L’amour avec un grand A est-il une norme sexiste dont l’on peut s’affranchir?

Voilà la question que je me pose suite à la lecture du billet de Maïa Mazaurette qui détaille avec évidence les différents points qui font qu’il n’y a pas de révolution sexuelle puisqu’il n’y a pas de réforme sentimentale avérée. Ces quelques paragraphes soulignent avec évidence le caractère profondément contradictoire de la société dans laquelle nous vivons, particulièrement au niveau de notre approche de l’amour qui se veut avant tout pérenne, monogame et bâti autour des notions de reproduction, d’agrandissement de la famille et de stabilité. L’amour se doit d’être un repère et un refuge, protégeant de la folie du monde.

De manière contradictoire, on nous vend un amour passionné, plus exactement passionnel, destructeur, brûlant, ces sentiments qui vous consument, provoquent la jalousie, la compétition entre mâles pour s’assurer la meilleure femelle possible, bref quelque chose de remarquablement primaire bien loin de la prétendue libération sexuelle des uns et des autres. La révolution est loin et quoique nous fassions, nous continuons plus ou moins volontairement à nous enfermer dans des clichés, peut être plus par habitude et peur de l’incertitude du grand changement.

L’on esquisse à peine la notion de polyamour et pourtant, cela ne reste qu’une transposition de l’amour monogame: fidélité, pérennité, sociabilité (quand ce sera admis!). Parce que l’amour se veut avant tout social. C’est mettre en avant l’autre pour valoriser son propre ego. Et valoriser son ego, c’est quand même super important, qui plus est quand il faut s’afficher avec la personne que tout le monde veut avoir.

En résumé, un amour égoïste, basé sur l’esthétisme voulue par la société à un temps T bien loin des sentiments brûlants. Deux visions diamétralement opposées qui cohabitent, l’une alimentant le fantasme, l’autre représentant un consensus illusoire chosifiant les individus et instrumentalisant l’amour, normalisant la sexualité en décrétant quelles sont les pratiques convenues et celles hors cadres.

Ce n’est pas joli joli et bien entendu, cela ne fait pas avancer non plus la cause de la femme qui se retrouve enfermée dans des stéréotypes  qu’elle accepte plus ou moins consciemment par souci des convenances et de cet amour véritable et unique véhiculé tant par les médias que par l’industrie de la culture et du cinéma. L’âme soeur est quelque part, nous attend afin de nous sentir entier maintenant et à jamais.

Assez effrayant dans l’absolu, restrictif à l’extrême, impactant forcément la sexualité en martelant à travers de savantes études qu’il est normal d’avoir une vie sexuelle pourrie à la trentaine, particulièrement si l’on est parent ou que l’on a un prêt sur la tête. Qui plus est, c’est aussi une codification des fantasmes sexuels qui vient parachever cette étude fascinante. A noter néanmoins que le désir des un(e)s et des autres pour des parties de sexe à plusieurs dénote à mon sens le malaise évident d’une société qui comprend inconsciemment que le concept d’amour est quelque peu éculé mais n’arrive pas à s’en défaire pour le faire évoluer.

Ne dit-on pas, en effet, faire l’amour lorsque l’on parle de sexualité?

Cette usage de langage dérange, particulièrement pour les hommes et les femmes ayant une vie sexuelle multi-partenaire. L’amour se veut unique et le fait de pouvoir éprouver de l’amour pour différents partenaires dérangent. Ce n’est pas la norme, nous ne sommes pas calibrés pour cela, nous ne pouvons pas gérer la jalousie qui monte car au fond, nous n’aimons pas notre mono-partenaire, nous le possédons, c’est tout au plus notre « toy » dont nous usons en société car cela doit être ainsi.

Et bien entendu, c’est une pratique hétéronormée qui se reporte sur l’homosexualité en valorisant la notion d’amour unique sur le long terme. Surprenant que même dans ce qui a été considéré pendant des siècles comme un péché, nous retrouvions des codes hétéro réducteurs.

Cette amour unique, c’est ainsi de nombreux rites parfaitement sexistes, comme par exemple l’enterrement de vie de jeune fille fort justement décortiqué par Gaelle Thebaut sur le blog de Genre!. C’est également la notion de vraie fille féminine (et forcément sensible à l’Amour) qui se perd dans des délires de princesses paradoxales, cliché malheureusement largement répandu et merveilleusement disséqué par Les Questions Composent.

Ne parlons pas du prince charmant et de sa galanterie abjecte qui ne peut s’empêcher de perpétuer ce « one true love » proprement écœurant, véritable insulte à l’intelligence des hommes comme des femmes, expression sordide de ce patriarcat aberrant qui nous enchaîne dans des schémas pré-mâchés.

L’amour unique est l’ennemi de l’être humain, de sa sexualité, de sa sensualité, quelle que soit son orientation. Simplement parce que cet artifice marketing est avant tout une élégante manière de nous priver de notre liberté de choix mais également de nous assurer que nous ne sommes rien de plus que les objets d’un(e) autre bien loin des véritables vertus de l’amour: le partage, l’ouverture d’esprit et l’acceptation de l’autre dans son intégralité et hors de tout cadre de soumission ou de domination…

 

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