© Roxane Soussiel Photography – Songe printanier – Aubade forestière

Avec le printemps, le retour de l’écriture à travers Songe printanier, œuvre photographique de Roxane Photos à laquelle j’ai eu la chance de pouvoir participer en tant que modèle. Pour rajouter un peu de piment à cette série de photographies et rendre hommage à cette création artistique, je me suis amusé à écrire une mini histoire illustrant ces différentes scènes printanières où un faune et une elfe se rencontrent dans un bois caché !

Retrouvez l’ensemble  des photos sur la page de Roxane, laissez votre avis et partagez autour de vous ses albums si son œuvre  vous plait !

Bonne lecture 😉


Son regard de braise se porta sur l’horizon et elle inspira profondément avant de rentrer au chaud dans la vaste salle commune. Le printemps approchait et elle en sentait déjà les prémisses. Même si son âge restait impossible à estimer, elle souffrait à chaque changement de temps, vestiges d’anciennes fractures subies au fil des années.

Pour les villageois de Moulin, Chana était intemporelle. Certains la connaissaient depuis plus d’une trentaine d’années et seuls eux vieillissaient là où son visage conservait l’éclat et le teint d’une jeune femme de vingt ans.

Personne ne posait de question car chacun savait que la pérennité et la paix régnaient dans le village grâce à cette femme sévère mais juste, intransigeante mais aimante.

Les enfants attendaient avec impatience l’histoire au pied de la cheminée. Les derniers rayons de soleil illuminaient de cette lumière rasante les plaines battues par les vents.

Une chouette égarée chantait avec douceur, ses hululements accompagnant les pas mesurés de Chana dans la vaste pièce, ses cheveux aile de corbeau réunis en une natte qui lui donnait un air étrangement enfantin.

Elle s’assit face aux enfants, les sourcils légèrement froncés. Il ne fallait pas plus pour que les enfants, impatients, cessent tout bruit. Pendus à ses lèvres, ils attendaient avec calme et respect. Une petite fille âgée de huit ans tout au plus osa briser le silence.

“Chana, quelle légende nous raconteras-tu ce soir ?”

Un sourire malicieux passa sur les lèvres de la jeune femme et elle répondit dans un souffle de sa belle voix grave et musicale :

“Le printemps approche et je suis certain que vous ne connaissez pas l’histoire de Lupercus perdu en Alfheim…”

Les enfants buvaient les paroles de Chana avec avidité.

Elle sourit encore et poursuivit avec amusement son récit.

© Roxane Soussiel Photography – Songe printanier – Le Ténèbreux

Il y a fort longtemps, il advint qu’un faune du nom de Lupercus se perde en Alfheim. Son insolence lui avait valu à plusieurs reprises d’être banni des communautés où il résidait. On le disait gouailleur, moqueur et parfois vulgaire. Certains lui reprochaient de conter fleurettes de manière trop appuyée auprès des jeune femmes. Les plus mauvaises langues assuraient qu’il s’intéressait aussi bien aux femmes qu’aux hommes.

Lupercus souffrait de  cette réputation qu’il  jugeait en tout point discordante avec la réalité et il vagabondait de village en village jusqu’à finir par suivre la piste d’une étrange créature dont il ne discernait qu’à peine les traces.

© Roxane Soussiel Photography – Songe printanier – Comptine

Le faune ne remarqua pas qu’il traversait un portail et en quelques instants la forêt changea d’apparence. Plus sauvage, plus touffue. L’angoisse manqua de le saisir lorsqu’il constata en revenant sur ses pas que le village derrière lui s’était volatilisé.

Un rire cristallin retentit derrière lui et il la vit enfin pour la première fois. Ses cheveux d’or encadraient en mèches sauvages un visage en tout point parfait. Des fossettes illuminaient ces traits elfiques rehaussés d’un nez fripon fort au goût du faune. Les yeux dorées de l’elfe scintillaient de malice et Lupercus ne put s’empêcher de lui sourire en retour.

Rùna, car tel était son doux prénom, gloussa et, appuyée contre un arbre, entama une chanson des temps anciens. Le faune, charmé, s’approcha, toute méfiance évaporée. Il l’observait avec un mélange de fascination et de tendresse.

Il voulait la charmer car jamais faune n’avait vu pareille créature à la silhouette et au visage si harmonieux.

Lupercus aimait se croire bon musicien et il entama une sarabande endiablée de sa flûte.

Bien que maître consommé de l’accord, le faune, troublé par Rùna, arracha à plusieurs reprises des fausses notes qui provoquèrent une grande hilarité chez l’elfe.

Furibond et piqué au vif, il se redressa et se mit à bouder, tournant le dos à celle qui le troublait tant.

Que n’avait-il pas fait !

D’aucuns savaient que Rùna, outre une chanteuse reconnue et admirée, maniait avec grâce et talent les arts de la guerre et de la chasse. Dans ces bras gracieux résidait une force que bien des hommes lui enviaient. Car Rùna rendait culte à Freyja.

Se saisissant de son arc rangé dans les sous-bois, elle visa le faune qui lui tournait ostensiblement le dos en prenant bien garde que la flèche le frôle sans le blesser.

La trait fila dans l’air et son souffle surprit Lupercus, qui, poussant un cri effrayé, se plaqua dos à un arbre.

Le faune dévisageait avec terreur la chasseresse. Malgré la peur qu’elle lui inspirait en cet instant, il ne pouvait pas détacher ses yeux de la courbe harmonieuse que ses bras formaient avec l’arc.

© Roxane Soussiel Photography – Songe printanier – La cible volontaire

Amusée, Rùna encocha puis décocha une nouvelle flèche qui vint se ficher juste au dessus de la tête de Lupercus. Tétanisé, il parvint tout de même à s’écarter et constata que du bout de la flèche pendait une bourse.

Il s’en saisit avec avidité et constata avec émerveillement que celle-ci contenait des graines. Les cosses vibrèrent et fleurirent sous les yeux ébahis du faune. L’elfe en profita pour se percher une branche. Alanguie et détendue, elle s’endormit presque sous le regard médusé de Lupercus, incapable de savoir quoi faire.

Il la héla et l’elfe l’ignora superbement.Elle s’amusait follement de fasciner à ce point cette créature aux allures de bête.

De temps à autre, elle lui accordait quelques œillades coquines et observait avec délice les ravages qu’elle provoquait. Lupercus rougissait invariablement et Rùna gloussait de le voir ainsi déconfit et mal à l’aise.

Le faune n’aimait pas qu’une femme le tourne ainsi en bourrique. Dans le monde des mortels, personne n’osait le traiter ainsi et il s’installa, bougon, dans le creux d’un arbre.

Une brise fine souffla et, avant même qu’il ne réalise ce qu’il se passe, Rùna se trouvait blottie sur un de ces genoux, une fleur timidement tendue vers lui.

Décontenancé, le cœur battant à tout rompre dans son torse nu, il laissa l’elfe lui poser délicatement la fleur sur l’oreille.

L’ourlet délicieux de ses lèvres appelait les baisers et le faune se pencha vers elle, le pouce posé sur son menton. Rùna sourit avec douceur et repoussa les assiduités du faune en agitant une fleur devant son visage.

© Roxane Soussiel Photography – Songe printanier – Promiscuité

Lupercus ne put s’empêcher d’esquisser un sourire et le souffle court, il se saisit de sa flûte et entreprit de traduire par son art cette émotion qui naissait en lui.

Les notes s’élevèrent douces et aériennes, tissant cet enchantement dont il était le seul à avoir le secret. Cette fois-ci, point de fausses notes et une ariette délicieusement impertinente naquit de l’instrument du faune.

Rùna, apaisée, se laissa aller contre l’épaule de Lupercus et contempla avec sérénité la voûte végétale d’où filtraient des rayons de soleil, les réchauffant tout deux.

Hors du temps, faune et elfe s’endormirent.

© Roxane Soussiel Photography – Songe printanier – L’arc tournoyant

Lorsque Lupercus s’éveilla, son cœur manqua de se briser. Rùna n’était plus à ses côtés et le bois s’enfonçait dans une obscurité inquiétante.

Un rire mélodieux attira son attention et, au loin, il contempla la belle elfe qui dansait sur le chemin menant hors de la forêt.

Il lui sourit une dernière fois en la voyant disparaître dans les feuillages. Jamais il ne la revit.

L’on raconte que certains soirs  Lupercus souffle dans une corne pour appeler Rùna et qu’une fois par an, ils se retrouvent pour jouer à nouveau et se blottir dans les bras l’un de l’autre avant de se séparer à nouveau.

Certains racontent même que cette étreinte est le signe que le printemps est là après ce long hiver que nous redoutons tous chaque année.

Les enfants marquèrent un long silence alors que les mots de Chana résonnaient encore dans leur esprit émerveillé. La belle femme embrassa le petit groupe du regard et brisa le charme de sa voix douce :

“Le soleil est couché, il est temps pour vous de rejoindre vos familles. Bonne nuit mes enfants.”

Comme chaque soir, ils se levèrent, révérencieux, et saluèrent celle à qui l’on prêtait des dons hors du communs.

Chana s’approcha de la fenêtre et écouta longuement la chouette chanter avant de commencer sa veille devant les braises rougeoyantes de l’âtre…


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