
Succombent sous les crocs de fantômes avides,
Souvenirs de félins victimes d’un génocide
Pour avoir aspiré à une authentique liberté.

Le démon, bien aimé de la tentatrice Lilith, refuse
Cet amour offert par cette femme incompréhensible
Et c’est avec une haine malicieuse qu’il abuse
De ses pouvoirs et de sa force irrépressibles.

A jamais, il renonce à cette tendre sensualité,
Succombant à sa sombre et sinistre destinée,
Pour mettre un terme à l’existence de l’humanité
Qu’il avait, jadis, juré, de chérir pour l’éternité…

Opale Chapitre 6

Voici la quatrième et dernière partie du cycle Les Ténébreuses!
Opale
va vous entraîner vers une conclusion réunissant des personnages que vous avez pu croiser dans Another Vampire Story, Brume et Le Chat pour un final alliant sensualité, fantastique et ténèbres!

Le premier chapitre est ici, le second par , le troisième ici, le quatrième et le cinquième par ici!

Bonne lecture et n’hésitez pas à me faire part de vos critiques!

VI. Silence de la nuit, la ville endormie, ses lumières clignotantes et ses âmes qui sommeillent doucement au creux de ces ténèbres rassurantes. Ici un couple fait l’amour, là un père console sa fille qui fait un cauchemar…
A quelques pâtés de maison, une ambulance passe en hurlant, un accident de voiture, des personnes dont le sort semble bien incertain.
Quelques mètres plus loin une vieille femme meurt seule dans son appartement trop grand pour elle. Les forts, les faibles, les fortunés, les pauvres s’éteignent un à un, une ombre passe en planant doucement au dessus de ces habitations envahies par une glace mortelle.
Des ailes d’ébène, un visage déformé par la rage, des traits classiques, magnifiques mais défigurés par d’atroces balafres. Des yeux aveugles qui voient au-delà de la chair, par delà les esprits, sondant les cœurs à la recherche du vertueux.

Il ne trouve rien. Sa frustration est intense, sa colère démesurée, sa soif de détruire insatiable mais tendre. La mort est douce, les êtres humains de cette petite ville s’endorment les uns après les autres, oubli doucereux d’une vie construite sur le sacrifice, la souffrance. Apaisement ultime. Le déchu à la puissance divine se repaît de cette paix ultime, de ce moment d’abandon final. Aucune peur ne vient troubler ce repos éternel, les âmes quittent leur prison de chair, s’envolent vers cette planète ravagée pour être déchirées par son gardien ou parvenir à survivre et à se renforcer.
Aucun dieu pour les accueillir, ni paradis, ni enfer, juste une triste réalité dissimulée au plus grand nombre par des cultes fanatiques et avides de pouvoir.

L’ange sourit et plonge dans les abîmes de sa folie…

Le Chat s’avance avec assurance vers le maître de la Brume, vers ce masque honni, terrifiant, dont il ressent la puissance perverse. L’incube décadent l’observe avec intérêt, détaille ses traits étranges, mélange fascinant d’un visage humain et félin. Une lune noire luit sur sa joue droite.

Opale, le souffle coupé, retient sa rage, sa colère profonde, son envie de détruire ce masque qui lui a volé sa mère et son amante, son amour qui s’est brisé cette nuit de froid désespoir.

Le vampire, quant à lui, tremble, incapable de parvenir à gérer les deux forces qui se précipitent en lui, L’enivrant appel de Lilith et la soumission abjecte de la Brume par ce sang vicié qui court en lui…

A quelques pas de cet étrange groupe, un puits profond, insondable, caché aux yeux des mortels au fond d’un lac de ténèbres, laissé à l’abandon car trop dangereux. De temps à autre, des anges déchus parviennent à s’en extirper. Les démons veillent à ce que ceux-ci soient immédiatement détruits afin de garder leur pouvoir illusoire sur le monde des humains.

Ce soir, un bouleversement est en marche et le Chat ose briser le silence pesant qui s’est établi entre ces quatre individus. Son visage est empreint de tristesse, sinon de mélancolie et aucune agressivité ne transparaît dans sa voix vibrante d’une sincère émotion.
Son regard oscille de l’incube corrompu au vampire torturé, caressant l’un et l’autre de cette bonté qu’il ne croyait plus jamais ressentir.

« Mes frères, nous sommes si différents et si semblables. Nos épreuves ont été différentes mais la souffrance a été la même. Nous avons aimé des femmes qui nous ont oubliés, qui nous ont abandonnés, pour certaines qui se sont servies de nous car elles avaient peur d’elles même, de leur capacité à changer le monde.
Dans les ténèbres, nous avons pleuré, nous avons conjuré les forces infernales pour qu’elles prennent notre âme, la déchirent, et nous abattent de leur chaleur démoniaque. Pour certains d’entre nous, la déchéance a semblé par instant comme un acte salvateur mais nous avons compris bien trop tard que ce n’était qu’une fuite en avant. Nous avons aimé comme jamais, notre âme s’est consumée car c’est cette chance que Lilith nous a donnée et en nous réunissant ici, elle espère que nous avons compris ce qu’elle ressentit. Elle aime cette créature emprisonnée, cet ange déchu à tort par un dieu qui nous a tous abandonnés. Sa fille, Opale, nous a cherchée de tout temps, persuadée que nous pouvions comprendre la grande œuvre de la sombre mère, cette libération de l’humanité, notre capacité à faire fi de cette colère qui nous brise un peu plus tous les jours.
Clé et serrure au service d’une renaissance d’un monde que nous ne voulons plus détruire… »

Avec tendresse, le Chat tend sa main vers le vampire, l’aidant à se relever, à se redresser au nom d’une cause qui le dépasse sûrement mais pour lequel il désire se sacrifier. Parce qu’il a aimé Jessica, parce qu’il l’a tuée en pensant pouvoir se débarrasser de sa souffrance, de cette dépendance qui le tirait vers les ténèbres et l’autodestruction. Erreur, errance et désespoir jusqu’à l’arrivée de cet étrange prédicateur aux traits recelant un mystère insondable.

La Brume s’agite, le masque luit d’une lumière étrange et Opale n’a pas le temps de réagir. Des tentacules de ténèbres surgissent, empalant sans autre forme de procès le Chat et le vampire. L’incube glousse avec perversité. Emanation de haine pure, il refuse de se soumettre au diktat de Lilith. Le masque soutient sa colère, l’alimente de manière pernicieuse et Opale, brisée, voit le rêve de revoir sa bien aimée exploser en mille morceaux.

Les deux cadavres sont déchiquetés, éparpillés et dispersés dans le puits du néant. Le masque jubile. L’œuvre divine est accomplie. La tâche confiée par Dieu achevée et l’humanité sera punie prochainement pour avoir désobéi. Aucun être déchu, quel qu’il soit ne viendra sauver ce monde corrompu par Lilith.

Les larmes d’Opale sont de sang, sa rage croit crescendo, tant pour elle que pour le maître de l’Ordre dont elle désire la tête, assouvir sa vengeance, laisser l’amour disparaître pour devenir une créature de pure haine dédiée uniquement au massacre puisqu’elle ne peut plus rien espérer de ce monde dévoyé laissé à la domination d’un artefact divin vicié.

L’incube s’apprête à encaisser le premier assaut lorsqu’un bruit étrange provient du puits du néant. Des grattements, comme si quelque chose en émergeait. Sans nul doute un ange mineur attiré par le fracas provoqué par cette rencontre attendue de tout temps. Le masque n’y prête guère attention, focalisé sur cette soif de sang, sur ce désir profond d’en finir définitivement avec la lignée de la sombre mère en enterrant cette Opale bien irrespectueuse.

Erreur ultime… Des ailes de ténèbres, des yeux aveugles et des relents de haine, teintés d’une joie malsaine d’être enfin libéré. Une griffe surgit, transperce l’incube, le masque se fissure, la stupeur se lit sur le visage du démon hôte alors que son corps est brisé par le premier des déchus. L’étoile du matin est voilée de crépuscule, sa flamme jadis rayonnante n’est plus qu’un feu noir alimenté par la revanche à l’égard de Lilith et de son engeance.

Opale tremble devant l’avènement de ce dieu démoniaque et monstrueux. Sa mère s’est trompée : aucun amour n’émane de cette créature. La séquestration et le viol commis par sa bien aimée n’ont jamais été perçu comme un acte d’amour. Les éons n’ont fait que conforter cet enfant de Dieu dans la haine et  la destruction.

Prenant son essor, il dévaste la zone. Tétanisée, abattue et résignée, Opale se laisse emporter et mourir dans cette explosion de rage. Dans ses derniers instants, elle entrevoit le visage souriant de Lilith, rêve de la sentir à nouveau tout contre elle, la caressant de ses mains fines et tendres. Elle s’éteint lentement, le puits du néant s’élargit et les anges déchus en émergent, nuée monstrueuse, affamée, déferlant sur le monde des humains.

Le premier d’entre eux s’élève dans la nuit silencieuse, l’humanité ignorante que sa fin approche dans la chaleur bien trop rassurante du sommeil…

Opale Chapitre 5

Voici la quatrième et dernière partie du cycle Les Ténébreuses!
Opale
va vous entraîner vers une conclusion réunissant des personnages que vous avez pu croiser dans Another Vampire Story, Brume et Le Chat pour un final alliant sensualité, fantastique et ténèbres!

Le premier chapitre est ici, le second par , le troisième ici et le quatrième !

Bonne lecture et n’hésitez pas à me faire part de vos critiques!

V. Du puits angélique, j’émergeai, image inanimée d’un objet façonné par les mains divines. Son regard empreint de cette douceur propre aux créateurs m’emplit d’une vie en tout point surprenante. Je sentais à travers ses mains cette souffrance poignante d’un être qui ne se sent plus digne de ce qu’il a enfanté.

Par ses yeux emplis de lumière, je vis le jardin ensoleillé, profané par cette démone aux formes lascives, allant jusqu’à corrompre son fils le plus proche de la lumière. La colère de mon créateur ne pouvait qu’être justifié à l’égard de ses pécheurs, de ces créatures ayant choisi sciemment de se détourner de la lumière resplendissante de la vérité. Son Œuvre divine était corrompue à présent et je naissais avec un but unique : provoquer un cataclysme à la hauteur de ses attentes en usant de la duplicité propre aux démons.

Me débarrasser à la fois de l’humanité dévoyée et de l’engeance démoniaque responsable de cet écart à la création parfaite de Dieu. Juste un masque, reflet des péchés, miroir des âmes déchirées par la concupiscence, la haine et la colère, jugement évident des secrets et des vices de tout un chacun, corruption nourrissant ma puissance grandissante.

Ma première victime, mon premier hôte, un sinistre démon de la glace à la puissance destructrice exceptionnelle, respecté par ses pairs pour sa brutalité sans faille, sa colère sans précédent. L’attrait du pouvoir, l’avidité propre à son espèce le piégèrent dans mes rets et c’est sans mal que je commençai à le manipuler, formant l’Ordre démoniaque au nom d’une stabilité des Enfers, d’une représentation physique du complot des démons lové au sein du monde des humains. Les années passées en lui révélèrent un vice anormal chez lui, un penchant pour la chair que je camouflais afin de ne pas faire tâche mais dont j’éprouvais jusque dans les nuits les plus sombres la sinistre violence.

Pendant des siècles, je régnai par la terreur, sacrifiant humains comme démons sans aucun scrupule jusqu’à ce qu je retrouve la trace de celle qui avait causé la chute des enfants de Dieu dans le néant. Lilith et sa jumelle Opale, amour saphique bien loin des aspirations divines, nourrissant une passion pour la chair et œuvrant pour libérer l’humanité du joug divin.

Les éliminer assurerait sans mal la victoire de mon créateur sur ce monde qui l’avait abandonné, vengeance parfaite et absolue d’un doux artiste répudié. La traque ne fut pas sans mal et ce fut par une nuit de glace que nous parvînmes à piéger les fuyardes. J’usais de mes talents pour libérer les pulsions violentes de mon hôte. Ses cohortes furent rapidement contaminées par les visions de viols, qui, à leur tour, se répandirent jusque dans les esprits de nos proies, les plongeant dans un sombre désespoir. Ce fut ma seule et unique erreur…

Rien n’aurait pu le sauver sauf un geste de pur de désespoir, un sacrifice inattendue qui me blessa et m’affaiblit pour les siècles à venir. Le suicide de Lilith, l’explosion provoquée par son âme réduite en milliards d’échardes massacra ma garde rapprochée tout en diffusant en moi un poison profond qui gangrena progressivement mon hôte et me plongea dans une torpeur proche de la mort.

Victoire et défaite se conjuguèrent alors que le feu du venin embrasait mes sens, perturbant mes pensées, m’attirant dans des domaines sensuels qui me troublèrent profondément. Opale nous avait échappé mais nous avions défait la première des démones.

Je payai ce meurtre par des agonies longues et profondes, tentant tant bien que mal de maintenir en vie mon hôte. En vain. Il dépérissait et moi avec, sans aucune possibilité d’user de mes dons de domination pour attirer un nouveau démon à habiter. Les années s’écoulaient et mon échec était évident. J’avais failli, péché d’orgueil de penser résoudre aussi vite la tâche primordiale confiée par Dieu.

Pourtant, la chance voulue qu’un jeune incube ose venir troubler ma réclusion d’où je donnais avec difficulté mes consignes aux autres démons. Sa soif de délivrance, son désir de pouvoir pour sauver celle qu’il pensait aimer oblitéra tout jugement en lui et je pus lui faire les promesses qu’il attendait tout en détruisant peu à peu toute volonté.

Malgré cela, mes pouvoirs ne revinrent jamais totalement et je compris avec colère que jamais je ne pourrais plus dominer mon nouvel hôte. Sa volonté oscillante offrait pourtant une résistance inédite qui m’obligeait à partager sa conscience à négocier continuellement, à manipuler longuement et finement pour obtenir ce que je voulais de lui.

Lilith n’était pas morte et œuvrait à travers Opale et d’autres instruments. L’un d’eux m’appartenait et tentait inconsciemment de me corrompre définitivement pour user de mon pouvoir et délivrer celui qui avait été puni. Cet incube présentait en lui-même un avantage à double tranchant qui me permettrait sans doute de déjouer les plans de la sombre mère et de la précipiter au côté de son amant dans les ténèbres et l’oubli du néant.

Je me laissai aller aux charmes sensuels de mon hôte pour mieux le contaminer et m’adjoindre son aide. La cour des miracles que je l’aidais à reconstituer n’avait que pour but d’amoindrir sa volonté, de le plonger dans cette luxure qu’il avait désiré mais dont il avait secrètement honte.

Succubes et incubes dansaient continuellement autour de lui, glissaient en lui, contre lui, caresses subtiles, baisers fiévreux, étreintes vagabondes et intenses. Le peu d’humanité qui restait en lui se volatilisait au fil du temps, le visage de sa bien aimée s’effaçait. La visite d’Opale manqua de détruire ma lente œuvre de sape mais je pus contenir sa terreur, étouffer la marque de Lilith qui s’était éveillée en lui.
Le génocide des Chats acheva mon plan et à présent mon hôte allait dans mon sens malgré le léger trouble qui perdurait encore de temps à autre.

Le puits de néant nous appelait, Opale y était déjà avec la clé et je lui apportait la serrure qui détruirait pour toujours cette humanité qui n’aurait jamais du se soulever contre mon seigneur et maître…

La fin d’Opale, c’est par ici!

Opale Chapitre 4

Voici la quatrième et dernière partie du cycle Les Ténébreuses!
Opale
va vous entraîner vers une conclusion réunissant des personnages que vous avez pu croiser dans Another Vampire Story, Brume et Le Chat pour un final alliant sensualité, fantastique et ténèbres!

Le premier chapitre est ici, le second par et le troisième ici!

Bonne lecture et n’hésitez pas à me faire part de vos critiques!

IV. Instant glacial, je glisse lentement entre les dimensions, flottant doucement vers le monde des humains. Derrière moi s’élèvent les derniers râles de la conscience collective des Chats. Je me sens si différent, si lucide quant au temps qui s’écoule, à ce flot d’âmes que je traverse à présent en sens inverse.
La planète des félins n’est plus qu’un enfer vers lequel convergent les âmes humaines arrachées à la vie charnelle.
Certaines, puissantes, échappent à la voracité des âmes félines séjournant là.
D’autres se font dévorer dans une cacophonie immonde, absorbées, digérées, réduites à l’état d’inexistence.
Le ballet incessant, la lutte diaphane de ses bris de vies me fascinent un instant.
Néanmoins, mon intérêt est rapidement dissipé par cette sensation d’urgence qui me parcours jusqu’aux tréfonds de mon être.

Un appel retentit dans l’éther et je sais que c’est Lilith qui me guide, m’intime de me soumettre à son dessein forgé durant les temps anciens à l’insu de Dieu, à l’insu des plus puissants démons.

Bouleversant de se sentir au centre de cet évènement qui va changer la face de ce monde que j’ai aussi bien adoré que détesté, au point d’en vouloir ardemment la destruction pour venger mes ancêtres, que j’ai défendu au nom de cette mère et de ce père qui m’ont sauvé et rejeté.

Dualité qui s’accorde dans une symphonie complexe et tendre, sensuelle et profonde, me rappelant comme mon côté Chat complète à merveille ma sensibilité humaine.

Je suis le démon craint par l’Ordre qui a jeté à mes trousses ses tueurs.

Dès que je pose pieds dans cette ville battue par les vents, si proche du puits du néant, je sens sa présence.
Ce prédateur me traque. Son odeur m’est familière et je réalise que j’ai participé à mon insu à la création de son espèce.
Ma rage, désespérée, a donné naissance à ce buveur de sang, à cette colère indomptable destinée, à terme, à décimer l’humanité.

Dans sa soif, il est beau, magnifique éphèbe à la peau d’albâtre, aux yeux d’un noir de jais. Pourtant, je lis en lui ce trouble, cette inquiétude et une incompréhension. Lilith est à l’œuvre, je le sens. Sa marque scintille au sein de cette âme torturée car contrairement aux promesses fallacieuses que les démons lui ont fait, il possède toujours cette part d’humanité qui le rend si fascinant à mes yeux.

La mort le guide, flotte autour de lui, de sa funeste influence qui le mine petit à petit.
Le sang des démons coule également en lui, le transformant lentement en autre chose, en une abomination bien pire encore.

Son regard se pose sur moi et là où j’aurais pensé ressentir de l’hostilité, il n’émane qu’un appel à l’aide, un magnétisme animal qui me donne envie de lui tendre la main pour le soulager et l’aider à accepter ce que la sombre mère exige de lui.
Instrument malgré lui, qui ne comprend pas qu’il héberge ce bris d’âme qui fait de lui une des clés de la prison de l’amant de Lilith.
Je lui souris avec candeur, m’approche d’un pas à l’abandon vagabond.

Comme mu d’une frénésie, il m’agrippe avec force et sa morsure n’est qu’extase. Je sens poindre en moi cette excitation proprement humaine, un désir de sensualité, l’envie de me laisser aller dans son étreinte à la fois animale et follement érotique.
Mon sang s’écoule en lui, fluide sensuel que je lui confie sans aucune crainte.
Sa peau si blanche se colore et une faim impie me prend, le désir soudain de percer cet épiderme de soie pour me gorger de sa propre vie.

Ma volonté défaille et je laisse la bestialité de mes origines félines prendre le dessus. Mes crocs jaillissent et nous échangeons nos sangs dans une étreinte barbare et sauvage. Nos morsures s’accompagnent de baisers enfiévrés, de caresses qui enflamment nos corps, qui déchaînent nos passions…

Et je sens qu’elle nous regarde avec sympathie sinon douceur. Nos lèvres écarlates sont écarlates et nous vibrons de ce plaisir à nul autre pareil. Opale nous observe avec bienveillance. Je constate que mon compagnon vampire la connaît déjà. Son sang me le souffle.
Je réalise également que je l’ai toujours sue auprès de moi, veillant sur ma vie divisée en deux, attendant cette réunion au nom de la sombre mère. Les deux parties d’une clé à présent réunies, attendant la serrure qui permettra la libération du premier des déchus, le plan de Lilith pour sauver l’humanité de son esclavage divin en offrant à son bien aimé la gouvernance sur la planète ravagée.

Opale, fine, exquise, remarquable, s’approche de nous. Son sourire nous ferait presque oublier sa nudité qui semble si étrange dans cette ruelle en pleine nuit. Ses mains se font joueuses, épousent nos formes avec sensualité, nous flattent avec espièglerie et guident nos sensations. Nos sangs mêlés s’écoulent en nous, renforçant cette union par delà le temps, réveillant les fragments d’âme enfouis par Lilith.

Des visions brèves nous assaillent. Un jardin divin, une lutte à mort dans une forêt gelée, un monde lunaire envahi par les ténèbres et une toile magnifique retraçant l’histoire de l’amour vécu par une femme ayant enfanté l’autre.

Mon compagnon vampire et moi allons de surprise en surprise alors qu’Opale nous guide en tourbillonnant dans les rues enténébrées de cette ville venteuse. Les murmures du vent chantent une très ancienne mélopée, des voix féminines et masculines s’unissent en une symphonie bouleversante et tendre, racontant la légende d’une jeune femme dédiée au culte de la sombre mère, lui offrant asile pour qu’elle se manifeste à ses adeptes et réalisent des miracles emplis d’obscurités.
La ville que nous parcourant semble s’effacer à mesure que le chant antique prend en puissance au point de nous terrasser l’un et l’autre.

Nous nous effondrons tant les voix deviennent puissantes pour réaliser que nous sommes à présent au bord d’un lac. Opale, mélancolique, caresse la surface de l’eau de sa main aux doigts longs et filiformes. Ses cheveux bruns taillés courts ont poussé en une longue crinière qui lui arrive jusqu’au bas des reins. Sa beauté est à couper le souffle et la partie sensuelle en moi vibre à l’idée de pouvoir lui offrir les caresses enfiévrées que me dictent mes origines démoniaques.

Son sourire n’est que le reflet de son refus discret. La surface du lac ondoie soudain et je sens que quelque chose de monstrueux approche. L’air semble se figer. Le chœur de voix qui nous accompagnait jusque là s’étiole lentement et des ténèbres autour de nous fusent une cacophonie criarde et inquiétante, des rires, des hurlements évoquant une démence d’un autre monde. La créature qui approche détient un pouvoir qui pourrait nous anéantir tous les deux.

Pourtant, nous n’avons pas peur. Opale est à nos côtés et nous savons que ce qui a été prévu de tout temps par Lilith doit se passer, quoi qu’il advienne, pour notre destinée, au nom du bonheur du plus grand nombre.

La voix est poussiéreuse, presque un chuintement, et je reconnais instamment celui qui condamna par le passé l’ensemble des Chats.

Son masque, reflet de la souffrance du monde, se dresse devant nous et avec horreur nous faisons face à nos faiblesses…

La suite, c’est par ici!