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Le réveil est rude pour le monde entier : Donald Trump est président des Etats Unis et prendra ses fonctions en janvier 2017.

Pourtant, les pitreries de celui qui a été surnommé roi des trolls le disqualifiaient d’emblée chez les instituts de sondages comme chez les médias.

Les prévisions de Michael Moore, qualifiées de fantaisistes à l’époque, se sont réalisées et bien qu’un sondage à la méthodologie à priori plus scientifique annonçait avant l’élection la victoire de Donald Trump, rien n’y a fait.

L’heure n’est plus à savoir si nos outils de sondages et nos médias sont dans l’erreur mais bien plus à se poser la question du pourquoi nous ne sommes même plus capables de communiquer efficacement avec ces personnes pro-Trump qui pensent que des valeurs basées sur le racisme, le sexisme, l’homophobie ou plus communément la haine de celles et ceux qui leur sont différents constituent un ciment viable pour la société de demain.

Du côté des algorithmes

Julien Cadot de chez Numerama détient une piste plus qu’acceptable : les algorithmes.

facebook-lolcatFacebook et Google n’ont eu de cesse depuis plusieurs années de développer des bouts de code afin d’améliorer notre expérience utilisateur et nous fournir des contenus toujours plus adaptés à ce que nous aimons. Au bilan, nous ne voyons plus que ce que nous aimons et ce qui nous fait horreur disparait peu à peu de notre sphère informationnelle, par confort, peut être aussi par lâcheté, mais nous y reviendrons plus tard.

Faut-il pour cela incriminer ces deux sociétés de nous avoir aiguillés vers nos penchants les plus agréables ?

Le réseau social de Mark Zuckerberg a connu récemment des dérapages répétés de son algorithme qui a montré ses limites. Cela étant, nous restons acteurs sur la plateforme et c’est aussi notre responsabilité de ne pas nous laisser enfermer dans ces bulles nocives et restrictives.

Google (et également Youtube) nous encourage aussi à prendre ces biais et il est humain et facile de nourrir nos croyances de ce qui nous rassure, au risque d’oublier que le monde virtuel que nous nous construisons ainsi n’est pas la réalité.

Du biais de confirmation

Nicolas Gauvrit, psychologue et mathématicien de son état, se penchait en juillet dernier sur le biais de confirmation. Et avouons-le, cela fait douloureusement écho à ce qu’il se passe actuellement. En résumé très grossier (je vous conseille de lire son article en long en large et en travers), nos recherches et plus globalement nos fréquentations se construisent dans l’optique d’échanger avec des personnes qui pensent comme nous.

Le meilleur moyen d’alimenter ses convictions est de ne se mêler qu’aux individus à même de renforcer nos croyances sans prendre le risque de se confronter à des idées contraires à la vérité que nous nous sommes forgés par instinct de survie face à un monde violent.

Il s’agit avant tout de développer une résistance face aux changements et, au final, c’est à se demander si les personnes les plus progressistes ne se crèvent pas un œil voire les deux en refusant de rentrer en communication et, sans doute également en conflit argumenté, avec des personnes du bord opposé.

Le raz-de-marée obscurantiste

Obscurantisme et conspirationnisme se portent à merveille tout simplement parce que les idées les plus simples sont sans nul doute les plus faciles à diffuser sur Internet car l’économie de l’attention est la question clé pour tout bon propagandiste. Le format doit être court, percutant, compréhensible en quelques secondes et partageables ad nauseam sans qu’il y ait besoin de réfléchir un instant.

L’extrême droite française et plus globalement la fachosphère sont coutumiers du fait au point d’être capables de créer des sites de vraies fausses informations où entre deux informations d’apparence véridique du contenu raciste/sexiste/homophobe/haineux est distillé à la petite cuillère.

Mélanger mensonges, demi-vérités et informations nourrissant des croyances non vérifiables en un clic, c’est la marque de fabrique des meilleurs propagandistes et Donald Trump comme certains de nos femmes et hommes politiques en usent sans vergogne, renforçant ainsi les groupes extrêmes dans leurs convictions décorrélées de la réalité.

Sauf qu’ils sont bons dans leur job et attirent à eux toujours plus de « convaincus ».

Il suffit d’observer la dernière campagne de Marine Le Pen décryptée par les Décodeurs.

Que faire pour lutter contre cela ?

Au pays des trolls, Trump est le roi

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Ce que donnerait le racisme appliqué à nos chers lolcats…

Ne nous le cachons pas : il va être difficile de rentrer dans un groupe d’extrême droite, de professer des idées de gauche et espérer entamer une discussion sereine et calme avec les membres de cette communauté. Au mieux, vous vous ferez bannir immédiatement, au pire, vous serez considéré comme un troll que l’on humiliera volontiers par clavier interposé voire que l’on traquera hors du groupe pour vous apprendre à quel point il est présomptueux de vouloir venir faire de l’éducation à des personnes qui savent déjà très bien comment penser.

Les trolls acclament leur idole et ont su le soutenir en usant des technologies de l’information et de la communication avec talent car Donald Trump porte en lui cette impertinence dérangeante du troll avec en bonus la haine et la capacité d’appliquer sa détestation profonde d’autrui.

Pour autant, faut-il haïr le raciste, le xénophobe, l’homophobe ?

Faut-il le censurer, l’occulter de sa vue comme nous le propose si aimablement les algorithmes automatisés de nos amis de la Sillicon Valley  ?

A ces deux questions, je répondrais non et encore non.

Pierre Desproges disait dans son réquisitoire contre Jean-Marie Le Pen au cours du Tribunal des Flagrants Délires que le raciste est une personne qui se trompe de haine.

J’ai la conviction et la croyance biaisée s’il en est que c’est bien le cas. Le raciste, le xénophobe, l’homophobe, le sexiste se trompe de cible et cède à une certaine paresse intellectuelle parce que la société (c’est à dire nous) le pousse par lassitude, par manque de courage, par lâcheté à persévérer dans sa haine.

Il est plus simple de répondre à ce type de comportement par l’agressivité, par la censure, par l’usage du point Godwin ou du point Desproges voire par l’ignorance.

Il est plus difficile d’éduquer, de prendre du temps à semer des graines qui ne germeront peut-être que dans plusieurs années parce cela demande de l’énergie, de la motivation et une forme d’altruisme qui disparaissent peu à peu, siphonnées par toute cette haine collante et gluante.

lolcat-attackEnseigner, former, transmettre

Ce sont les crédos auxquels se raccrocher encore et encore malgré ces heures sombres.

Ce qui se passe aux Etats Unis peut arriver en France dès l’année prochaine et ce n’est pas en se radicalisant contre la fachosphère et les politiques qui draguent du côté des idées les plus simplistes et nauséabondes que nous éviterons le mur.

Fermer les yeux en pensant que ces personnes infréquentables vont tout simplement disparaître ne résoudra pas le problème, bien au contraire.

En revanche, que chacun-e agisse à son niveau en faisant preuve de pédagogie dès que l’on entend des biais de raisonnement, des raccourcis intellectuels, c’est œuvrer pour une société plus égalitaire, plus ouverte d’esprit, capable d’entendre les critiques et d’y répondre avec force d’arguments bien loin des discours de haine racoleurs et destructeurs.

Combattre l’extrémisme où qu’il soit et pas uniquement du côté de la droite extrême par les mots, par l’ouverture du débat et non par la violence et l’ostracisation systématique, voilà le boulot qu’il nous reste toutes et tous à faire dans l’espoir d’un avenir où chacun-e aura sa place sans craindre pour sa vie.

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